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Sentez-vous la brûlure bactérienne

Auteur : Kathryn Carter, Spécialiste de la lutte intégrée en pomiculture; Neil Carter, Spécialiste de la lutte intégrée des fruits tendres et de la vigne; Michael Celetti, Phytopathologiste, Cultures horticoles/MAAARO
Date de création : 15 août 2005
Dernière révision : 15 août 2005

La semaine dernière, les symptômes de la brûlure bactérienne ont commencé à se manifester dans les vergers de l’Ontario et même dans ceux du Québec. La bactérie responsable de cette maladie est Erwinia amylovora. Elle attaque les pommiers et les poiriers en infectant les fleurs, les fruits, les feuilles, les pousses, les limbes, le tronc et les porte-greffes.

Pourquoi est-ce seulement maintenant que nous apercevons les symptômes dans les vergers ? Souvent, la brûlure bactérienne s’introduit dans l’arbre par les fleurs durant la floraison. Même si plusieurs producteurs ont appliqué de la streptomycine à la floraison selon les modèles de prédiction (Cougar Blight et MaryBlyt), le prolongement de la période de floraison et la floraison secondaire que nous avons observée dans certaines régions ont laissé des fleurs sans défense face aux attaques de la bactérie. Il est possible que les symptômes de ces infections précoces ne se manifestent que maintenant dans les vergers. La brûlure bactérienne s’introduit également dans l’arbre par les blessures des insectes et les dommages causés par la grêle, la taille d’été, l’alimentation des chevreuils et les vents forts. Par conséquent, il se peut que les symptômes qui se manifestent dans certaines régions résultent d’infections post-floraison. Il est également important de se rappeler que les arbres (particulièrement les jeunes arbres) peuvent être infectés l’année précédente sans manifester de symptômes de la maladie avant l’année suivante (communication personnelle, Dr. Antonet Svircev, AAAC). Une fois que l’arbre est infecté par la bactérie, celle-ci se propage rapidement des pousses de la saison courante aux pousses plus âgées. Les conditions chaudes et humides comme celles que nous connaissons depuis quelques semaines sont favorables au développement de la bactérie responsable de la brûlure bactérienne, et augmente ainsi la prolifération rapide de la maladie. Cette maladie peut être mortelle pour les jeunes arbres (avec ou sans fruits). Quant aux arbres plus matures, ils peuvent survivre, mais avec des dégâts considérables.

Maintenant que la brûlure bactérienne est présente dans nos vergers, quelles options le producteur a‑t-il pour gérer cette grave maladie ? Tailler ou ne pas tailler – voilà la question que tous les producteurs se posent. Malheureusement, il n’y a pas de réponse facile à cette question, puisque la décision repose à la fois sur la gravité de l’infection et sur les conditions météorologiques qui pourraient favoriser l’infection.

La taille des arbres à cette époque de l’année peut entraîner plusieurs effets:

  • Réduire l’inoculum et prévenir la propagation de la maladie.
  • Accroître la croissance des nouvelles branches, mettant l’arbre encore plus vulnérable à la brûlure bactérienne.
  • Accroître les coûts de main d’œuvre.

Alors comment savoir s’il faut tailler ou ne pas tailler ? Si on a affaire à des arbres âgés et vigoureux (>10 ans) présentant plusieurs lésions de brûlure bactérienne, on conseille d’éviter de tailler les branches et les fleurs infectées au début de la saison de croissance. Une taille extensive hâtive stimule la production de pousses succulentes, augmentant la vulnérabilité de l’arbre aux infections. En ce qui concerne les arbres très vigoureux avec seulement quelques infections de brûlure bactérienne, la taille des parties infectées peut contribuer à éradiquer complètement la maladie. Chez les arbres à croissance lente et peu vigoureux, la bactérie ne se propage pas, en général, dans les limbes d’importance ou dans le tronc durant la saison de croissance; les lésions peuvent alors être coupées quand l’arbre est dans sa période de dormance. On peut ainsi économiser temps et argent. D’un autre côté, les jeunes arbres vigoureux sont très sensibles à la brûlure bactérienne et la bactérie est capable de se propager rapidement dans le tronc jusqu’au porte-greffe et tuer l’arbre. Par conséquent, la taille des jeunes arbres est recommandée.

Dans les vergers où la brûlure bactérienne n’est pas importante cette année, les producteurs devraient quand même songer à tailler les infections. Tailler les chancres de la brûlure bactérienne dans des conditions sèches et sans pression de la maladie peut réduire l’incidence de la bactérie dans le verger pour les années à venir.

Si vous songez à tailler les parties infectées dans un jeune verger, vous devriez le faire dès l’apparition de la maladie, afin de prévenir qu’elle ne se propage aux arbres adjacents. Dans le cas d’arbres matures, il peut être conseillé de tailler ou de ne pas tailler les infections, dépendant de la variété. Gardez à l’esprit qu’à partir du moment où les bourgeons terminaux sont formés sur les pommiers, la brûlure bactérienne cesse de se propager dans l’arbre infecté et d’un arbre à l’autre. Cependant, si on laisse la maladie dans le verger, elle devient une source d’inoculum qui risque d’augmenter le niveau d’infection en cas de grêle, d’orages violents ou de vents forts, lesquels peuvent blesser les arbres et fournir une porte d’entrée à la bactérie.

Si vous décidez de tailler les infections de brûlure bactérienne, la taille ne devrait pas être initiée avant l’apparition des bourgeons terminaux (du début à la mi-août). Ne pas oublier de couper le bois jusqu’à la partie âgée d’au moins deux ans, car la bactérie ne s’y développe quasiment plus. Supprimer le bois malade environ 30 cm (12 pouces ou plus) sous les symptômes visibles. La taille doit toujours se faire par temps sec, afin de réduire le potentiel de propagation de la maladie. L’efficacité de désinfecter la plaie pour prévenir la propagation de la maladie est un sujet discutable, et la désinfection n’est pas toujours pratique. Il faut toutefois désinfecter les outils dans une solution contenant I partie d’eau de javel pour 5 parties d’eau. Cette solution aura une durée d’efficacité d’environ 1 minute à partir de son application. Il est à noter qu’il n’y a pas d’avantages à pulvériser les plaies de l’arbre avec des produits chlorés parce que le chlore se lie au bois et devient immédiatement inactif. See info sheet from the Washington State University on Cutting Fire Blight from Infected Apple and Pear.

Dans les zones où les arbres sont gravement infectés, il serait peut-être plus économique de supprimer l’arbre en entier que de le tailler. On étend le bois supprimé au milieu des rangées et on le laisse sécher avant de le tondre. Évitez d’éclaircir avec les mains ou de pincer les pousses ou de faire d’autres manœuvres jusqu’à ce que les pousses terminales soient formées, puisque ces opérations contribuent à propager la maladie. La surveillance et la gestion des insectes (pucerons, sauterelles) qui risquent de propager la maladie ou de causer des blessures par lesquelles la bactérie pourrait s’introduire dans les tissus constituent une composante importante de la lutte contre la brûlure bactérienne. Les vergers dont le niveau d’infection est élevé cette année vont se retrouver avec de forte quantité d’inoculum l’année prochaine. Par conséquent, les producteurs devront consulter les modèles de prévision (Cougar Blight et MaryBlyt) pour déterminer s’il y a lieu d’appliquer de la streptomycine et à quelle époque le faire.

Pour de plus amples renseignements sur cette maladie, consultez la fiche technique du MAAARO intitulée Brûlure bactérienne de la pomme et de la poire, N° de commande 90-076.

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