Survie hivernale des ravageurs des vergers

Après le long hiver qu'on a connu, plusieurs se questionnent au sujet de l'impact des températures froides sur la survie des ravageurs des vergers. Malheureusement, il est encore trop tôt pour savoir à quoi s'attendre pour la saison.

Habituellement, la plupart des insectes nuisibles qui survivent à l'hiver dans les vergers ontariens sont adaptés aux températures froides. Bon nombre d'entre eux entrent en diapause, ce qui correspond à un type d'hivernation, alors que d'autres recherchent un abri et utilisent diverses techniques pour se réchauffer (c.-à-d. en produisant une sorte d'antigel à insectes), ou une combinaison de ces moyens. Ainsi, le carpocapse entre en diapause à la prépupaison alors qu'il est bien enveloppé dans son cocon, ou hibernaculum, protégé par des tas de feuilles ou des morceaux d'écorce à la base des arbres. Le scarabée japonais et la mouche de la pomme hivernent respectivement dans le sol sous la forme de larve et de pupe, à l'abri des températures grâce à la couverture neigeuse. Le tétranyque rouge du pommier et plusieurs espèces de pucerons hivernent sous forme d'œufs en sécrétant des protéines spécialisées qui empêchent leurs cellules de geler.

Durant les hivers ordinaires, les populations d'insectes diminuent souvent jusqu'à un certain degré, selon bon nombre de facteurs associés au microclimat du verger, comme l'appel d'air, la couverture neigeuse et les températures extrêmes. Alors qu'un hiver extrêmement froid peut réduire le nombre d'insectes nuisibles, des températures favorables au début du printemps peuvent facilement contribuer au développement de ceux qui ont survécu. Si le printemps est tiède et sec, on pourrait assister à une apparition rapide du tétranyque rouge du pommier, du puceron rose du pommier, de la punaise terne et de la punaise de la molène, alors qu'un printemps froid, humide et pluvieux pourrait retarder la venue de ces ravageurs qui apparaissent normalement tôt en saison.

Le même principe s'applique à la majorité de l'inoculum des maladies qui survivent à l'hiver, habituellement protégés du froid par ce qui suit :

  • les branches ou les chancres infectés (ex. : le feu bactérien);
  • les feuilles sur le sol du verger (ex. ; tavelure du pommier);
  • le bois mort ou les fruits momifiés dans l'arbre ou sur le sol (ex. : pourriture noire, pourriture amère);
  • hôtes intermédiaires qui peuvent avoir été transportés d'ailleurs par les courants aériens (ex. : la rouille).

L'oïdium peut faire exception, car l'inoculum hiverne sous forme de mycélium dans les fruits dormants et les boutons sur les pousses qui ont été infectées la saison précédente. Les conidies se développent à partir des boutons au printemps sous forme de tissu infecté et se propagent aux autres feuilles en provoquant des infections secondaires. Les boutons et les pousses infectés par l'oïdium ayant survécu à l'hiver sont peu rustiques. À des températures inférieures à -24 °C, lesquelles se sont produites dans bon nombre de régions cet hiver, le taux de survie est habituellement inférieur à 5 %.

Les boutons dormants infectés par l'oïdium sont habituellement biseautés, effilés ou rabougris (voir la figure ci-dessous) et sortent de la dormance de 5 à 8 jours plus tard que les boutons sains. De même, les boutons et pousses infectés présentent un fin duvet blanc qui est ordinairement assez visible.

Les boutons dormants infectés par l'oïdium sont habituellement biseautés, effilés ou rabougris.

L'oïdium a besoin de tissu vivant. Alors, si l'hiver a tué le bouton infecté, le mycélium ne survivra pas. Toutefois, si le bouton survit, il y a de bonnes chances que le champignon survive aussi. Puisque les boutons infectés s'épanouissent habituellement plus tard que les boutons sains, il se peut qu'il y ait déjà du tissu vert vulnérable lorsque les premières conidies sont produites. En présence de conditions idéales, même une faible population d'oïdium peut rapidement exploser si aucune mesure n'est prise. Pour des conseils sur la lutte contre l'oïdium, et sur la manière d'intégrer ces stratégies dans un programme existant de lutte contre la tavelure du pommier, voir l'article paru dans un numéro précédent du Pomiculteur intitulé, Gestion de la tavelure du pommier et du blanc (oïdium).


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