Maladie de la prolifération du pommier

L'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) a récemment annoncé la découverte d'une maladie réglementée et mise en quarantaine appelée la maladie de la prolifération du pommier (MPP) dans un verger en Nouvelle-Écosse. C'est la première découverte de la prolifération du pommier en Amérique du Nord et à l'heure actuelle, on ne croit pas qu'elle soit présente en Ontario ou dans toute autre région de culture de pommes de l'Amérique du Nord. Le département de l'Aagriculture des États-Unis a été informé et une enquête est en cours pour déterminer la source de cette introduction de la maladie en Nouvelle-Écosse. La MPP est considérée comme une maladie ravageuse pour les pommiers et a été découverte dans beaucoup de pays européens où elle provoque un déclin important de pommiers ainsi qu'une perte de rendement.

La MPP est causée par un phytoplasme appelé (Candidatus Phytoplasma mali) qui est un organisme de type bactérien sans paroi cellulaire et, sans cette paroi cellulaire, le phytoplasme ne peut survivre que dans la plante hôte ou dans l'insecte vecteur. La plupart des phytoplasmes envahissent les plantes hôtes vulnérables, mais ne vivent que dans les tissus conducteurs d'éléments nutritifs et de sucre qu'on nomme le phloème. D'autres exemples des maladies de plantes causées par les phytoplasmes en Ontario incluent la cloque du pêcher et la jaunisse de l'aster (en anglais Aster yellows) qui infectent beaucoup de récoltes végétales chaque année. Malheureusement, il est difficile de gérer les maladies de plantes provoquées par les phytoplasmes.

Les pommiers infectés par le phytoplasme de la MPP produisent souvent de multiples boutons axillaires étroitement rapprochés les uns des autres à l'extrémité d'une ou de plusieurs branches. Ces boutons se développent en pousses secondaires denses à l'extrémité d'une branche ayant pour résultat un aspect « de balai de sorcière ». Le symptôme des pousses multiples étroitement rapprochées qui se développent à l'extrémité de la même branche s'appelle « prolifération » d'où vient le nom de cette maladie. De même, les pousses et les dards sur les arbres infectés peuvent produire des feuilles multiples étroitement rapprochées dans une rosette. Ces rosettes de feuilles terminales sortent souvent de leur dormance tard dans la saison des cultures et sont souvent couvertes de blanc (oïdium). Les feuilles sur les arbres infectés sont souvent plus petites avec de grandes stipules; elles sont d'un vert plus pâle ou parfois d'une couleur jaunâtre. Les feuilles deviendront rouges au lieu de la couleur jaune normale souvent observée en automne, et la défoliation aura lieu prématurément. Quelques-uns ou bon nombre de boutons à fleurs sur les arbres infectés peuvent sortir de la dormance à la fin de l'été ou au début de l'automne et les fleurs de pomme sont souvent plus grosses avec une tige ou un pédoncule plus long que la normale. Parfois les pétales des fleurs ressemblent plutôt à une feuille verte. Les fruits produits par les arbres sévèrement infectés sont plus petits, ont moins de sucre, sont moins acides, et ont une apparence aplatie et vert pâle. Cette maladie peut provoquer des pertes de rendement de 30 à 100 %

De nombreux rapports sont publiés sur les hôtes intermédiaires du phytoplasme de la MPP, dont le poirier européen (Pyrus communis), la pervenche de Madagascar (Catharanthus roseus), le noisetier (Corylus avellana), la vigne (Vitis vinifera), beaucoup de Prunus spp., les plants de Ribes (de l'espèce Ribes rubrum), les aubépines (Crataegus monogyna), le lys de Sibérie (Lilium spp.), le dahlia (Dahlia × cultorum), le tabac des Premières Nations (Nicotiana occidentalis) et le tabac cultivé (Nicotiana tabacum); toutefois, ces plantes hôtes servent de réservoirs pour le phytoplasme de la MPP et on en connaît très peu sur l'effet du phytoplasme de la MPP sur ces plantes hôtes. On a aussi signalé que le petit liseron (Convolvulus arvensis) et le chiendent pied de poule (Cynodon dactylon) ont été des hôtes, mais ces découvertes n'ont pas été confirmées.

Le phytoplasme de la MPP se répand lorsque des greffons ou des porte-greffes contaminés sont greffés pour donner naissance à de nouveaux arbres. Une dissémination sur de grandes distances se fait avec le transport des arbres infectés dans une autre région. Lorsqu'il est introduit dans une autre région, le phytoplasme peut se propager d'un arbre à l'autre dans un verger et dans les vergers avoisinants, notamment par des insectes vecteurs de type piqueur-suceur. L'insecte vecteur principal de la MPP est un minuscule psylle (Cacopsylla melanoneura) qui ne semble pas être un problème en Amérique du Nord. Les deux autres vecteurs capables de disséminer cet agent pathogène sont la cicadelle écumeuse (Philaenus spumarius) et la cicadelle Fieberiella florii, un aphrophore qu'on retrouve en Ontario et en Colombie Britannique. La recherche a également démontré que la cicadelle écumeuse et l'aphrophore ne sont pas des vecteurs très efficaces du phytoplasme de la MPP et ne se retrouvent pas fréquemment sur les pommiers. Néanmoins, on le retrouve de temps en temps dans les vergers et il y a un risque de propagation de la maladie s'il est introduit en Ontario.

Les insectes vecteurs acquièrent le phytoplasme lorsqu'ils se nourrissent sur des plantes infectées. Une fois acquis, le phytoplasme se déplace partout et se multiplie dans le corps de l'insecte vecteur pendant un certain temps avant d'être transmis de façon persistante à d'autres plantes hôtes. Cette période latente dépend de la température et peut s'échelonner de quelques jours à quelques semaines. Une fois que l'insecte vecteur a percé le phytoplasme et l'a couvé, l'insecte vecteur reste infectueux tout le restant de sa vie. Les études ont démontré que le phytoplasme de la MPP peut hiverner dans le corps des adultes vecteurs et leur progéniture.

Souvent, le phytoplasme de la MPP n'est pas distribué uniformément dans les arbres infectés pendant plusieurs années. Pendant les mois d'été, le phytoplasme de la MPP peut être présent à la fois dans les parties de la plante situées en surface et dans les racines des arbres infectés, cependant, lorsque les températures baissent à l'automne et au cours des mois d'hiver, le phytoplasme de la MPP pénètre dans les racines où il hiverne et ne peut pas être détecté dans les parties de la plante en surface jusqu'à ce qu'il revienne s'y installer de nouveau au printemps suivant avec l'écoulement de sève.

Une fois que le phytoplasme est introduit dans un verger, la gestion repose sur la maîtrise des vecteurs à l'intérieur et à l'extérieur du verger. L'élimination immédiate des hôtes intermédiaires à l'intérieur et autour du verger, de même que les arbres infectés aide à réduire la source du phytoplasme. De nouveaux vergers devront être plantés avec des arbres non infectés qui sont produits à partir de greffons obtenus des arbres non infectés, et des arbres mères qui ont subi les tests de dépistage de phytoplasme.


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