Évaluation de l'oïdium (blanc) résistant aux fongicides

Des prélèvements d'échantillons dans les vergers, le printemps dernier ont marqué le lancement d'un projet national de deux ans sur l'évaluation de la résistance de l'oïdium (blanc) aux fongicides, dans le cadre d'une initiative coordonnée par l'association des pomiculteurs de l'Ontario, les Ontario Apple Growers (OAG). Le projet a été financé par Agriculture et Agroalimentaire Canada par le biais du Programme canadien d'adaptation agricole (PCAA) et du programme de réduction des risques du Centre de lutte antiparasitaire. Toutes les provinces productrices de pommes y participent (la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick, le Québec, l'Ontario et la Colombie-Britannique) encore cette année, avec 16 sites ontariens choisis au hasard par les OAG dans les cinq régions productrices. Au total, 45 sites dans tout le Canada ont été examinés en vue d'évaluer la résistance aux fongicides utilisés contre l'oïdium (blanc), dont 17 emplacements en Colombie-Britannique, 6 au Québec et 6 en Nouvelle-Écosse.

Comme pour l'enquête en lien avec la tavelure du pommier résistante aux fongicides, les producteurs participants ont accepté de laisser de 6 à 8 arbres non traités pour la maladie jusqu'à l'apparition de « pointes blanches » sur des tiges infectées par l'oïdium (figure 1). Des échantillons ont été prélevés et envoyés à l'Okanagan Tree Fruit Cooperative (OTFC), au nord de Kelowna, en Colombie-Britannique, pour vérifier la présence de résistance aux fongicides de la famille des inhibiteurs de stérols (IBS) (groupe 3) et de la famille des strobilurines (groupe 11).

Figure 1. Les symptômes du blanc sur les feuilles se manifestent par des plaques de feutre mycélien blanc aux contours d'un rouge tirant sur le rose

Figure 1. Les symptômes du blanc sur les feuilles se manifestent par des plaques de feutre mycélien blanc aux contours d'un rouge tirant sur le rose.

Des tests d'ADN effectués à l'aide d'une méthode standard ont permis d'obtenir des résultats probants pour tous les vergers analysés en 2012. La méthode a permis de détecter la présence de la mutation G143A, révélatrice d'une résistance élevée aux strobilurines (Flint, Sovran et Pristine). Sous les conseils de Danielle Hirkala de l'OTFC, les résultats ont été interprétés à l'aide de seuils de référence liés aux populations de génotypes mutants, qui ont été établis pour déterminer les degrés de sensibilité de l'oïdium aux strobilurines :

  • Si la proportion de génotypes mutants (GM) est inférieure à la moyenne de sensibilité de référence de 10 %, alors l'échantillon de population est considéré comme étant sensible au fongicide.
  • Si la proportion de GM se situe entre la moyenne de sensibilité référence de 10 % et le seuil de résistance moyen de 50 %, c'est que la population évolue vers la résistance.
  • Si la proportion de GM est supérieure au seuil moyen de résistance de 50 %, alors la population est considérée comme étant résistante au fongicide.

Les chercheurs ont cependant eu certaines difficultés avec un autre test pour évaluer la résistance à l'aide de bioessais de germination des spores en raison de problèmes de contamination et d'une faible viabilité des spores. Les spécialistes du MAAO collaborant avec l'OTFC tentent de mettre au point un meilleur protocole d'échantillonnage. En 2013, nous allons rectifier notre méthode de prélèvement d'échantillons afin d'améliorer la viabilité des spores et d'être en mesure d'analyser de nouveau les vergers échantillonnés en 2012 ainsi que les échantillons de 2013. Puis, des milieux de culture auxquels sont ajoutés des ISB (Nova, Nustar ou Inspire) et une strobilurine (Flint, Sovran ou Pristine) seront ensemencés. Un échantillon témoin non traité sera aussi inoculé avec des isolats d'oïdium provenant de chacun des vergers et la quantité de spores produites sera évaluée.

Voici les conclusions auxquelles nous sommes parvenus d'après les résultats obtenus (figure 2) :

  • Vigilance recommandée avec les strobilurines (Flint, Sovran et Pristine); les résultats préliminaires montrent que les populations d'oïdium évoluent vers la résistance ou sont déjà résistantes, dans certains vergers.
  • La présence de la mutation G143A révèle un degré élevé de résistance aux strobilurines; 6 des 16 vergers échantillonnés en Ontario présentaient des pourcentages de mutation supérieurs à 10 %.
  • Recommandations concernant la lutte contre l'oïdium :
    • Commencer les traitements tôt en saison, au débourrement.
    • Utiliser les fongicides à titre de phytoprotecteur seulement.
    • Inclure des agents anticryptogamiques à large spectre (ex. : du soufre).
    • Poursuivre les traitements du stade du bouton vert jusqu'à l'apparition des bourgeons terminaux.
    • Toujours inclure un programme adapté aux variétés sensibles ( Gala, Honeycrisp, Cortland, Idared, Paulared, Crimson Crisp, Goldrush, Fuji, Russet).

Figure 2. La présence de la mutation G143A est associée à la résistance aux strobilurines (Flint, Sovran, Pristine) dans 16 populations ontariennes d'oïdium (2012)

Figure 2. La présence de la mutation G143A est associée à la résistance aux strobilurines (Flint, Sovran, Pristine) dans 16 populations ontariennes d'oïdium (2012). Version texte

Se rappeler que l'apparition de résistance est liée à la manière dont on a utilisé le fongicide. Bien que certains vergers de la région puissent présenter de la résistance à un produit en particulier, il ne faut pas présumer qu'il y a de la résistance dans votre verger! Chaque verger doit être évalué individuellement en matière de résistance, et pour chaque produit également. Toutefois, même s'il semble y avoir de la résistance dans un verger d'après les analyses de laboratoire, cela ne signifie pas que les mesures de lutte antiparasitaire aient échoué sur le terrain. Le produit deviendra cependant inefficace si on continue à l'utiliser. L'évaluation de la résistance de l'oïdium aux fongicides est peut-être un processus fastidieux et coûteux qui, à l'occasion, ne permettra même pas d'arriver à des conclusions précises. Mais il s'agit cependant d'un moyen qui peut se révéler très utile pour prendre de judicieuses décisions en matière de stratégies de lutte antiparasitaire.

Ces travaux ont été réalisés en partenariat avec l'Ontario Apple Growers, l'Apple Growers of New Brunswick, la Nova Scotia Fruit Growers' Association, la Fédération des producteurs de pommes du Québec, la British Columbia Fruit Growers' Association et le groupe de travail en pomiculture du Conseil canadien de l'horticulture. Nous remercions aussi Danielle Hirkala de l'Okanagan Tree Fruit Cooperative. Le projet a été financé par Dow AgroSciences Canada, Syngenta protection des cultures, E.I. DuPont Canada, BASF Canada Inc. et Bayer CropScience Inc. Soutien technique : Ken Wilson, Lindsay Pink, Brian Sutton, Frankie Cooper, Michelle Linington, Rebecca Vandertoorn, Carly Decker et Tyler Jenner.


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Local : 519 826-4047
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