Tumeur du collet du raisin suite aux dommages causés par l'hiver


Les dommages causés par l'hiver ont été très évidents tout au long de l'été dans les vignobles de l'Ontario. Quelques vignes qui n'avaient subi que des dommages hivernaux « minimes » ont eu une feuillaison normale et semblaient en bonne condition mais, au cours du printemps et de l'été, certaines de ces vignes se sont « écroulées ». Les vignes sont parvenues à surmonter les dommages en début d'année, alors que l'humidité du sol était grande et les températures, modérées, mais au fur et à mesure qu'elles vivaient les stress normaux de l'été, les dégâts sont devenus évidents. Les feuilles et les pousses tendres ont flétri, et une partie ou la totalité de la vigne est morte par la suite. Il a fallu quelques jours ou semaines avant que les symptômes ne se développent de manière apparente. Les dommages variaient en fonction des cultivars, mais étaient également influencés par le microclimat et des différences même mineures d'altitude.

Tumeur du collet

La maladie de la tumeur du collet est répandue dans les vignes partout dans le monde, et c'est un problème sérieux car difficile à contrôler. Elle est disséminée largement avec le matériel de multiplication de la vigne et malheureusement, il n'existe encore aucun programme certifiant que le matériel de pépinière a été testé et est exempt de ce pathogène. La maladie est la plus sévère dans les régions au climat tempéré où les dommages causés par l'hiver sont chose courante. Des études ont démontré que les cultivars de Vitis labrusca sont généralement moins affectés par la tumeur du collet que les hybrides interspécifiques ou V. vinifera. Lorsque des blessures sont présentes, ce qui dans les régions au climat frais résulte souvent des dommages causés par le froid, l'infection se déclare dans le matériel de pépinière contaminé et la galle se développe.

L'agent causal, Agrobacterium vitis, est un pathogène opportuniste qui s'attaque aux cellules endommagées par le gel. A. vitis peut survivre de façon systémique dans le système vasculaire de vignes apparemment en bonne santé pendant plusieurs années, jusqu'à ce que des dommages cellulaires surviennent. La bactérie envahit alors les cellules de la plante associées au processus naturel de guérison de cette dernière. Des cellules calleuses sont générées en présence d'auxine, une hormone végétale, et sont transportées depuis les pousses en croissance jusqu'aux cellules endommagées au début de l'été. Lorsque ces cellules calleuses sont infectées par A. vitis, leur capacité normale de régénération de tissu vasculaire fonctionnel aux sites des blessures est bouleversée et survient à la place une croissance rapide, localisée et désordonnée des cellules. Celles-ci sont stimulées par la bactérie afin d'accroître la production de leur hormone de croissance, résultant dans la formation d'une galle (figure 1). Au début de l'été, ces galles sont lisses et de couleur crème, maiselles deviennent foncées, indurées, cassantes et subéreuses avec l'âge. Dans le sud de l'Ontario, les galles se retrouvent typiquement au point de greffe et au-dessus, jusqu'au premier fil de fer (figure 1). Les galles qui se formeront à la suite des dommages causés par le dernier hiver pourraient prendre plusieurs années à se manifester. En pépinière, la tumeur du collet se retrouve typiquement au point de greffe et peut, à ses débuts, être confondus avec la cicatrisation (figure 2)

Celles-ci sont stimulées par la bactérie afin d'accroître la production de leur hormone de croissance, résultant dans la formation d'une galle

Figure 1

En pépinière, la tumeur du collet se retrouve typiquement au point de greffe et peut, à ses débuts, être confondus avec la cicatrisation

Figure 2

Les effets de la tumeur du collet sur la croissance de la vigne, sa longévité et sa production dépendront de la sévérité du processus de formation des galles. Ces dernières peuvent ceinturer le tronc, bloquant la circulation des éléments nutritifs vers la vigne. Les vignes les plus atteintes sont généralement très stressées et davantage susceptibles à la destruction par l'hiver. Si, de toute évidence, la vigne est morte ou qu'elle ne survivra pas, elle devrait être arrachée. Si possible, de nouveaux troncs viendront remplacer ceux qui sont affectés. Dans certains cas, les galles n'affectent qu'une portion du cambium et la vigne continuera à produire des fruits. Cependant, une fois qu'une vigne est infectée, le processus de formation des galles se poursuivra durant les années subséquentes, réduisant d'autant la vigueur de la vigne atteinte.

Étant donné que le développement de la tumeur du collet est étroitement associé avec les dommages causés par le gel, les pratiques de gestion qui réduisent de tels dommages sont les plus utiles dans la gestion de cette maladie. Le replantage de cépages exempts de maladie et résistants à la tumeur du collet est important. Les cultivars sensibles au froid ne devraient pas être plantés dans les sites marginaux. Les secteurs plus bas dans un champ, où des poches de gelée et un mauvais drainage du sol peuvent survenir, sont des endroits typiques où la tumeur du collet devient apparent en premier. Le buttage des vignes avec de la terre au-dessus du collet aide à protéger les nouvelles pousses qui pourraient être nécessaires au renouvellement du tronc pour remédier aux dommages causés par le gel.

La bactérie peut demeurer dans les parties de racines en décomposition pendant plusieurs années. Cela peut être une source d'inoculum pour la réinfection de nouvelles vignes, bien que l'importance du sol comme source d'inoculum primaire exige davantage d'études. Il est important, lorsque vous retirez des vignes infectées, d'essayer d'enlever autant de matériel radiculaire que possible afin de réduire les chances de réinfection des vignes replantées. Étant donné que A. vitis survit seulement sur le raisin, la plantation de matériel exempt de maladie dans des sites qui n'ont pas été plantés de raisins depuis les dix dernières années devraient garder les vignes exemptes de la maladie.

Étant donné que le pathogène survit de façon systémique dans les vignes, il est facilement disséminé dans le matériel de multiplication. Le traitement à l'eau chaude des vignes avant la plantation est une méthode efficace pour réduire la population bactérienne de la tumeur du collet dans les vignes de raisin. Elle tuera la plus grande partie des bactéries présentes mais ce n'est pas une garantie définitive de vignes exemptes de maladie. Il est préférable cependant de laisser aux pépinières expérimentées le soin de réaliser cette technique. Les cultivars varient quant à leur sensibilité à la chaleur et les boutures également, selon le moment où elles ont été traitées pendant la saison de dormance.

Des traitements chimiques tels que la pulvérisation de cuivre et l'application topique de Galex ou de kérosène peuvent être efficaces pour détruire les tissus des galles, mais de nouvelles se forment fréquemment aux sites traités dans les années subséquentes. En d'autres mots, il n'y a pas de traitement chimique efficace pour cette maladie.

D'importantes recherches sur l'emploi de la lutte biologique pour protéger les vignes contre la tumeur du collet sont en cours dans plusieurs laboratoires et elles semblent très prometteuses.

 


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