Le point sur la tavelure du pommier

La saison a démarré rapidement cette année. Les pluies ont été abondantes et on observe déjà du tissu vert, de sorte que les producteurs ont lancé leurs programmes de lutte contre la tavelure. Selon David Rosenberger, un pathologiste de l'Université Cornell, il est important de prévenir tôt en saison l'émergence de la tavelure, car ce sont les infections en ce temps de l'année qui entraînent les plus grandes pertes financières. La lutte est difficile quand la tavelure survient tôt, et l'application de fongicides sur les lésions sporulantes peut faire augmenter le risque de résistance.

Pour être efficace, le programme de lutte doit commencer dès le débourrement et se poursuivre jusqu'à la fin de la période d'infection primaire, soit la fin de juin. Si la tavelure persiste par la suite, il faut continuer la lutte jusqu'à la récolte. Comme la tavelure est déjà observée dans certains vergers (les lésions apparaissent de 9 à 17 jours après l'infection), voici quelques conseils utiles :

  • Surveillez les conditions ambiantes dans votre verger : températures maximale et minimale quotidiennes et durée de mouillage des feuilles. Il se peut que les prévisions météorologiques régionales et les bulletins Agriphone ne fournissent pas d'information sur les conditions à des endroits précis.
  • Surveillez la quantité d'inoculum. Si votre verger a été frappé par la tavelure l'an dernier ou encore s'il est presque abandonné ou soumis à une forte pression, vous pouvez considérer qu'il est à haut niveau d'inoculum. Il faut se rappeler que la présence de la tavelure risque d'être plus forte cette année, car on a enregistré un été très pluvieux dans toute la province en 2008.
  • Pour déterminer les périodes d'infection, tenez compte de la quantité d'inoculum présente. Des recherches menées à New York ont révélé que 96 % des ascospores sont libérées durant le jour, entre 8 h et 19 h. Les autres ascospores, libérées le soir et la nuit, peuvent quand même causer d'importants problèmes dans les vergers à haut niveau d'inoculum, mais ne sont pas inquiétantes dans les autres vergers.
    • Dans les vergers à faible niveau d'inoculum, la période de mouillage des feuilles entre 8 h et 19 h doit correspondre à l'intervalle entre la première heure où la pluie tombe et le moment où elle cesse. Dès lors, si la pluie commence à 9 h et cesse à minuit, il faut compter une période de mouillage des feuilles de 15 heures. Si la pluie commence à tomber entre 19 h et 8 h, il faut compter entre 8 h et le moment où les feuilles sont sèches. Par exemple, si la pluie tombe de 22 h à 10 h le lendemain, la durée de mouillage des feuilles est de 2 heures, à partir de 8 h.
    • Dans les vergers à haut niveau d'inoculum, la durée de mouillage des feuilles doit correspondre à l'intervalle entre la première heure où la pluie tombe et le moment où elle cesse, et ce, quelle que soit l'heure du jour ou de la nuit. Il faut additionner les périodes de mouillage dues à la pluie intermittente, sauf si les périodes de pluie sont séparées par un intervalle d'au moins 10 heures de temps sec et ensoleillé. Calculez la température moyenne de la période de mouillage et consultez le tableau 4 4 de la publication no 310, Lutte intégrée contre les ennemis des pommes (p. 111 en anglais), pour déterminer si une infection s'est produite.

  • Quand il s'est produit des infections primaires, les lésions sur les feuilles et les fruits produisent des spores secondaires (conidies) qui se propagent sur de courtes distances par l'éclaboussement des gouttes de pluie. Dans ce cas, il faut que la durée de mouillage des feuilles soit un peu plus longue que dans le cas des spores secondaires (ascospores). Toutefois, contrairement aux ascospores, il n'est pas nécessaire qu'il pleuve pour que les conidies soient libérées. La rosée du petit matin prend une part plus importante dans l'amorce des périodes de mouillage. Comme les infections secondaires peuvent se produire le jour ou la nuit, il faut calculer la durée de mouillage à partir du début de cette période, quelle que soit l'heure. Les lésions causées par les conidies peuvent faire durer les périodes de tavelure tout l'été.
  • En mûrissant, les fruits deviennent plus résistants à la tavelure. Par conséquent, à mesure que la saison avance, les durées de mouillage des feuilles doivent être plus longues pour que les fruits soient infectés. La figure 4 5 de la publication no 310 (p. 112 en anglais) indique le rapport entre la température, les durées de mouillage des feuilles et le nombre de semaines après la floraison en ce qui concerne les infections secondaires par la tavelure du pommier. Par exemple, à une température moyenne de 14º C, il ne faut qu'une durée de mouillage de 8,5 heures une semaine après la floraison. En revanche, 10 semaines après la floraison, il faut une durée de mouillage de 32,5 heures pour observer une infection de 2 % des fruits.

  • Pour ce qui touche les résidus de fongicides et la pluie, en général :
  • une hauteur de pluie inférieure à 2,5 cm (1 po) depuis la dernière pulvérisation n'a pas d'effet notable sur la quantité de fongicides résiduels;
  • une pluie cumulative d'une hauteur de 2,5 à 5 cm (de 1 à 2 po) depuis la dernière pulvérisation réduit de moitié la quantité de fongicides résiduels, auquel cas vous devez réduire de moitié l'intervalle de temps avant la prochaine pulvérisation;
  • une pluie cumulative d'une hauteur dépassant 5 cm (2 po) depuis la dernière pulvérisation réduit presque à zéro la quantité de fongicides résiduels, auquel cas vous devez faire une nouvelle pulvérisation le plus tôt possible.

Auteur : Kathryn Carter - spécialiste de la lutte intégrée contre les ennemis des fruits à pépins/MAAARO
Date de création : 18 février 2009
Dernière révision : 18 février 2009

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