Résistance
aux pesticides - Comment survient-elle et comment la retarder?
C'est une fausse idée répandue que de penser que l'utilisation
des pesticides est la cause du phénomène de la résistance.
Cette croyance est inexacte - la résistance aux fongicides est le résultat
de mutations aléatoires. Pour comprendre, lisez l'exemple qui suit. Nos
ancêtres Homo sapien avaient probablement tous les yeux bruns. Des mutations
dans les gènes responsables de la couleur brune des yeux ont provoqué
une déficience dans la production de mélanine dans l'iris et il
en est résulté un petit nombre d'individus qui sont venus au monde
avec des yeux bleus. Le fait d'avoir des yeux bleus ne met pas à risque
les capacités de survie des personnes qui en possèdent. Ainsi, la
fréquence de cette combinaison génétique particulière
s'est lentement répandue dans les régions de l'Europe, puis en Amérique
du Nord, et ce caractère est encore relativement en faible proportion comparativement
aux yeux bruns. Si, pour une quelconque raison, les individus possédant
des yeux bleus étaient plus résistants, et que le monde entier était
confronté à une maladie fatale, les individus aux yeux bruns succomberaient
et la population du globe avec des yeux bleus augmenterait éventuellement
et de façon graduelle jusqu'au point où il y aurait beaucoup plus
de personnes aux yeux bleus que de personnes aux yeux bruns. C'est la même
théorie qui s'applique à la résistance aux pesticides.
Une
mutation aléatoire au sein de la population d'un pathogène ou d'un
insecte ravageur engendre un petit nombre d'individus (moins de 1 %) capables
de survivre à un pesticide ou à un groupe de pesticides en particulier
ayant un mode d'action particulier, comme c'est le cas avec les fongicides à
base de strobilurine (Flint, Sovran) ou les insecticides organophosphatés
(OP) (Guthion, Lorsban, Imidan). Dans bien des cas, quand un individu est résistant
à un des membres d'un groupe chimique, il est résistant à
tous les membres de ce groupe : on appelle ce phénomène la "
résistance croisée ". Aussi longtemps que les produits de ce
groupe chimique ne sont pas utilisés, cette résistance n'est d'aucune
aide pour le ravageur, mais elle n'est pas un désavantage non plus; ces
individus vont demeurer en petite proportion dans la population. Toutefois, dès
que des produits de ce groupe vont être utilisés, certains des individus
vulnérables, c'est-à-dire ceux exempts de la mutation de résistance,
seront tués, alors que ceux qui auront développé une résistance
grâce à la mutation survivront. Ces modifications peuvent survenir
rapidement dans le cas de certaines familles et de certains ravageurs cibles ou
graduellement dans d'autres cas. Si les produits appartenant au groupe chimique
sont utilisés de façon répétée et en exclusivité,
les modifications donnant lieu à des individus de plus en plus résistants
surviendront plus rapidement, et avec le temps, le pesticide ne sera plus en mesure
de contrôler la maladie aux doses indiquées sur l'étiquette.
Par surcroît, si la couverture de pulvérisation ou le moment du traitement
sont loin d'être optimaux, l'échec du traitement dû à
la résistance se produira encore plus rapidement.
Les risques de
développer une résistance à des produits spécifiques
à un site sont très élevés. Alors, que pouvez-vous
faire pour retarder la résistance? Voici une liste de quelques stratégies
pour gérer la résistance :
- Rotation
- Ne pas excéder le nombre maximum d'applications consécutives de
produits appartenant à une même famille chimique. Les tableaux 2-7
et 2-8 dans la Publication 360F (2008-2009) présentent les groupes chimiques.
L'utilisation d'un produit différent appartenant à une même
famille chimique ne constitue pas une rotation. Les groupes de fongicides accompagnés
d'un " M " dans la désignation (comme Captan) ont une activité
à sites multiples et ne sont pas sujets au développement de la résistance
: ils peuvent être utilisés de façon répétée
sans risque de résistance. Les stratégies de rotation pour les fongicides
et les insecticides diffèrent. Les raisons de ces différences seront
expliquées dans un autre article à une date ultérieure.
- Mélanges dans le réservoir - Une stratégie
pour gérer la résistance aux fongicides est de mélanger dans
le réservoir un produit sujet à la résistance avec un produit
à sites multiples non sujet à la résistance. Par exemple,
pour le traitement de la tavelure de la pomme, mélanger dans le réservoir
du Nova avec le fongicide mancozeb à demi-dose.
- Moment
optimal - Ne pas se fier à l'activité de retour (kick-back)
des fongicides, c'est-à-dire une fois que la plante est infectée.
Procéder plutôt à des traitements protecteurs quand c'est
possible. Être conscient que les nouveaux insecticides (Altacor, Delegate)
travaillent différemment des OP ou des pyréthroïdes synthétiques
(Pounce, Matador, Decis). Le moment optimal sera par conséquent différent
comparativement à nos anciens chevaux de travail.
- Utiliser
les doses de l'étiquette - L'emploi de doses inférieures
à celles indiquées sur l'étiquette expose les ravageurs à
des doses sous létales de matière active et stimule la prolifération
des individus résistants. C'est particulièrement le cas de plusieurs
des nouveaux produits ayant de faibles doses de traitement à l'hectare.
- Couverture de pulvérisation - L'insecte ou la
spore d'un champignon n'est pas concerné par ce qui se trouve à
l'intérieur du réservoir de pulvérisation, seulement par
ce qui se trouve sur la plante. On peut avoir le produit le plus efficace au monde
dans le réservoir de pulvérisation, s'il n'atteint la cible, il
ne peut faire aucun tort au ravageur. C'est particulièrement vrai avec
les nouveaux procédés chimiques qui utilisent des grammes à
l'hectare plutôt que des kilogrammes. Les anciens produits avaient une certaine
" marge de manuvre "; quand la dose atteignant la cible n'était
pas tout à fait exacte, il y en avait suffisamment pour faire le travail.
Les doses indiquées sur les étiquettes des nouveaux pesticides représentent
les doses efficaces les plus faibles basées sur des essais d'efficacité.
La dose la plus faible ne tient pas compte des risques en ce qui concerne une
couverture de pulvérisation moins qu'optimale ou du moment de la pulvérisation
ou des risques de résistance. Si la couverture de pulvérisation
est inadéquate à la faible dose, alors la quantité appliquée
sera insuffisante pour lutter adéquatement contre le ravageur.
Quoi
que vous puissiez penser, la source de produits disponibles n'est pas infinie.
Nous avons été chanceux de découvrir quelques grands pesticides
au cours des dernières années. Il n'y a aucune garantie que nous
allons pouvoir trouver de nouveaux produits aussi rapidement dans le futur. Il
n'en tient qu'à vous de conserver ceux que nous avons présentement
aussi viables que possible.