Les pommiers stressés

Le mot stress est sans doute parmi ceux que j’ai le plus entendus cet été. Il fut surtout question d’arbres stressés, mais il ne faut pas négliger non plus le stress ressenti par les producteurs qui aimeraient bien avoir des revenus plus prévisibles lorsqu’ils investissent des centaines de milliers de dollars dans leur production. 

Cette situation est de toute évidence attribuable aux températures inégales de la saison de croissance 2007. Si on me demandait s’il s’agit d'une saison normale ou non, je ne saurais vraiment pas quoi répondre. 

Il semble qu’en général, les printemps sont plus hâtifs qu’auparavant et que l'accumulation de chaleur est plus importante durant la saison de croissance habituelle. Certains aspects de ce réchauffement peuvent être perçus comme positifs, mais dans l’ensemble les côtés négatifs de ce genre de saison peuvent perturber grandement les méthodes de gestion des vergers. Les dates de récolte des variétés indicatrices semblent, en moyenne, être devancées. 

La sélection des porte-greffes peut devenir déterminante en cas de réchauffement. On comprend encore mal cependant les niveaux de tolérance aux températures du sol des divers porte-greffes, durant les mois d’été. Dans les années 1970, les chercheurs Nelson et Tukey, aux États-Unis, avaient constaté que le porte-greffe EM 9 était le plus intolérant aux températures élevées du sol pendant l’été, comparativement aux porte-greffes M26, EM 7 et MM 106. En fait, le EM 9 avait un rendement optimal à 55 0F, un faible rendement à 66 0F et le pire rendement à 77 0F. Ces observations expliquent pourquoi on obtient de meilleurs résultats avec certains porte-greffes au cours d’un été chaud comme celui que nous avons connu. Les différentes souches de 9 présentent sans doute des niveaux de tolérance variables aux diverses températures du sol. 

Une des meilleures méthodes que nous avons trouvée pour lutter contre le stress thermique dans les vergers consiste à utiliser le film phytoprotecteur à particules Surround («Surround Crop Protectant»). On peut dire, dans certains cas, qu’il a le même l’effet que l’irrigation sur le rendement des pommiers. Des études contrôlées ont démontré que ce film permettait aux arbres de produire des fruits de catégories dimensionnelles comparables à celles qu’on aurait obtenues normalement dans un verger irrigué. L'aspect extérieur du fruit associé à l’utilisation du phytoprotecteur «Surround® WP » constitue par ailleurs un atout additionnel. Les producteurs qui taillent beaucoup les pommiers durant l’été en vue d’améliorer la qualité des fruits constateront aussi que le film contribue à diminuer beaucoup la quantité de pommes rejetées en raison de brûlures causées par le soleil sur le haut des pommes nouvellement exposées, au moment du mûrissement. 

 

Pommiers de la variété Aurora Golden Gala sur lesquels on a utilisé, durant toute la saison, le phytoprotecteur «Surround », et pommiers témoins sans phytoprotecteur.

Pommiers de la variété Aurora Golden Gala sur lesquels on a utilisé, durant toute la saison, le phytoprotecteur «Surround », et pommiers témoins sans phytoprotecteur.

Il est évident que cette technique ne remplace pas entièrement l’eau qui est apportée aux arbres par l’irrigation. Beaucoup de producteurs ont signalé que les systèmes de micro-irrigation ne suffisaient pas à fournir à la demande cette année, ce qui est compréhensible puisque les taux d’évapotranspiration étaient extrêmement élevés en général. Ces températures extrêmes ont commencé au moment de la nouaison et ont contribué dans certains cas, selon moi, aux chutes de fruits excessives en juin. La tache amère et le cœur aqueux peuvent aussi être d’autres conséquences physiologiques de la chaleur intense durant la saison de croissance. Les arbres soumis au stress n’absorbent ni n’utilisent les régulateurs de croissance de la même manière que les arbres qui ne souffrent pas des effets de la chaleur excessive ou d’un faible développement du feuillage, comme c’est le cas avec ReTain. ReTain est plus efficace sur les arbres dont le rendement est considéré quasi optimal.

Par ailleurs, on semble s’intéresser davantage, en Ontario, aux diverses sortes de paillis. Les paillis peuvent être chers; une analyse des coûts-avantages révélerait toutefois, selon moi, que les résultats sont avantageux dans le cas des cultivars de haute valeur.

Ceux qui prévoient avoir recours à des paillis à base de matériaux non synthétiques (paille, copeaux de bois) devront probablement ajuster les apports d’azote puisqu’en raison des quantités de carbone contenues dans le paillis, il faudra davantage d’azote libre pour accroître les populations de bactéries. Les paillis gardent évidemment les sols relativement frais comparativement au sol nu. Il est recommandé de placer des pièges à souris si les tas de paille sont épais. La durée de conservation des paillis dépend de leur provenance et de leur épaisseur. Une couche de copeaux de bois peut prendre plusieurs années à se décomposer, alors que la paille peut ne durer que 2 ou 3 ans. Les deux types de paillis peuvent exiger un renouvellement annuel, selon le niveau d’activité biologique des sols.


Auteur : John Gardner - spécialiste de la pomiculture/MAAARO
Date de création : 30 août 2007
Dernière révision : 30 août 2007

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