Dépérissement soudain du pommier : ce que nous en savons et ce que nous ignorons

Les déclarations de mort subite de jeunes pommiers par des pomiculteurs ont commencé l'année dernière à nous parvenir peu après le débourrement. Le nombre de vergers ontariens touchés a augmenté de manière constante au cours de la saison pour atteindre plus de 20 sites documentés par le MAAARO dans la province, et beaucoup d'autres pomiculteurs ont décrit des symptômes similaires.

Dans tous les cas, il s'agissait de jeunes arbres apparemment sains qui semblaient croître normalement et qui, au débourrement ou à un autre moment, sont morts subitement, presque du jour au lendemain. L'analyse d'échantillons soumis au laboratoire de phytodiagnostic de l'Université de Guelph a révélé la présence de divers agents pathogènes, surtout du genre Phomopsis et Cytospora (chancre de la pourriture noire). Ces organismes ne sont toutefois que de faibles champignons pathogènes opportunistes qui peuvent infecter les arbres blessés, stressés et affaiblis. Toutefois, ce qui a d'abord causé l'affaiblissement de ces arbres reste un mystère.

Alors que je participais au colloque de la Nouvelle-Angleterre, de l'État de New York et du Canada sur la lutte contre les ennemis des cultures fruitières en octobre dernier, j'ai entendu avec étonnement que cette situation avait été signalée dans bon nombre de régions dans le nord-est du continent. Après cette rencontre, l'Ontario s'est jointe à des chercheurs et à des conseillers agricoles de nombreuses régions, dont des représentants de l'université de l'État de Pennsylvanie (PSU), de l'université Cornell, de l'université de l'État de la Caroline du Nord, de Virginia Tech et de l'université du Massachusetts afin de tenter de trouver des réponses à cette énigme.

Kari Peter du PSU a nommé cette condition Rapid Apple Decline (RAD) (dépérissement rapide du pommier) ou Sudden Apple Decline (SAD) (dépérissement soudain du pommier) en raison du déclin soudain des pommiers entre l'apparition des premiers symptômes et la mort de l'arbre. On peut consulter un article récent de Kari Peter qui résume ce que nous savons (et ne savons pas) sur ce syndrome (en anglais seulement).

Les symptômes décrits dans l'article de Kari Peter sont semblables à ceux qui ont été observés en Ontario cette année :

  • Cas observés sur de jeunes (3 à 6 ans) pommiers nains, habituellement des combinaisons Gala/M9, bien que le dépérissement rapide ait aussi été observé sur des porte-greffes M26 plus tard en saison.
    • Dans d'autres régions du nord-est, ces symptômes ont été observés sur des arbres âgés de 2 à 8 ans. Le cultivar Gala sur porte-greffes M9 était le plus affecté, bien qu'on ait signalé le dépérissement soudain de pommiers Fuji et Golden Delicious sur porte-greffes M9 aussi.
  • On trouvait dans les blocs des arbres morts ou en dépérissement mêlés à des arbres sains (fig. 1).
  • Présence de chancre pourpre et de tissus nécrosés ou dégénérescents au point de greffe et s'étendant vers le haut du tronc (fig. 2).
  • Sous le point de greffe, le porte-greffes et le système racinaire semblaient sains et produisaient souvent un grand nombre de drageons racinaires (fig.3).
  • Feuilles jaune pâle virant rapidement au pourpre ou devenant rougeâtres juste avant la mort de l'arbre.
  • La mort des pommiers dans les blocs survenait à partir du débourrement jusqu'aux stades de nouaison complète et une charge en fruits normale (fig. 4).

Figure 1. Arbres morts (au centre) ou en train de dépérir (à l'extrême droite) dans un bloc comportant aussi des arbres sains (à l'extrême gauche).

Figure 1. Arbres morts (au centre) ou en train de dépérir (à l'extrême droite) dans un bloc comportant aussi des arbres sains (à l'extrême gauche).

Figure 2. Arbres morts dépouillés de leur écorce. Observer les tissus nécrosés au point de greffe qui s'étendent vers le haut du tronc et les tissus verts sains au-dessus.

Figure 2. Arbres morts dépouillés de leur écorce. Observer les tissus nécrosés au point de greffe qui s'étendent vers le haut du tronc et les tissus verts sains au-dessus.

Figure 3. Arbre en train de dépérir qui présente un grand nombre de drageons racinaires. Observer le chancre pourpre au point de greffe.

Figure 3. Arbre en train de dépérir qui présente un grand nombre de drageons racinaires. Observer le chancre pourpre au point de greffe.

Figure 4. Arbre en train de dépérir avec charge en fruits complète. Photo : K. Peter, PSU

Figure 4. Arbre en train de dépérir avec charge en fruits complète. Photo : K. Peter, PSU

Figure 5. Orifices grugés par des insectes xylophages dans un arbre déclinant.

Figure 5. Orifices grugés par des insectes xylophages dans un arbre déclinant.

Qu'est-ce qui pourrait causer ce dépérissement soudain??

  • Dommages associés à la température - Comme le phytopathologiste du MAAARO, Michael Celetti, a mentionné dans l'article du bulletin Le pomiculteur d'avril 2016, Alerte : Chancres dans les vergers de pommiers, des chancres peuvent apparaître dans les vergers un ou deux ans après un hiver très froid. Avec les hivers froids que l'Ontario a connus en 2014 et en 2015, on prévoyait que les agents pathogènes qui infectent l'arbre par les blessures hivernales provoquent des symptômes visibles au cours de la saison 2016 et puissent même causer le dépérissement de l'arbre. Les arbres maintenant âgés de 3 à 6 ans étaient nouvellement plantés ou encore très jeunes au cours des hivers 2014/2015 et, par conséquent, extrêmement vulnérables aux blessures causées par le froid durant ces périodes de froid intense.
    Il est fort probable aussi que les conditions sèches qu'a connues la province cette année aient contribué à intensifier le déclin des arbres déjà affaiblis. Il est difficile de savoir si la situation aurait été aussi grave dans certains blocs si l'apport en humidité avait été satisfaisant. Il est possible que la combinaison de blessures hivernales en 2014/2015 puis d'infection subséquente par de faibles agents pathogènes, suivie par des conditions sèches 2016, ait exacerbé le dépérissement des arbres.
  • Dommages reliés à des ravageurs - Les agents pathogènes habituels comme ceux qui causent le feu bactérien ainsi que Phytopthora et qui sont souvent responsables de la mort des arbres ont été exclus des causes possibles dans la majorité des cas en Ontario. Dans la plupart des vergers atteints par le syndrome du dépérissement rapide ou soudain, aucune bactérie n'a été isolée des tissus atteints analysés au laboratoire de phytodiagnostic de l'Université de Guelph. On s'est toutefois interrogé récemment, au sein de la communauté scientifique, sur le fait que l'agent responsable du feu bactérien peut parfois passer inaperçu et qu'il ne devrait peut-être pas être exclu des causes du phénomène dans certains vergers. Ceci dit, les symptômes associés à ces agents pathogènes se manifestent souvent au niveau du sol juste en dessous du point de greffe dans la partie porte-greffes de l'arbre, alors que les symptômes du dépérissement rapide ou soudain du pommier (nécrose) s'étendent vers le haut uniquement à partir du point de greffe.
    Comme on l'a mentionné plus haut, les champignons pathogènes ont été détectés dans presque tous les vergers où des échantillons de pommiers touchés ont été prélevés pour analyse. Ces champignons incluent les genres Phomopsis, Cytospora et l'espèce Botryosphaeria obtusa (chancre de la pourriture noire). Alors que ces agents pathogènes ont probablement contribué au déclin des arbres, ils ont vraisemblablement causé plutôt une infection secondaire en s'introduisant dans une blessure préexistante.
    Dans certains cas, des infestations d'insectes xylophages (perceurs de bois) ont été observées dans les arbres touchés (fig. 5). Mais la présence de ce type d'insectes n'a pas été signalée dans tous les vergers où du dépérissement soudain a été observé. Le scénario le plus probable est que les insectes xylophages se sont présentés une fois que les arbres avaient été soumis à un stress.
    On ne s'est pas beaucoup attardé, en Ontario, aux dommages causés par les herbicides à la base des jeunes pommiers, puisque ce type d'étude doit s'échelonner sur plusieurs années. En effet, les effets des herbicides peuvent passer inaperçus pendant des années après les traitements; il peut donc être très difficile, dans un verger commercial, d'établir qu'ils seraient la cause du phénomène. Les applications d'herbicides demeurent toutefois susceptibles de causer des blessures aux jeunes pommiers et d'accroître leur sensibilité aux infections secondaires.
  • Choix du site ou du cultivar - Beaucoup se sont demandé si le dépérissement soudain des pommiers pouvait être relié au choix du site ou à la replantation. En Ontario, le phénomène a été signalé dans toutes les régions productrices de la province sur des superficies de vergers nouvelles et existantes. De plus, seuls certains cultivars dans les blocs étaient généralement atteints. Par exemple, dans un des vergers affectés, environ 10 à 15 % des Gala/M9 étaient mourants alors que les McIntosh/M9 immédiatement voisins ne montraient aucun symptôme. Si le problème était relié au site, on aurait pu s'attendre à ce que les dommages soient plus répandus à l'intérieur d'un bloc entre les différentes combinaisons cultivar/porte-greffes ou observer une sensibilité similaire à la maladie qui aurait été circonscrite à une région de la province.
  • Le fait que les arbres atteints soient surtout des Gala/M9 laisse croire qu'il s'agit plutôt d'un problème relié à la combinaison cultivar/porte-greffes. Cependant, dans d'autres régions du nord-est du continent, les problèmes sont survenus avec d'autres variétés et d'autres porte-greffes.

Il n'y a pas malheureusement pas de réponse précise à ce problème pour le moment. Avec la tendance croissante vers les plantations à densité élevée et la mise en production de pommiers dès la deuxième ou troisième année, on peut s'attendre à une augmentation des facteurs de stress pour les jeunes pommiers. Il est cependant fort probable que le syndrome du dépérissement rapide ou soudain du pommier dépende d'un ensemble de facteurs associés à différents stress : sécheresse? blessures dues au froid? herbicide? maladie de la replantation? l'ensemble de ces stress? À ce stade-ci, il faudra encore des recherches pour répondre à ce genre de questions.

Que peut-on faire??

Il est difficile de répondre à cette question sans connaître la cause de dépérissement de l'arbre. La meilleure chose à faire est de réduire les stress que subissent les pommiers et d'éliminer si possible les sources potentielles d'inoculum.

  • Envisager l'irrigation, surtout dans le cas des porte-greffes M9.
  • Respecter un programme de fertilité adéquat durant toute l'année, fondé sur les analyses foliaires et de sol.
  • Pendre les troncs des jeunes arbres en blanc ou utiliser des protecteurs d'arbres pour prévenir les lésions du sud-ouest.
  • Dans le cas d'une nouvelle plantation dans un verger existant, décaler les rangs afin d'éviter de planter les nouveaux pommiers directement au même endroit que les anciens arbres et faire analyser le sol pour détecter la présence de nématodes et évaluer la fertilité avant la plantation.
  • Éliminer dès que possible les branches infectées par le feu bactérien afin de prévenir la propagation aux porte-greffes.
  • Les vergers établis à proximité des boisés risquent d'être plus vulnérables aux maladies qui entraînent la formation de chancres. Protéger les arbres durant les périodes où la maladie peut apparaître afin de prévenir les infections.
  • Éliminer les arbres morts ou en voie de mourir durant la saison de dormance afin de réduire les sources d'inoculum à l'intérieur du verger. Détruire les pommiers et les débris d'élagage à l'aide d'une débroussailleuse.
  • Retirer les fruits momifiés qui restent dans les arbres, car ils peuvent héberger l'agent pathogène responsable de la pourriture noire.

Restez informés. Il y aura certainement de nouveaux développements sur ce sujet puisque les intervenants du nord-est du continent travaillent en collaboration pour trouver des réponses.


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