Alerte : Chancres dans les vergers de pommiers

Les pomiculteurs ont peut-être observé un plus grand nombre de chancres sur les branches et les troncs des arbres dans leurs vergers l'an dernier et de nouveau ce printemps. Il arrive souvent que les chancres apparaissent dans les vergers un ou deux ans après un hiver très froid. Bon nombre d'organismes responsables des chancres sont de type opportuniste et provoquent des infections en pénétrant dans les blessures causées par la machinerie, les insectes, la grêle ou le froid. Certains agents pathogènes à l'origine des chancres pénètrent dans les blessures et s'établissent sans causer de symptômes visibles avant la prochaine saison de croissance et même jusqu'à deux saisons après que la blessure et l'infection soient survenues. Avec les hivers froids que l'Ontario a connus en 2014 et de nouveau en 2015, on prévoit que les agents pathogènes qui infectent l'arbre par les blessures hivernales vont provoquer des chancres au cours de la saison qui vient.

Le chancre de la pourriture noire (Botryosphaeria obtusa) est probablement celui qui est le plus couramment observé sur les pommiers en Ontario (figure 1). Les blessures sur les branches et les troncs causées par l'hiver procurent une entrée au champignon responsable de la pourriture noire qui infecte ensuite l'arbre et le colonise. Le champignon pathogène n'infecte pas le bois sain directement. Au début, le champignon se manifeste sous l'écorce par une discrète décoloration rougeâtre, parfois légèrement affaissée. Cette zone peut mesurer quelques centimètres de diamètre ou peut se développer pour atteindre plusieurs mètres de longueur sous l'écorce (figure 2). Il se peut que les pomiculteurs ne reconnaissent pas les symptômes hâtifs discrets des chancres de la pourriture noire qui apparaissent sur les branches maîtresses ou les troncs blessés au cours de l'année de la blessure. À la fin de la saison ou au début de la saison de croissance suivante, l'écorce infectée meurt, se fendille et se décolle de la zone affaissée, exposant un bois malade noirci (figure 1). Certains chancres peuvent demeurer de petite taille, mais non nombre d'entre eux vont continuer à grossir et finir par ceinturer les branches ou le tronc. Cela prend souvent deux ans avant que les symptômes du chancre de la pourriture noire deviennent visibles. Bon nombre des plus gros chancres observés la saison dernière (2015) proviennent probablement d'une infection associée à des dommages hivernaux survenus l'an dernier au cours de l'hiver 2014. Il est probable qu'un nombre plus élevé de chancres de la pourriture noire se manifestent cette année en raison des infections associées aux dommages hivernaux en 2015.

Figure 1. Chancre de la pourriture noire soulevant l'écorce et exposant un bois noir décoloré.

Figure 1. Chancre de la pourriture noire soulevant l'écorce et exposant un bois noir décoloré.

Figure 2. Les chancres de la pourriture noire se manifestent d'abord sous l'écorce par une discrète décoloration rougeâtre, parfois légèrement affaissée.

Figure 2. Les chancres de la pourriture noire se manifestent d'abord sous l'écorce par une discrète décoloration rougeâtre, parfois légèrement affaissée.

Le chancre de l'anthracnose (Neofabraea malicorticis et N. alba) et le chancre pérennant (N. perennans) sont d'apparence très semblable et sont difficiles à distinguer l'un de l'autre. Les agents pathogènes responsables infectent les blessures quand les conditions sont très humides. En Ontario, on l'observe sporadiquement dans les vergers situés près d'un lac. Le champignon à l'origine du chancre pérennant a besoin d'une blessure pour infecter l'arbre et il est souvent associé à des épisodes climatiques qui entraînent des blessures aux arbres, comme par grand froid. Les chancres apparaissent d'abord sous forme de petites taches ovales rouges à pourpres sur les branches maîtresses ou les troncs. Ces taches grossissent, deviennent d'un brun orangé et forment des zones affaissées. L'écorce commence à se rétrécir sous l'effet du chancre ovale qui grossit, puis les extrémités de ce dernier se fendillent et se détachent du bois sain. L'écorce se fissure avec le temps exposant de longues fibres le bois que le champignon ne peut pas décomposer et qui font penser à des « cordes de violon » (figure 3) d'où le nom fiddlestring canker parfois employé en anglais pour désigner cette maladie. Bien que le champignon puisse produire des spores pendant toute la saison de croissance, cette production tend à être maximale à l'automne. Heureusement, les pommiers se défendent rapidement contre ce type de chancre en produisant une excroissance caleuse autour du tissu malade et en divisant l'infection en compartiments ce qui l'empêche de progresser ou de grossir au cours de la première année de l'infection (figure 3).

Figure 3. Le chancre de l'anthracnose expose de longues fibres qui font penser à des cordes de violon.

Figure 3. Le chancre de l'anthracnose expose de longues fibres qui font penser à des cordes de violon. Observer le tissu calleux qui se développe sur le pourtour du chancre et divise ainsi l'infection en plusieurs compartiments, l'empêchant ainsi de se répandre.

La maladie du corail (Nectria cinnabarina) et le chancre nectrien apparaissent sporadiquement dans les vergers ontariens et causent rarement des dommages importants (figure 4). L'agent pathogène infecte d'abord l'arbre par les blessures se trouvant sur les rameaux et les branches attribuables à divers dommages, dont les dommages hivernaux. Le champignon finit par ceinturer le rameau ou la branche qui flétrit rapidement, ce qui s'apparente aux symptômes du feu bactérien (ou brûlure bactérienne) (figure 5). Des coussinets de spores orange à rose brillant se développent dans le chancre à la base des branches ou des rameaux flétris. Les spores sont produites à l'automne et au printemps. Le chancre est habituellement confiné à de petites branches et de petits rameaux affaiblis et on l'observe rarement sur les plus grosses branches charpentières ou les troncs.

Figure 4. Chancre nectrien avec des coussinets de spores orange sur une branche maîtresse.

Figure 4. Chancre nectrien avec des coussinets de spores orange sur une branche maîtresse.

Figure 5. La brûlure des pousses associée à la maladie du corail peut ressembler à celle qui est causée par le feu bactérien.

Figure 5. La brûlure des pousses associée à la maladie du corail peut ressembler à celle qui est causée par le feu bactérien.

De nombreuses plantes ligneuses comme l'érable, le bouleau, le caryer, le peuplier, le hêtre et l'aubépine sont des hôtes intermédiaires des agents pathogènes responsables des chancres. Les vergers plantés dans le voisinage de boisés risquent d'être plus vulnérables à ces maladies. La taille des branches malades et du bois mort durant la saison de dormance est une mesure importante pour réduire les sources d'inoculum dans le verger. On peut retirer les chancres de manière chirurgicale si cela est possible et pratique. Il peut également être utile d'appliquer de la peinture sur les chicots élagués ou le bois exposé pour aider à prévenir la réinfection dans la blessure. De plus, il est important de retirer du verger les branches ou le bois coupés qui sont infectés, étant donné que ces organismes pathogènes peuvent survivre et produire des spores sur du tissu mort ou vivant. On réduira également les quantités d'inoculum en brûlant ou hachant les bouts de branches qui sont sur le sol du verger à l'aide d'une débroussailleuse. Il n'est pas conseillé d'empiler du bois dans un verger ou à proximité, car le bois risque d'être colonisé par les champignons responsables des chancres et de devenir ainsi une source d'inoculum. Les fruits momifiés laissés dans les arbres peuvent héberger l'organisme qui cause la pourriture noire et devraient être retirés rapidement.


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