Les taches amères dans la récolte de pommes de 2005Étant donné les récoltes très abondantes enregistrées par certains producteurs en 2005 et, par ailleurs, celles plutôt modestes obtenues dans certaines régions, il était facile de vérifier que la probabilité d'apparition des taches amères était assez élevée dans le cas des arbres ayant peu produit. Historiquement, l'apparition de ce type de problème était beaucoup plus probable pendant les années plus chaudes que la normale et sur les arbres n'ayant pas produit autant qu'ils auraient dû. Les arbres ayant un rapport feuillage/fruits élevé semblent être les plus touchés. Un feuillage abondant peut facilement accaparer une plus grande partie du calcium disponible si la récolte est plutôt modeste. L'expérience montre que certains cultivars sont naturellement plus sensibles aux taches amères que d'autres, et également qu'on peut s'attendre à voir apparaître ce problème dans certaines situations. C'est évident pour les cultivars comme Honeycrisp dont la plantation vient d'être établie. On sait que la production d'une plantation de Honeycrisp mieux établie a moins de chances d'être touchée par ce phénomène. Cela se comprend facilement dans le cas des jeunes arbres de la variété Honeycrisp, puisque le greffon est encore très faible et que le porte‑greffe peut être considéré comme non parvenu à maturité. J'ai entendu parler de combinaisons porte‑greffe‑scion qui produisent des taches amères presque à tout coup quelle que soit la saison de croissance. Par exemple, avec Spy sur M27, le greffon est mal adapté au porte‑greffe et on peut être presque certain d'obtenir un exemple classique d'apparition de taches amères. Il n'est pas rare qu'une première récolte de Honeycrisp produite en Ontario sur de jeunes arbres non parvenus à maturité ait une très belle apparence et soit relativement exempte de taches amères au moment de la cueillette, mais que le phénomène n'apparaisse que deux ou trois semaines plus tard, à l'entrepôt. Il a été démontré que les épandages de calcium avaient pour effet de réduire la gravité du problème. Cependant, à eux seuls, les épandages de calcium pourraient ne pas vraiment représenter la solution à long terme pour la lutte contre les taches amères. Randy Beaudry, PhD, de la Michigan State University, a démontré que les tissus touchés par les taches amères avaient souvent une teneur en calcium plus élevée que les tissus environnants. Le calcium joue donc un certain rôle, mais la problématique pourrait être plus complexe. On considère généralement que dans les sols des vergers ontariens, la teneur en calcium disponible est de loin supérieure à ce dont un producteur pourrait avoir besoin pendant toute sa vie. Le problème se situe cependant au niveau de l'absorption du calcium du sol et de son acheminement vers les fruits. Selon moi, un même ion de calcium qui vient d'être prélevé dans le sol peut n'atteindre le fruit que deux ans plus tard. La capacité du système racinaire d'un arbre à absorber le calcium dépend directement du degré de prolifération des nouvelles amorces de racines, qui est à son tour étroitement lié au taux d'humidité disponible dans le sol. Cela dépend donc également des cycles de croissance racinaire du printemps et de l'automne, lorsque les arbres forment de nouvelles racines nourricières. Ces racines n'explorent que le sol qui est suffisamment humide. Contrairement à ce que l'on croit parfois, les racines de pommier ne recherchent pas activement l'humidité; elles ne croissent que dans les sols assez humides, ce qui constitue d'ailleurs l'une des clés du succès à long terme pour ce qui est de l'absorption du calcium du sol. Dans un verger, les fluctuations importantes de l'humidité disponible du sol peuvent inhiber la capacité des racines à remplir leur fonction, qui est d'absorber et de transporter le calcium disponible. Le problème peut même empirer en cas d'excès de magnésium et de potassium ou si le sol est trop acide. Dans un sol minéral ayant un pH de 7,5, la teneur en calcium disponible peut facilement être plusieurs fois supérieure à celle d'un sol acide. Dans les sols trop acides, l'ajout de chaux peut être utile; la chaux est probablement la source de calcium ajouté la plus économique pour le verger. L'ajout au sol de substances contenant du calcium, y compris le gypse, ne se solde pas nécessairement par un accroissement de la teneur de cet élément dans les fruits. Dans certains cas, ce type de traitement du sol crée uniquement un apport de calcium dans les feuilles et le bois de l'arbre. Même si le calcium parvient jusqu'au fruit, il peut s'accumuler à l'extrémité pédonculaire et présenter une carence à l'extrémité oculaire, là où les taches amères apparaissent habituellement. Avec la demande de pommes de plus grande taille sur le marché, le problème est encore plus complexe. Un éclaircissage excessif et un apport de trop grandes quantités d'azote au mauvais moment peuvent avoir pour conséquence d'accentuer ce phénomène. Soulignons que le bore (B) est un microélément que les arbres absorbent parfois difficilement, surtout dans les sols secs. Dans un verger, une faible teneur en bore peut avoir pour effet d'empirer les problèmes liés au calcium. Pour en savoir plus, veuillez consulter la feuille d'information du MAAARO intitulé La lutte contre la tache amère des pommes.
Figure 1 - Symptômes de taches amères à la récolte
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