L’azote emmagasiné, la clé pour une croissance hâtive des pommiers

La question à quel moment apporter l'engrais azoté aux pommiers semple à première vue très simple à répondre. En tant que pomiculteur, vous allez dans le verger au moment où les bourgeons débourrent, quand les branchailles de la taille d'hiver se décomposent, et à ce moment, vous apportez une certaine quantité d'engrais granulaire par hectare. Cette quantité est basée d'après la variété, la performance de l'arbre, son âge et les rendements anticipés, ainsi qu'en fonction de votre connaissance du verger (par l'analyse des tissus) et du sol. Cette approche n'est pas la seule manière d'apporter l'azote dans un verger mature.

Inutile de dire que nous en savons beaucoup plus sur l'utilisation de l'azote de nos jours qu'au temps des premières plantations à haute densité en Ontario, qui remontent à 2 ou 3 décennies. Nous savons maintenant que pendant les trois premières semaines suivant le débourrement des bourgeons ou à peu près, l'arbre dépend davantage de ses réserves d'azote de l'année précédente et en quantité moins importante de ses réserves d'hydrates de carbone. La grande partie de l'azote emmagasiné se trouve dans les coursonnes (spur) de l'arbre.

L'azote est l'une des principales composantes qui assure une bonne croissance et un bon développement de la frondaison et des fruits. Un apport excessif d'azote peut entraîner des conséquences aussi néfastes pour les pommes qu'une carence en azote.

La demande en azote est plus grande au début de la saison végétative. Une trop grande quantité d'azote peut nuire à la qualité de la récolte. La croissance de l'arbre peut dépasser l'espace qui lui est désigné, les coûts d'élagage peuvent devenir hors de portée et les problèmes d'insectes et de maladies peuvent s'aggraver.

L'azote assimilable est aussi une composante très importante pour la pollinisation - période de mise à fruit pour le développement de la récolte. Le pollen en soi est considéré comme un puits d'azote. Bien que cela semble étrange, le pollen est composé à 40 % de protéine et l'azote est le principal constituant de la molécule de protéine. Une grande plantation de pommiers à haute densité peut facilement produire quelques tonnes de pollen dans une seule année. Les abeilles amènent une grande partie de ce pollen riche en protéine pour nourrir le couvain de leurs colonies.

La question de savoir d'où provient tout cet azote au cours des 3 à 4 semaines après le débourrement des bourgeons a été un sujet longuement débattu. Si on parle du matériel de pépinière planté au printemps, la croissance adéquate sera en partie attribuable à la réserve que le jeune arbre aura prélevée et emmagasinée à la pépinière avant sa transplantation.

Les arbres de pépinière devraient avoir une réserve d'azote plus élevée que les arbres en production dans le verger. C'est ici où les compétences du pépiniériste entrent en ligne de compte. Les arbres avec une bonne réserve d'azote performent mieux que les arbres avec des réserves réduites. Le Dr Lailiang Cheng de l'université de Cornell dans l'état de New York a été parmi les premiers à avoir réalisé des travaux de recherche sur les réserves d'azote dans le pommier.

Quand la nutrition des pommiers est adéquate jusqu'au moment où les feuilles s'effritent à l'automne, une grande partie de l'azote contenu dans les feuilles va revenir dans l'arbre avant que les feuilles ne tombent. C'est la raison qui explique pourquoi il est important de garder le feuillage dans un bon état tout au long de la saison de végétation. L'effritement prématuré des feuilles ou une frondaison en mauvais état enlève à l'arbre la chance de retenir ou d'emmagasiner de l'azote pour la croissance de la saison prochaine. La croissance hâtive au printemps dépend principalement des réserves d'azote de l'arbre. L'azote épandu au printemps n'a pas d'influence sur le développement des nouvelles pousses et des feuilles avant environ 20 jours après le débourrement des bourgeons.

Plusieurs pomiculteurs situés dans la partie nord-est de l'Amérique du Nord ont adopté un programme de fertilisation qui inclut des apports foliaires supplémentaires et qui semble bien fonctionner. Ces pulvérisations foliaires peuvent contenir diverses sources d'azote en combinaison avec d'autres macro-éléments comme le potassium et des oligo-éléments.

La nutrition foliaire des arbres matures peut s'avérer adéquate à toutes les années pour la production fruitière de la saison courante et pour constituer une partie des réserves d'azote quand il est apporté plus tard dans la saison végétative. C'est particulièrement le cas dans les endroits où les arbres ne soufrent pas d'un manque d'eau, ont un état nutritionnel relativement bon et où la frondaison et la structure de l'arbre sont bien gérées. Toutefois, les pomiculteurs qui se fient beaucoup à leurs programmes de nutrition foliaire doivent surveiller les signes de carence en éléments nutritifs et procéder à des analyses de sol et des tissus sur une base assez régulière.


Auteur : John Gardner - Spécialiste en pomiculture/MAAARO
Date de création : 01 mai 2003
Dernière révision : 01 mai 2003

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