Lutte contre les maladies des pommiers. Deuxième partie : du prébouton rose à la chute des pétales

La lutte contre les maladies des pommiers peut être assez compliquées entre le stade du prébouton rose et celui de la chute des pétales pour les raisons suivantes : 1) croissance rapide se produisant durant une période critique d'infection; 2) présence d'un nombre plus élevé de maladies (tavelure, oïdium, brûlure bactérienne, rouille); 3) nécessité de tenir compte des possibilités de résistance; 4) importance de prendre en compte les différents groupes de fongicides (surtout dans les prémélanges) pour assurer une rotation adéquate; 5) incompatibilités associées à certains mélanges en cuve étant donné les nombreuses activités en cours dans les vergers durant cette période, notamment l'éclaircissage.

Le présent article porte sur quelques points à considérer en matière de lutte contre les maladies durant cette période de croissance très rapide. Consulter le tableau 6-14. Efficacité des fongicides contre les maladies des pommiers de la publication 360F, Guide de la culture fruitière, pour faciliter le choix du meilleur produit à utiliser contre les maladies les plus courantes. Il est important de tenir compte des antécédents de la maladie dans le verger, des stratégies de lutte contre la résistance ainsi que de l'efficacité de chacun des produits à combattre la maladie ciblée et des conditions de la météo.

Tavelure et oïdium

Au stade du prébouton rose, une période d'infection critique par la tavelure et l'oïdium s'amorce habituellement pour les pommiers en raison de l'élévation des températures quotidiennes, de la croissance végétative abondante et de la maturation rapide des spores. Durant cette période, les programmes de lutte contre les maladies devraient prévoir l'incorporation de fongicides systémiques (groupes 3, 7 et 11). Toutefois, contrairement aux produits préventifs comme les fongicides à base de captan et d'EBDC, qui présentent un mode d'action s'exerçant à plusieurs sites et un faible potentiel de résistance, les fongicides systémiques agissent habituellement sur un seul site et présentent un risque élevé en ce qui a trait à l'apparition de résistance. Pour atténuer ces risques, il faudrait continuer à inclure la moitié à la totalité de la dose de fongicides préventifs dans tous les traitements. Les fongicides à base d'EDBC procurent une protection efficace contre la rouille, ce qui n'est pas le cas du captan. On doit s'assurer de garder des fongicides à base d'EDBC comme agents préventifs dans le mélange en cuve, surtout au stade de la chute des pétales lorsque la rouille est préoccupante dans le verger. Il est préférable ne pas employer de captan en général durant la période de croissance afin d'éviter une phytotoxicité générée par la complexité associée aux mélanges en cuve, à l'utilisation d'adjuvants ou par les questions d'incompatibilités. On recommande plutôt de garder le captan pour les traitements durant l'été.

Inhibiteurs de succinate déshydrogénase

Les fongicides qui inhibent la succinate déshydrogénase (groupe 7) appartiennent au plus récent groupe de fongicides systémiques comprenant Fontelis, Aprovia, Sercadis, Kenja 400SC, Luna Tranquility (groupes 7 +9) et Pristine WG (groupes 7 +11). Ces produits sont homologués pour la maîtrise de la tavelure du pommier, de l'oïdium et de la rouille (Fontelis seulement). Certaines formulations de produits de ce groupe contiennent de l'huile minérale ou exigent l'ajout d'un surfactant, ce qui peut occasionner des dommages sous certaines conditions, lorsqu'ils sont utilisés en combinaison avec du captan.

On n'a pas constaté pour le moment de résistance à aucun produit du groupe 7 en Ontario. On peut donc effectuer plus de traitements avec les fongicides de ce groupe qu'avec ceux des groupes 3 et 11. Un maximum de 4 traitements avec des fongicides du groupe 7 est permis chaque saison, la période idéale des applications se situant entre le stade du prébouton rose et la première pulvérisation de couverture. Toutefois, surtout avec Luna Tranquility (qui est un prémélange avec Scala), il est préférable d'utiliser ces fongicides avant le stade de la chute des pétales puisqu'ils n'agissent que de manière satisfaisante à modérée contre la rouille, si cette dernière est un enjeu. La rouille est en effet souvent très difficile à maîtriser sur les feuilles après le stade de la chute des pétales en raison de la croissance rapide des pousses.

Pristine WG est également très efficace pour lutter contre les pourritures du fruit. Puisque ce produit prémélangé contient un fongicide du groupe 7, il peut être utile de garder une ou deux applications pour utilisation durant l'été.

Conformément aux pratiques permettant de lutter contre l'apparition de résistance, ne pas faire d'application consécutive de fongicides du même groupe, d'où l'utilité de recourir en alternance aux fongicides du groupe 3 et du groupe 11.

Inhibiteurs de stérols

Les fongicides inhibiteurs de stérols (groupe 3), comprenant désormais Nova, Fullback 125SC et Inspire Super (groupes 3 +9) ont été utilisés couramment depuis de nombreuses années pour maîtriser la tavelure du pommier, l'oïdium et la rouille. La résistance de populations de tavelure en Ontario à ces produits a été documentée et on croit qu'il pourrait y avoir aussi de la résistance dans les populations d'oïdium, mais à un moindre degré; il faudra toutefois poursuivre les essais pour le confirmer. Pour cette raison, les inhibiteurs de stérols ne devraient pas être utilisés dans les vergers qui présentent des populations de tavelure résistantes et ils devraient toujours être mélangés en cuve avec un fongicide à action préventive. L'avantage d'utiliser en alternance des fongicides du groupe 3 et du groupe 11 est de pouvoir profiter de leur bonne efficacité contre l'oïdium (jusqu'à ce qu'il n'y ait pas de résistance) tout en contribuant à réduire la pression exercée par la résistance aux inhibiteurs de succinate déshydrogénase.

Étant donné que les inhibiteurs de stérols ne sont pas efficaces contre la tavelure sur les fruits, les produits de ce groupe ne devraient pas être utilisés après la floraison.

Les strobilurines

Comme les inhibiteurs de stérols, les fongicides à base de strobilurines (groupe 11) comme Flint, Sovran et Pristine WG (groupes 7 +11) ont été utilisés pendant de nombreuses années contre la tavelure du pommier, l'oïdium et la rouille. La résistance de la tavelure aux produits de cette famille a également été documentée en Ontario; il est donc très important de mélanger en cuve ces produits avec un fongicide à action préventive. Lorsque les strobilurines sont efficaces, il est probablement préférable de les employer au moment de la chute des pétales ou à la première pulvérisation de couverture, évitant ainsi de leur utilisation quand la pression exercée par la tavelure est le plus inquiétante.

Comme il a été mentionné plus haut, Pristine WG est homologué pour la maîtrise de la pourriture du fruit estivale. Pour plus d'information sur les traitements durant cette période, voir l'article intitulé : Lutte contre les maladies des pommiers. Troisième partie : l'été jusqu'à la cueillette.

Gestion de la résistance

L'une des principales mesures en matière de gestion de la résistance est d'utiliser en alternance des produits de différents groupes chimiques. Cela ne se limite pas à changer uniquement de produit. Les fongicides sont regroupés en fonction de leur mode d'action, c'est-à-dire d'après le mécanisme selon lequel le produit exerce un effet sur la maladie. Par exemple, tous les produits du groupe 3 possèdent le même mode d'action; par conséquent, ce sont presque les mêmes mécanismes qui sont en cause si l'on utilise n'importe quel produit de ce groupe. Dans les fongicides prémélangés, on doit tenir compte des deux groupes en présence pour les toutes les rotations. La figure 1 montre les fongicides qui appartiennent aux groupes 3, 7, 9 et 11.

Figure 1. Fongicides des groupes 3, 7, 9 et 11, incluant les prémélanges homologués pour utilisation sur les pommiers.

Figure 1. Fongicides des groupes 3, 7, 9 et 11, incluant les prémélanges homologués pour utilisation sur les pommiers. (version texte)

La figure 2 montre un aperçu d'un programme qui serait efficace contre la tavelure, l'oïdium et la rouille tout en permettant une excellente gestion de la résistance, à la condition qu'il y ait rotation entre les groupes de fongicides à risque plus élevé (soit les inhibiteurs de stérols, les inhibiteurs de succinate déshydrogénase et les strobilurines).

Figure 2. Choix de fongicides à utiliser contre la tavelure du pommier, l'oïdium et la rouille, du stade de la pointe verte jusqu'aux traitements effectués en été

Figure 2. Choix de fongicides à utiliser contre la tavelure du pommier, l'oïdium et la rouille, du stade de la pointe verte jusqu'aux traitements effectués en été. (version texte)

Brûlure bactérienne

Alors que la bactérie responsable de la brûlure bactérienne est toujours présente dans un verger, le risque d'infection varie d'année en année, selon certains facteurs environnementaux, les pratiques de gestion utilisées et la santé globale du pommier. Malheureusement, les conditions cette année ont été idéales pour la brûlure bactérienne au moment de la floraison, y compris une longue floraison secondaire dans bon nombre de régions. Les fleurs épanouies offrent les tissus les plus vulnérables à la brûlure bactérienne, étant donné qu'elles constituent une porte d'entrée pour les bactéries.

La première ligne de défense dans la lutte contre la brûlure bactérienne dans un verger est la prévention. Il n'y a pas de remède miracle pour éradiquer cette maladie une fois qu'elle est établie. On doit protéger les inflorescences par des traitements effectués au bon moment avec des produits homologués comprenant l'utilisation en alternance d'antibiotiques (streptomycine, kasumine), de produits à base de cuivre (Cueva) ou de pesticides biologiques (Blossom Protect, Double Nickel, Serenade OPTI). Pour plus d'information sur les pesticides biologiques, voir l'article intitulé : Lutte contre les maladies des pommiers. Quatrième partie : Les biofongicides.

Les remarques suivantes peuvent être utiles pour assurer une meilleure efficacité des traitements contre la brûlure bactérienne du stade du prébouton rose à la chute des pétales :

  • Les inflorescences fermées ou le réceptacle de la fleur après la chute des pétales ne sont pas vulnérables à l'infection.
  • Recourir à un modèle de prévision comme le CougarBlight, Maryblyt (en anglais) ou aux cartes de prévision du MAAARO de la brûlure bactérienne pour les pommes.
    • Ceux qui n'ont jamais utilisé un de ces programmes auparavant devraient d'abord prendre le temps de s'habituer à ce modèle avant la floraison pour être bien préparé pour la période d'infection.
    • Il peut être nécessaire de fournir des renseignements relatifs à la préfloraison dépendant du modèle utilisé.
  • Utiliser des volumes d'eau suffisants et veiller à ce que les produits pulvérisés atteignent les inflorescences. Voir à ce que la vitesse de l'air ne soit pas excessive en effectuant les pulvérisations, ce qui risque de propulser les gouttelettes au-delà des fleurs ciblées. Pour en savoir davantage sur le calibrage des pulvérisateurs à jet porté ou sur les moyens d'évaluer le recouvrement, voir le manuel Airblast 101 Handbook (en anglais seulement).
  • Les produits de lutte sont plus efficaces quand ils sont appliqués juste avant une période d'infection.
    • Puisque les agents de lutte biologique exercent une action préventive, ils devraient être utilisés lorsqu'un modèle de prévision démontre la présence de risque d'infection dans les trois ou quatre prochains jours ou lorsque le pourcentage de floraison se situe entre 10 et 50 %.
    • L'application d'agents de lutte biologique au début de la floraison offrira une protection durant les périodes de faible infection et permettra de reporter le recours à des antibiotiques à un stade ultérieur de floraison quand les risques d'infection sont habituellement plus élevés.
    • Les antibiotiques sont efficaces 24 heures avant et après un épisode de mouillage.
  • Les produits de lutte devraient être appliqués de nouveau tous les deux à trois jours au cours des périodes à risque d'infection, en raison de la dégradation du produit et de la présence de nouvelles inflorescences.
  • Le cuivre et certains fongicides ne sont pas compatibles avec les agents de lutte biologique. Vérifier les indications sur l'étiquette.
  • Les inflorescences secondaires devraient être enlevées dès leur apparition étant donné qu'elles ne produisent que rarement des fruits commercialisables et sont davantage une source de problèmes. Autrement, poursuivre avec un programme de traitements des inflorescences lorsque le modèle de prédiction indique la présence de risques de brûlure bactérienne. =
  • Envisager de gérer la croissance des pousses charnues en limitant l'apport excessif d'azote. Appliquer de l'azote seulement lorsque les analyses foliaires annuelles démontrent que cela est nécessaire.
  • Incorporer Apogee au stade de la chute des pétales de la fleur centrale ouverte afin de réduire la croissance végétative des pousses vulnérables et de stimuler les mécanismes de défense de l'arbre, lesquels réduiront les risques d'infection.

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