Du cuivre pour limiter l'expansion du chancre bactérien du cerisier à fruits doux?


Le chancre bactérien du cerisier à fruits doux, aussi appelé gommose bactérienne, est causé par deux organismes apparentés, Pseudomonas syringae pv. syringae et Pseudomonas syringae pv. morsprunorum. Divers pathovars (" pv ") de P. syringae sont responsables de plusieurs maladies des plantes, dont certaines qui sont bien connues des producteurs de fruits, comme le dessèchement bactérien du poirier.

Les infections par le chancre bactérien se développent à partir de n'importe quelle sorte de blessure de l'arbre, y compris les cicatrices pétiolaires laissées sur l'arbre après la chute des feuilles à l'automne. L'activité infectieuse de P. syringae étant favorisée par le temps frais et humide, le printemps et l'automne sont les principales périodes d'infections.

Comme P. syringae est une bactérie, les fongicides n'ont aucun effet sur ce ravageur; cela n'empêche pas que, dans certains pays, on tente depuis de nombreuses années de le combattre en pulvérisant des formulations à base de cuivre (comme la bouillie bordelaise). Au moins deux formulations cupriques sont homologuées au Canada contre le chancre bactérien sur les cerisiers à fruits doux. Cependant, cette pratique n'élimine pas la maladie et, au mieux, ne fait que détruire une bonne partie des bactéries de P. syringae qui n'ont pas encore infecté de tissus végétaux. Le cuivre n'a pas d'effet systémique, aussi les bactéries déjà installées dans leurs hôtes (par exemple dans les chancres existants) sont-elles protégées contre l'effet des traitements cupriques.

Les produits cupriques homologués se pulvérisent normalement deux fois par an : une fois à l'automne quand 75 % des feuilles sont tombées et une fois au printemps, avant le débourrement. Il est risqué de traiter au printemps si les bourgeons sont à un stade avancé de développement, car le cuivre est très phytotoxique pour le cerisier à fruits doux. Les traitements d'automne réduisent probablement les populations superficielles de P. syringae , mais, avant que 75 % des feuilles soient tombées, les bactéries ont eu amplement l'occasion de s'immiscer dans les petites cicatrices pétiolaires et de s'y mettre à l'abri. Là aussi, tant au printemps qu'en automne, les bactéries qui ont déjà infecté un arbre hôte sortiront indemnes des traitements cupriques.

On a aussi constaté une relation entre les blessures dues au froid et le chancre bactérien. La bactérie P. syringae est un agent pathogène opportuniste et elle infecte d'autant plus facilement les tissus que ceux-ci ont été endommagés par le gel ou le froid. En outre, elle a un pouvoir glaçogène, autrement dit les tissus qu'elle a infectés seront plus à risque d'être endommagés par la formation de cristaux de glace. Il se forme donc un cercle vicieux, aggravé par le fait qu'il est difficile de faire la différence entre les lésions dues au froid et celles du chancre bactérien, même si elles se sont produites séparément.

P. syringae colonise aussi le cerisier à fruits acides, mais les symptômes de la maladie ne sont pas aussi prononcés dans cette culture. Les vergers de cerisiers à fruits doux qui sont proches de cerisiers à fruits acides peuvent être plus exposés au risque de chancre bactérien. Le fait de limiter les populations bactériennes dans les cerisaies voisines devrait, théoriquement, contribuer à réduire la population bactérienne locale, mais cela n'est parfois pas envisageable au plan pratique, ni toujours une bonne idée.

Donc, devrions-nous lutter contre le chancre bactérien avec des produits cupriques ou non? George Sundin (PhD), de l'université de l'État du Michigan, étudie P. syringae depuis un bon moment. Ces études sur le terrain lui ont permis de constater que la phase où la bactérie infecte les fleurs était relativement indépendante de l'intensité de la colonisation des bourgeons à l'automne : autrement dit, les traitements cupriques d'automne n'avaient aucun effet sur les populations de P. syringae qui infectent les fleurs le printemps suivant. Bien que certains producteurs soient convaincus que le traitement cuprique d'automne est utile contre le chancre bactérien, cette stratégie ne s'appuie sur aucune donnée à l'heure actuelle.

En général, il est probablement utile d'appliquer des produits cupriques sur les jeunes arbres d'une nouvelle cerisaie où il n'y a pas encore de chancres bactériens, mais dans les plantations plus âgées, où les arbres sont déjà infectés, ces traitements ne sont pas indiqués sauf si on cherche à réduire les populations superficielles locales de P. syringae , pour tenter de protéger les jeunes arbres du voisinage.

À cause de l'opportunisme de P. syringae , évitez autant que possible de blesser les arbres durant les périodes sensibles. Taillez les arbres quand ils sont en dormance complète ou, si la taille doit être faite au printemps, attendez de le faire que la météo annonce quelques journées de temps chaud et sec de manière à permettre aux blessures de taille de cicatriser plus rapidement. Cela n'empêchera pas certaines infections de se produire (rien ne semble vraiment pouvoir le faire!), mais peut les limiter. Les arbres qui souffrent d'un stress quelconque sont plus sensibles à l'infection, aussi est-il crucial d'appliquer toutes les autres bonnes pratiques horticoles qui concourent à maintenir la santé et la productivité des arbres.


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