Lutte contre les maladies des pommiers en début de la saison (pointe verte à prébouton rose) - Première partie

Avec les températures très printanières que nous connaissons, les bourgeons des pommiers se développent rapidement. Dans la plupart des régions de l'Ontario, les variétés hâtives sont au stade de la pointe verte, alors que dans quelques endroits, ils sont déjà au stade du débourrement avancé. Si les fongicides à action préventive n'ont pas déjà été appliqués, il serait idéal de le faire maintenant, surtout en raison du temps humide qui est prévu au cours de la fin de semaine.

Les interventions hâtives sont les meilleures méthodes de lutte contre les maladies

Si l'on peut observer la présence de tissus verts, on peut présumer que le champignon responsable de la tavelure du pommier et les spores d'oïdium (blanc) peuvent aussi les trouver. Les risques d'infection par ces maladies augmentent de manière constante avec la hausse des températures et l'évolution de la croissance. Si la tavelure ou l'oïdium étaient présents l'an dernier, il y a donc des spores hivernantes dans le verger en ce moment dans la litière de feuilles (tavelure du pommier, figure 1) ou dans les bourgeons en dormance (oïdium, figure 2). La meilleure défense contre la tavelure et l'oïdium cette saison consiste à appliquer des fongicides préventifs le plus tôt possible pour réduire l'impact de la libération hâtive de ces spores.

Figure 1. Tavelure du pommier ayant survécu à l'hiver dans la litière de feuilles.

Figure 1. Tavelure du pommier ayant survécu à l'hiver dans la litière de feuilles.

Figure 2. Bourgeons de pommiers sains (à gauche) et bourgeons infectés par l'oïdium (à droite).

Figure 2. Bourgeons de pommiers sains (à gauche) et bourgeons infectés par l'oïdium (à droite).

Malgré les conditions sèches en 2016, il demeure important d'intervenir contre les maladies

Bien qu'il soit possible que les conditions sèches de la saison dernière aient réduit les quantités d'inoculum de la tavelure, il est très peu probable que ces quantités soient nulles. Pourquoi risquer d'avoir à lutter contre l'infection pendant le reste de l'année? Si l'on prévoit une période d'infection en début de saison, il n'est jamais gaspillé d'appliquer un fongicide à action préventive.

Cette mesure est particulièrement importante dans les vergers qui présentent des antécédents de forte pression exercée par la maladie. Le niveau de risque d'infection pour la présente saison dépend de la quantité d'inoculum qui a survécu à l'hiver dernier. S'il y avait de la tavelure dans le verger et que vous n'avez pas eu recours à des pratiques d'assainissement (pulvérisation d'urée, paillis de feuilles) à l'automne, les niveaux d'inoculum sont probablement encore assez élevés pour que les ascospores matures soient libérées au cours des premiers épisodes de mouillage.

Par ailleurs, bien que le temps humide soit propice à l'apparition de tavelure, l'oïdium prolifère dans des conditions autant sèches qu'humides. Les conditions sèches de la saison passée, suivies par un hiver doux, pourraient nous apporter des quantités assez élevées d'inoculum d'oïdium ayant survécu à l'hiver.

De plus, bien que la tavelure ait été assez discrète l'an dernier, le feu bactérien a été important dans toute la province. Il est raisonnable de présumer qu'il y aura des chancres hivernants de feu bactérien qui suinteront dans bon nombre de vergers ce printemps (figure 3), surtout si les températures grimpent au-dessus de 10 à 15 °C et qu'il fait humide. Les huiles de dormance à base de cuivre comme Copper Spray, Copper 53W et Cueva peuvent être appliquées en toute sécurité jusqu'au stade du débourrement avancé pour lutter contre la bactérie responsable du feu bactérien. L'utilisation d'huile de dormance à 1 ou 2 % avec Copper Spray ou Copper 53 W facilitera la pénétration du produit et sera efficace aussi contre les cochenilles, le tétranyque rouge du pommier; cela offrira en outre une maîtrise partielle contre l'oïdium. Cueva est formulé avec un acide gras?; il est donc peu utile d'y ajouter de l'huile pour en faciliter la pénétration. L'huile de dormance à base de cuivre peut aussi être efficace contre la tavelure du pommier si des spores ont déjà été libérées à ce moment.

Lorsqu'on utilise de l'huile de dormance, ne pas appliquer de captan ou des produits contenant du soufre dans les 14 jours suivant le traitement. L'huile de dormance peut intensifier l'activité pénétrante de ces produits, provoquant ainsi une phytotoxicité.

Figure 3. Chancre de feu bactérien avec exsudat.

Figure 3. Chancre de feu bactérien avec exsudat.

Conseils pratiques concernant le programme de lutte contre les maladies en début de saison

  • L'huile de dormance à base de cuivre peut être appliquée jusqu'au stade du débourrement avancé. Le moment idéal du traitement se situe toutefois du stade de la pointe argent au stade de la pointe verte. Ce type de traitement effectué en début de saison ne devrait pas présenter d'incompatibilité avec l'huile.
  • La libération des ascospores de la tavelure du pommier exige des précipitations. La durée de la période de mouillage requise pour l'infection varie selon la température, tel qu'il est mentionné dans le tableau suivant. Habituellement, quand les températures sont au-dessus de 12 °C, l'infection peut survenir en présence de moins de 8 heures de mouillage sur les feuilles.
  • Le stade de la pointe verte jusqu'au prébouton rose est une période intense de croissance pour les nouvelles pousses. Le recouvrement du feuillage doit être maintenu. Appliquer de nouveau des fongicides à intervalles de 5 à 7 jours durant les périodes propices à l'apparition de la maladie ou après de fortes pluies (précipitations supérieures à 1 po).
    • Un programme préventif consiste à utiliser des fongicides de contact et ces derniers ne procurent pas de protection après l'infection ni d'efficacité antisporulante. Cela signifie que si les produits sont pulvérisés dans des conditions non idéales, c'est-à-dire par temps venteux, en rangées alternées, ou si le pesticide est délavé par la pluie, les risques de tavelure augmentent.
  • Le captan (Maestro, Supra Captan), le mancozèbe (Dithane, Manzate, Penncozeb) et le métirame (Polyram) possèdent de bonnes propriétés de redistribution. Appliquer ces produits immédiatement avant un épisode susceptible de causer une infection. La pluie aidera à faire pénétrer les fongicides dans le feuillage.
  • Envisager d'utiliser un mélange composé de la moitié de la dose de captan et la moitié de la dose de mancozèbe. Cette combinaison offre une bonne capacité de rétention (résistance au délavage par la pluie) pour le mancozèbe ainsi qu'une redistribution et une efficacité supérieures du captan. Ce mélange ne sera pas aussi irritant pour le feuillage que le captan utilisé seul.
  • Au cours d'épisodes de mouillage prolongés, il est préférable de réappliquer les fongicides durant une pause de pluie afin de procurer une protection temporaire, plutôt que de ne faire aucun traitement. Appliquer de nouveau quand les conditions redeviendront sèches afin de remplacer les résidus délavés par la pluie.
  • Une combinaison de dodine (Syllit) et de mancozèbe peut aussi être utile en début de saison jusqu'au stade du prébouton rose. Dodine est un fongicide très efficace contre la tavelure et qui est compatible avec l'huile; le produit présente de bonnes propriétés de rétention, de redistribution et il est antisporulant. Cette caractéristique peut être utile au cours des périodes où le recouvrement provenant uniquement de fongicides à action préventive risque de ne pas être efficace. Il existe cependant en Ontario des populations de tavelure résistantes à la dodine; c'est pourquoi ce produit ne devrait être utilisé que dans des mélanges en cuve avec un fongicide préventif et jamais après le stade du prébouton rose.
  • Si l'efficacité du recouvrement est mise en doute durant une période d'infection possible, l'utilisation d'un produit dont l'efficacité persiste après l'infection comme Scala ou Luna Tranquility pour procurer, sous des températures plus fraîches, un effet post-infection jusqu'à 48 à 72 heures après le début de l'infection selon le produit.
  • Les fongicides à action préventive n'ont pas d'effet contre l'oïdium. Ajouter 3 à 5 kg/ha de soufre (Microthiol Disperss, Microscopic Sulphur, Kumulus) aux pulvérisations de fongicides préventifs jusqu'au stade du prébouton rose où l'on pourra utiliser des produits plus efficaces contre l'oïdium. Se rappeler que le temps sec est plus propice à l'oïdium que les périodes où l'humidité relative est élevée. Il peut être nécessaire de recourir à des traitements préventifs au cours des périodes sèches où il y a peu de risque de tavelure.
Tableau 1. Le tableau révisé de Mills peut être utilisé pour évaluer si les conditions ont été propices à l'infection par la tavelure du pommier.
Température moyenne (?C)a Période de mouillage (heures)b Apparence des lésions (jours)c
1
40,5
-
2
37,7
-
3
29,6
-
4
27,8
-
5
21,2
-
6
18
17
7
15,4
17
8
13,4
17
9
12,2
17
10
11
16
11
9
15
12
8,3
14
13
8
14
14 - 15
7
12 - 13
16
6,1
9 - 10
17 - 23
6
9 - 10
24
6,1
-
25
8
-
26
11,3
-

a Faire la somme de la température la plus basse et de la température la plus haute observées durant la période de mouillage et diviser cette somme par 2 pour obtenir la moyenne.

b Calculer les heures de mouillage soit (1) en calculant la durée qui s'écoule entre l'heure à laquelle les feuilles commencent à être mouillées et l'heure à laquelle l'humidité relative chute sous 90 %, ou (2) en ajoutant les périodes consécutives de mouillage (heures) si les feuilles redeviennent mouillées dans les 8 heures qui suivent la chute de l'humidité relative sous 90 %.

c Nombre de jours entre le moment de l'infection et l'apparition des lésions.

Adaptation du tableau de W. D. Mills, révisé par W. E. MacHardy.

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