Pourquoi l'étourneau sansonnet est un problème chronique : histoire et cycle biologique de l'étourneau sansonnet en Amérique du Nord


Comme souvent avec d'autres vertébrés étrangers dans le reste du monde, l'introduction de l'étourneau sansonnet (Sturnus vulgaris) en Amérique du Nord a été une décision peu judicieuse et à la limite stupide. Après l'échec des deux premières tentatives, The American Acclimatization Society a amené 60 oiseaux à Central Park à New York en 1890. Ce groupe a ensuite introduit 40 autres étourneaux en 1891, dans le but d'avoir toutes les espèces d'oiseaux mentionnées dans les pièces de Shakespeare en Amérique du Nord. Après ces humbles débuts, en 60 ans les étourneaux sansonnets se sont multipliés jusqu'à l'océan Pacifique et ils sont maintenant fermement établis sur tout le continent. C'est l'un des oiseaux le plus courant et le plus répandu avec une population d'environ 200 millions en Amérique du Nord.

Ce sont des oiseaux très compétitifs et ils investissent de façon incessante les cavités qui peuvent servir de nids aux merlebleus de l'Est, spermophiles de l'Amérique du Nord, hirondelles bicolores, tyrans huppés et autres. Des groupes comme les Friends of Short Hills Park ont travaillé fort et ils ont construit des nichoirs qu'ils réservaient à l'usage des étourneaux sansonnets.

Du point de vue du producteur toutefois, le problème ne réside pas seulement dans la nature agressive de l'étourneau sansonnet, mais aussi dans les dégâts faits aux raisins et aux cerises. L'étourneau n'est pas le seul coupable à s'attaquer aux petits fruits, mais il est largement responsable du problème que représentent les oiseaux comme ennemis des cultures. Quand on connaît l'appétit vorace de l'étourneau pour les fruits et les petits fruits en fin de saison, il est surprenant de constater qu'il dévore surtout des insectes pendant l'été. Au moins une partie de ses habitudes alimentaires est considérée comme bénéfique puisqu'il est l'ennemi le plus efficace du charançon du mélilot. Il dévore aussi des vers-gris, des scarabées japonais, d'autres scarabées, des sauterelles, des fourmis, des abeilles, des guêpes, des diplopodes, des araignées, des lombrics, des salamandres, des rebuts, des fruits et des semences. Cette diète variée et son contrôle agressif des sites de nidification sont parmi les raisons à l'origine de son succès depuis son introduction en Amérique du Nord.

Autre fait important à propos de ce ravageur, cette espèce a une capacité de reproduction très grande, une tolérance très élevée aux " charges " parasitaires, il s'adapte remarquablement bien aux nouveaux environnements, il est très opportuniste quand aux sites de nidification, à la diète et aux conditions climatiques, et il est ici depuis assez longtemps pour qu'on ne le considère plus comme un envahisseur, ce qui signifie qu'outre le fait que l'étourneau soit si bien adapté à notre continent, il n'a pas d'ennemis naturels ni de maladies auxquels il ait échappé en colonisant l'Amérique du Nord. Il n'y a rien dans son habitat naturel qui permette de le maîtriser et on ne note aucune faiblesse inhérente dans une espèce étrangère qui possède une telle gamme d'attributs biologiques. Un pourcentage assez élevé d'espèces qui font partie de notre environnement " naturel " est d'origine étrangère et même si nous les considérons comme des " ravageurs " nous devons nous en accommoder car il n'existe aucune méthode réaliste pour les exterminer.

Le nombre d'étourneaux sansonnets est artificiellement élevé dans le sud de l'Ontario pendant l'hiver où de vastes aires de repos se forment car peu d'entre eux restent dans le Grand Nord pendant cette période. Sur la quantité d'individus dénombrés par la société Audubon à Noël, les étourneaux sansonnets venaient en première place. Une importante aire de repos se forme dans la péninsule du Niagara l'hiver, où les ornithologues reconnus estiment les populations entre 100 000 et 250 000 oiseaux. Il est difficile de dénombrer les étourneaux sansonnets dans de tels regroupements d'oiseaux divers, qui volent très vite et à qui se joignent aux mêmes endroits de nombreuses autres espèces comme les merles noirs, les mainates religieux, les étourneaux des prés et les roselins familiers. C'est impressionnant de voir un aussi grand nombre d'oiseaux en même temps, cette espèce peut former une volée ou un groupe au repos comptant jusqu'à 10 millions d'individus. Malheureusement, avec des concentrations aussi grandes, même si ce serait le bon endroit et le bon moment pour les éradiquer, les méthodes de lutte se révèleraient onéreuses, dangereuses et inefficaces. On ne peut tirer sur un aussi grand nombre d'oiseaux et les avicides (pesticides pour éliminer les oiseaux) peuvent toujours affecter de nombreuses autres espèces aux alentours, qu'ils soient employés sous forme d'appâts empoisonnés ou pulvérisés sur les aires de repos.

L'étourneau sansonnet est une " espèce problème " depuis longtemps et les tentatives effectuées ailleurs pour les maîtriser ont échoué. Vers 1960 en Californie, plus de 9 millions d'étourneaux ont été éliminés sans effet à long terme sur la population. Lors d'une autre tentative de lutte, on en a tué un million en pulvérisant du détergent sur une vaste aire de repos l'hiver (le détergent détruit la capacité d'isolation des plumes de l'animal). De nouveau on n'a constaté aucun effet à long terme sur la population locale et il y a vite eu un retour aux populations antérieures dans les aires de repos.

Un programme d'éradication rigoureux peut-il régler avec succès le problème des étourneaux dans les vignobles et les vergers du Niagara? La réponse est non, car le producteur devrait y consacrer beaucoup d'argent et de travail pour abaisser les populations localement, avec des résultats temporaires, et les populations reviendraient au même point l'année suivante, le mois suivant ou même une semaine plus tard. De plusieurs façons, le problème de l'étourneau ressemble à la menace causée par un insecte, mais contrairement à un insecticide bien ciblé, un avicide n'atteint pas sa cible efficacement et les coûts d'un programme pour empoisonner les étourneaux seraient hors de proportion par rapport aux économies réalisées. La vitesse de reproduction élevée de l'oiseau, sa population imposante sur tout le continent, sa mobilité et ses caractéristiques opportunistes ainsi que son agressivité feraient échouer toutes les tentatives d'éradication. Je préfère le merlebleu de l'Est à l'étourneau, mais tout programme régional pour éliminer l'étourneau ne ferait que promouvoir un sentiment de haine envers tous les oiseaux dans l'esprit des profanes.

Nos remerciements à Jeff Skevington pour les renseignements généraux sur les étourneaux sansonnets, et à Karin Schneider, John Black et Kevin Brown pour l'information sur les étourneaux sansonnets dans la péninsule du Niagara.

 


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