Pourquoi la lutte contre la tordeuse de la vigne est-elle si difficile?


La tordeuse de la vigne, Paralobesia viteana, donne du fil à retordre aux viticulteurs depuis très longtemps, surtout dans les régions où les niveaux de population de cet insecte demeurent constamment élevés. Par le passé, des pesticides à large spectre ont permis de la combattre avec un certain succès, mais ces produits n'étaient pas sans leur lot de problèmes, dont celui d'un manque grave de spécificité (ils tuent aussi bien les insectes et les acariens utiles que les insectes nuisibles). Malgré les rumeurs voulant que l'homologation de l'azinphos-méthyl (Guthion), un pesticide à large spectre, soit bientôt étendue à la vigne, l'obligation de respecter un intervalle de retour (IR) dans la culture de 28 jours pose tout un problème logistique, pour ne pas dire plus.

Bien que plusieurs produits soient actuellement candidats à l'homologation contre la tordeuse de la vigne, cela ne vaut guère la peine d'en discuter en détail tant que ces démarches n'ont pas abouti. Les produits modernes qui deviendront progressivement disponibles appartiennent à des familles chimiques très diverses. Beaucoup, sinon la plupart, des nouveaux produits n'empoisonnent pas rapidement le ravageur après contact; au contraire, il faut que le ravageur les ingère pour qu'ils produisent rapidement l'effet mortel. Si vous avez vu la vidéo présentée par Rufus Isaacs (PhD) aux séances d'information sur la vigne durant la OFVC en février, vous aurez compris d'emblée pourquoi il est si crucial que le pesticide atteigne tous les organes de la vigne lorsqu'on pulvérise des insecticides n'agissant pas par contact. Comme la vidéo le montrait, la larve de la tordeuse de la vigne ne mange même pas la peau du grain de raisin dans laquelle elle pénètre; elle en arrache plutôt des petits fragments qu'elle rejette. Aussi, pour ces produits qui n'agissent que s'ils sont ingérés par l'insecte, il faut que les pièces buccales de la larve entrent en contact avec un peu du produit exactement au bon moment, à l'endroit très précis par où la larve se faufile dans un grain de raisin.

Certains produits encore disponibles pour lutter contre la tordeuse de la vigne sont considérés inefficaces par certains producteurs. Dans certains coins de la province, on entend dire que les pyréthrinoïdes, les carbamates et les organophosphorés sont tous inefficaces! Cela veut-il dire que la résistance aux pesticides est maintenant répandue chez toutes les tordeuses de la vigne? Dans notre coin de la province, il n'y en a aucune preuve et la toute dernière enquête sur la résistance de la tordeuse de la vigne, à Niagara, (Pree et al. 1998) n'a relevé aucune résistance au Guthion. Bien sûr, l'absence de preuve n'est pas une preuve de l'absence, mais les échecs des traitements antiparasitaires peuvent s'expliquer par d'autres facteurs qu'il y aurait lieu d'examiner avant de prétendre que la résistance est la cause du problème. L'autre côté du problème, c'est qu'une population de ravageur peut devenir résistante quand on n'applique pas de bonnes pratiques de prévention de la résistance. Il en sera toujours ainsi, c'est pourquoi la rotation des pesticides par famille de pesticides ou par mode d'action sera toujours cruciale.

Quelles sont les autres raisons qui amènent des producteurs à penser que tant de produits sont inefficaces contre la tordeuse de la vigne? Dans certains cas, les conditions fondamentales entourant la pulvérisation des pesticides peuvent être en cause (voir ci-après), mais il y a aussi des facteurs spécifiques au produit qu'il ne faut pas ignorer. Par exemple, l'activité insecticide de l'Imidan (phosmet) est réduite si l'eau utilisée pour le pulvériser a un pH supérieur à 7,0; l'adjonction d'un tampon peut être nécessaire pour ramener le pH dans la fourchette de 5,5 à 6.5. Par ailleurs, l'activité du Diazinon est réduite quand il fait moins de 20 °C, alors qu'au contraire les pyréthrinoïdes sont moins efficaces quand il fait très chaud; les étiquettes des pyréthrinoïdes indiquent que l'efficacité est réduite si la température diurne maximale dépasse 25°C et recommandent de traiter tôt le matin ou dans la soirée quand la température a baissé. En outre, il faut savoir que si la température diurne maximale est bien supérieure à 25 °C, les pyréthrinoïdes ne seront efficaces que quelques jours au mieux, quelle que soit la température au moment du traitement.

Vous ne pouvez pas vous dispenser des précautions simples et basiques en apparence, par exemple optimiser la couverture des pulvérisations en conduisant les pieds de vigne de manière à faciliter la pénétration du produit à l'intérieur du feuillage, et utiliser des quantités d'eau suffisantes, même si vous vous équipez d'un pulvérisateur plus moderne ou si vous avez envie de traiter une plus grande superficie de vignes. À ce sujet, la présentation d'Andrew Landers (PhD) durant la séance sur la vigne, à la OFVC, nous a beaucoup donné à réfléchir sur la question du réglage du pulvérisateur et du débit exact de pesticide. Andrew Landers nous a fourni une foule de messages à rapporter chez nous, mais il en est un qu'on ne répétera jamais assez : faites en sorte que la pulvérisation atteigne efficacement leur cible, sans gaspillage de temps ni d'argent.

Pour lutter contre la tordeuse de la vigne, il est important de vous rappeler que la biologie fondamentale de l'ennemi visé est en conflit avec vos meilleures tentatives pour le combattre. Les vols des adultes au printemps s'échelonnent sur plusieurs semaines, souvent jusqu'à six, ce qui signifie qu'il se produit chaque saison des chevauchements entre deux générations successives. La coordination des pulvérisations en fonction du pic d'éclosion des larves ou du pic de ponte est par conséquent très difficile.

Bien sûr, si votre technique de lutte antiparasitaire ne vise pas la ponte ou l'éclosion des larves, mais cherche plutôt à perturber le comportement des papillons adules, vous auriez à intervenir tout au long de la saison. C'est là que la technique de la confusion sexuelle (CS) fait des merveilles - une fois que les attaches à torsader (" twist-tie ") qui émettent les phéromones sont accrochées aux pieds de vigne, leurs effets contre la tordeuse de la vigne persistent toute la saison. La CS de la tordeuse de la vigne est une technique qui s'est répandue rapidement chez les viticulteurs ces deux dernières années et elle permet d'atténuer plusieurs des problèmes soulevés par l'application des pesticides conventionnels.

La confusion sexuelle (CS) est-elle parfaite et est-elle la solution universelle contre la tordeuse de la vigne (DV)? Bien sûr que non, toute technologie a ses limites, mais la CS est efficace contre la tordeuse, dans la plupart des cas, à condition cependant que la vigne où on l'applique ait une superficie d'au moins 5 acres (2,5 ha). Comme la pression du ravageur doit être de faible à moyenne pour que la CS fonctionne bien, il est nécessaire de bien connaître les antécédents de la tordeuse dans la vigne où l'on veut appliquer un programme de CS avant de commencer celui-ci. Une transition de quelques années pendant lesquelles on utilise à la fois la CS et des insecticides peut souvent aider à abaisser la pression du ravageur au niveau où la CS employée seule sera suffisamment efficace. L'efficacité de la CS est optimale quand on installe les distributeurs de phéromones dans la vigne au printemps avant les premiers vols de tordeuses. La CS n'est pas une approche de " rattrapage " et n'est d'aucune utilité une fois que les tordeuses se sont accouplées et qu'elles pondent dans la vigne. Il convient de toujours planifier votre programme de CS en consultation avec votre service de surveillance, avant le début de la saison de végétation.

 


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