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Les maladies pomicoles de l’été: traiter ou ne pas traiter

Auteur : Michael Celetti - Phytopathologiste – Chef du programme des cultures horticoles/MAAARO
Date de création : 15 août 2005
Dernière révision : 15 août 2005

Traiter ou ne pas traiter, voilà la question que l’on se pose concernant la lutte contre les maladies d’été de la pomme et de la poire, particulièrement au cours d’une année sèche comme celle que nous connaissons. Les maladies d’été des fruits à pépins peuvent réduire de façon importante la qualité et le potentiel commercial des fruits. Les maladies graves sont favorisées par un printemps frais et humide accompagné de périodes humides prolongées en raison des précipitations estivales, ainsi que le temps frais avant la récolte. Mais, ces maladies risquent-elles de causer des dégâts importants en cette saison sèche ?

En Ontario, les deux maladies de la pomme et de la poire les plus importantes au cours de l’été sont les suivantes :

  • La tache de suie causée par le champignon Gloeodes pomigena, Peltaster fructicola, Geastrumia polystigmatis, Leptodontium elatius
  • La moucheture de la pomme causée par le champignon Schizothyrium pomi (Zygophiala jamaicensis).

La tache de suie se manifeste sur l’épiderme du fruit par des tachetures de couleur brune ou verte. En réalité, ces taches sont les petits organes de fructification du champignon. Ils sont foncés et reliés entre eux par une croissance fongique filamenteuse. D’autre part, la moucheture de la pomme est d’aspect noir brillant et est constituée de petits points rassemblés en petits groupes de quelques-uns à une centaine environ (figure 1). Ces points sont les organes sexuels de fructification du champignon et sont également reliés entre eux par des croissances fongiques peu perceptibles. Aucun de ces champignons ne traverse l’épiderme. Ils se développent à la surface. L’inconvénient qui en résulte est l’apparence d’un fruit sale et peu appétissant pour le consommateur. Les deux maladies ont un cycle biologique similaire, se manifestent à peu près à la même époque et peuvent être traitées de la même façon.

En plus d’hiverner sur les pommiers et les poiriers, les deux maladies peuvent également passer l’hiver sur les branches de plantes ligneuses sauvages. L’infection et le développement de la maladie sont favorisés par les périodes prolongées de temps humides à la fin de l’été. Même si les conditions d’humidité n’ont été que sporadiques jusqu’à présent, ces maladies seraient encore capables de se développer rapidement advenant des conditions favorables.

La moucheture de la pomme produit des ascospores (il s’agit du premier inoculum qui sera dispersé le printemps prochain à partir du stade avant la floraison jusqu’à 10 jours après la floraison). Ce moment coïncide avec la libération des spores de la tavelure du pommier. Le traitement de la tavelure du pommier avec des fongicides comme le Flint ou le Sovran peut également combattre les infections primaires de la moucheture de la pomme au printemps. Contrairement à la tavelure, très peu d’acospores de la moucheture de la pomme vont réussir à atteindre les jeunes fruits en formation au printemps. Néanmoins, les spores vont quand même se disperser sur les hôtes intermédiaires à proximité des vergers et être la source d’infections qui vont produire l’inoculum secondaire. La dispersion de l’inoculum secondaire de l’hôte intermédiaire au verger va se faire tout au long de l’été. Pour détecter la présence de ces maladies, inspectez les fruits en périphérie du verger à proximité des aires boisées.

Les petits points d’aspect noir brillant rassemblés en groupes sont le symptôme principal de la moucheture de la pomme
Figure 1 – Les petits points d’aspect noir brillant rassemblés en groupes sont le symptôme principal de la moucheture de la pomme.

Les champignons ne se développent pas bien, et possiblement pas du tout, à des températures supérieures à 29° C. Des chercheurs de la Caroline du nord ont démontré qu’il faut une accumulation de 270 heures de périodes humides, attribuables à la pluie ou à la rosée, pour que les symptômes de la moucheture de la pomme se manifestent. Cette étude a été vérifiée dans des essais menés par les chercheurs de l’Université Cornell en 2003. En raison des températures chaudes qui ont prévalu ce printemps et au début de l’été, aucune infection ne devrait se manifester jusqu’à ce que le temps devienne frais et humide, soit vers la fin de l’été.

Le Dr. Dave Rosenberger, phytopathologiste à l’Université Cornell, a calculé que l’infection initiale sur l’hôte spontané requiert 270 heures d’humidité foliaire au printemps et un autre 270 heures d’humidité sur les fruits au milieu de l’été pour qu’une infection des fruits survienne. Il faudra donc un total de 540 heures d’humidité après la floraison avant de voir apparaître les symptômes de ces maladies dans le verger. Au cours d’une année sèche, les traitements fongicides ne sont pas nécessaires pour les maladies d’été jusqu’à la fin juillet.

Traiter ou ne pas traiter les maladies d’été cette année demeure toujours une question pertinente. Les conditions estivales de l’année dernière, chaudes et humides, ont été idéales pour l’accumulation d’inoculum sur les hôtes intermédiaires. La quantité d’inoculum qui a hiverné sur les hôtes intermédiaires a été quelque peu supérieure aux années antérieures. Les conditions jusqu’à présent n’ont pas été propices pour les maladies d’été et les symptômes peuvent ne pas se manifester avant la mi-août. Malgré cela, il existe un fongicide homologué qu’on peut appliquer à la fin de juillet pour assurer la protection des fruits. Un traitement d’été peu réussi est souvent attribuable à une couverture de pulvérisation inadéquate. La couverture de pulvérisation des traitements fongicides d’été est meilleure quand les fruits sont plus petits et que les limbes ne sont pas recourbés par la charge des fruits. De plus, un traitement fongicide à la fin de juillet aide à prévenir l’oïdium, la nervation noire et la pourriture blanche.

Au cours d’une année sèche, une application unique à la fin de juillet peut donner un contrôle des maladies d’été pour la saison entière. Une application à la fin de juillet suivie d’une autre application 3 semaines plus tard représente une stratégie de lutte plus sûre. Si une pluie de plus de 5 mm (2 pouces) survient après le second traitement, alors une autre application pourrait s’avérer nécessaire au début de septembre, surtout dans les variétés qui ne seront pas récoltées avant la fin septembre. Alors, gardez l’œil ouvert sur le ciel pour savoir si un troisième traitement est nécessaire.

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