Prévention des dommages causés par les populations de cerfs

Avec les premières neiges, les cerfs (chevreuils) commencent à se rassembler sur leurs aires d'hivernage et à rechercher des sources d'aliments riches en énergie qui leur permettront de survivre. Pour eux, les pommiers en dormance pourvus de beaux bourgeons de fruits et de nouvelles pousses constituent une excellente source de nourriture pour l'hiver. Tous les gens qui vivent dans le Sud de l'Ontario ou qui y passent savent qu'on y aperçoit maintenant davantage de cerfs. Aux États‑Unis, on estime que leur population dans l'ensemble du pays se situe entre 25 et 30 millions d'individus. Ils se sont adaptés aux environnements périurbains et ont profité des hivers moins froids et de la diminution de la chasse dans certaines régions.Ces animaux préfèrent les habitats fragmentés où ils trouvent des boisés pour se cacher et des terres agricoles dégagées. Selon l'évaluation du ministère de l'Agriculture des États‑Unis, le total du coût des collisions de véhicules automobiles avec des cerfs et des pertes que ceux‑ci infligent aux cultures et à la production de bois se chiffre à au moins un milliard de dollars par an (Mullen, 2002).

Les dommages causés par les cerfsaux jeunes pommiers non encore productifs ou arrivés à maturité peuvent être sérieux. Dans les plantations denses de petits arbres courts, ces animaux ont accès à une plus grande partie du couvert végétal. Là où ils ont brouté les pointes tendres des pousses et les croissances apicales au cours de l'hiver et au début du printemps, il en résulte souvent une importante réduction de la surface en fruits et une modification de la forme des arbres.Les cerfs peuvent aussi endommager ou détruire les petits arbres en y frottant leur panache pour se débarrasser du velours au cours de la formation des bois. Dans les vergers, on constate l'apparition de lésions de ce type de septembre à novembre. Il est possible de prévenir les dommages causés par ces animaux dans les vergers en adoptant une approche intégrée pouvant inclure la chasse réglementée (avec autorisation), les dispositifs d'effarouchement, les répulsifs et l'installation de clôtures (ordinaires ou électriques). Pour une même densité de cerfs, le risque de dommages économiques est généralement plus important dans les vergers plus étendus, de sorte que ceux‑ci nécessitent souvent des clôtures plus élaborées que les plantations moins étendues si l'on veut obtenir la même protection. Là où des arbres de pépinière sont plantés dans de grandes parcelles au voisinage de troupeaux nombreux, il faut souvent installer une clôture d'exclusion pour assurer une production de qualité.

Clôtures

Il existe plusieurs types de clôtures différentes dont celles en treillis de fils métalliques, une excellente option dans les régions où les densités de cerfs sont élevées et où ils ont de fortes chances de provoquer des dommages. La clôture permanente en treillis de fils métalliques nécessite peu d'entretien, mais son installation peut être coûteuse. À cause de leur prix, ces dispositifs sont peu utilisés autour des vergers, mais davantage autour des pépinières. Cette clôture verticale d'une hauteur de 8 pieds est constituée de 2 parties de 4 pieds formées d'un grillage métallique de 6 x 12 pouces et reliées par des anneaux ouverts. Au moins deux fils de fer barbelé espacés de dix pouces sont ajoutés au sommet de la structure, ce qui porte la hauteur totale à dix pieds ou plus. Selon les résultats d'une recherche effectuée dans l'État de New York, là où la pression est forte, on doit généralement installer ce type de clôture autour des parcelles de plus de 50 acres pour empêcher efficacement les cerfs d'y pénétrer.

Clôtures invisibles

Un autre type de dispositif intéressant est la clôture à mailles.Elle est considérée comme solide, durable, pratiquement invisible et facile à installer. Elle est formée d'une série de mailles carrées de quatre pouces en polyéthylène résistant aux ultraviolets.Chaque fil a une force de résistance à la rupture de 175 lb.Cette clôture peut être tendue entre des piquets espacés de 20 pieds.Pour qu'elle soit efficace, elle doit entourer l'ensemble de la superficie à protéger. Ce type de clôture est considéré comme très efficace parce que chez les cerfs, la vue et la perception de la profondeur sont relativement mauvaises. La clôture et ses accessoires sont de couleur noire, de sorte que ces animaux ont du mal à voir où elle commence et où elle finit.Ils en ont peur et suivent le périmètre ainsi formé, généralement sans tenter de sauter par‑dessus. C'est donc une barrière discrète et sans cruauté qui permet d'exclure les cerfs des zones sensibles sans produits chimiques ni d'électricité.

Clôture électrique haute résistance

En Nouvelle‑Angleterre, c'est le type de clôture le plus employé pour empêcher les cerfs de pénétrer dans les vergers. Ces dispositifs sont faciles à installer, à réparer et à entretenir. De plus, les chargeurs à haute tension et faible impédance permettent d'électrifier de longues clôtures (jusqu'à 5 000 pieds ou plus). Les clôtures électriques temporaires sont simples, abordables et efficaces. On peut en accroître l'efficacité en les appâtant avec du beurre d'arachide, des pommes, etc. Les cerfs sont attirés par l'apparence ou l'odeur et finissent par toucher la clôture avec le museau. Le choc qu'ils s'infligent ainsi les conditionne à éviter le secteur. Les clôtures électriques haute résistance permanentes permettent de protéger les cultures pendant toute l'année et sont celles qui conviennent le mieux aux vergers. Dans l'État de New York, on considère que ce type de dispositif donne les meilleurs résultats en présence d'une faible pression exercée par les cerfs et pour de petites superficies. Les clôtures à profil bas fournissent rarement une protection suffisante pour les vergers commerciaux en hiver, notamment si la neige empêche les cerfs de trouver d'autres sources de nourriture. Les propriétaires doivent vérifier si les règlements locaux leur permettent d'installer des clôtures électriques sur leur terrain.

Certains dispositifs d'effarouchement peuvent être efficaces et économiques dans certains cas, en particulier lorsque les cerfs commencent à causer des dommages dans un verger. Cependant, une fois qu'ils ont acquis des habitudes de déplacement, il est difficile de les faire changer. Les méthodes temporaires d'effarouchement en question peuvent être des canons à propane, des explosifs, des lampes stroboscopiques, des sirènes, des feux d'artifice ou des coups de feu.Cependant les cerfs finissent souvent par s'y habituer au bout d'une semaine ou deux, même lorsqu'on déplace ces dispositifs.L'effarouchement est généralement une solution à court terme. Certains producteurs font aussi appel à des chiens : ceux‑ci sont maintenus derrière une « clôture invisible », système constitué d'un émetteur radio, d'un fil de cuivre souterrain et de colliers spéciaux équipés de récepteurs. Les chiens sont placés à l'intérieur du périmètre, d'où ils peuvent chasser les cerfs vers l'extérieur. S'ils tentent de traverser la clôture invisible, ils reçoivent un léger choc inoffensif. Un chien de maison ordinaire peut ne pas fournir une protection suffisante parce qu'il ne patrouille pas en permanence. Ce sont souvent les gros chiens agressifs qui donnent les meilleurs résultats.

Répulsifs

Il existe deux types de répulsifs qu'on peut employer contre les cerfs, soit les répulsifs de contact et à distance. Les répulsifs de contact sont placés sur les plantes et exercent leur effet par leur goût.Les répulsifs à distance sont les plus souvent employés dans les vergers; ils sont placés près des plantes à protéger et éloignent les cerfs par leur odeur. Il peut s'agir de barres de savon à mains ou de sacs de cheveux humains que l'on suspend aux arbres. Certains producteurs signalent que le Surround Crop Protectant qui contient du kaolin empêche les cerfs de se nourrir pendant l'établissement des arbres.Malheureusement, ces répulsifs pourraient n'avoir qu'un effet temporaire.

Chasse

Pendant la saison de la chasse, les cerfs qui fréquentent les vergers peuvent être tués par les titulaires de permis. On peut aussi faire une demande d'autorisation d'abattre des cerfs à des fins agricoles. Pour chasser en hors‑saison, on doit faire une demande à cet effet au ministère des Richesses naturelles. Ces permis autorisent le harcèlement et (ou) l'abattage les cerfs qui causent des dommages importants aux cultures, là où toutes les autres méthodes raisonnables s'avèrent inefficaces. Seuls les animaux qui s'attaquent aux cultures peuvent être ainsi tués. Les pomiculteurs peuvent demander un permis d'abattre des cerfs pour protéger leurs cultures en s'adressant au bureau du ministère des Richesses naturelles de leur localité. Les demandeurs doivent normalement documenter et décrire toutes les méthodes autres que la chasse qui ont été tentées pour prévenir les dégâts causés par une population de cerfs. Ils doivent répondre à certains critères, et une visite du site a généralement lieu.Les autorisations font l'objet d'un contrôle strict et elles complètent les objectifs de gestion des populations locales de cerfs. Les autorisations d'abattre des cerfs ne doivent pas servir à des fins de chasse récréative hors‑saison ou de bénéfices personnels.


Auteur : Kathryn Carter - spécialiste de la lutte intégrée, fruits à pépins/MAAARO; John Gardner - spécialiste de la pomiculture/MAAARO
Date de création : 15 décembre 2007
Dernière révision : 15 décembre 2007

Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca