Loïdium : que sest-il passé ? Que va-t-il se produire ?Les pomiculteurs de lOntario ont probablement remarqué une incidence accrue doïdium (blanc) dans leurs vergers lautomne dernier comparativement aux années précédentes. Le champignon responsable de loïdium du pommier (Podosphaera leucotricha) infecte les feuilles, les tiges, les fleurs et les fruits des pommiers, poiriers et cognassiers. Les feuilles infectées sont dapparence étroite et ont tendance à senrouler vers le haut, exposant une coloration dun rouge rosâtre le long de la marge inférieure (figure 1). Souvent, on peut observer des colonies ou des zones doïdium en développement qui ont laspect dune poudre blanche sur la face inférieure des feuilles infectées et, à loccasion, sur la face supérieure. Éventuellement, les feuilles gravement atteintes se dessèchent, brunissent et tombent prématurément (figure 2). Loïdium cause des tachetures en forme de filet sur le fruit quon pourrait confondre à des dégâts causés par les gelures printanières. Que sest-il passé en 2002 ?En pomiculture, loïdium est présent à toutes les années. Toutefois, lincidence accrue observée lautomne dernier pourrait être attribuable, du moins en partie, aux conditions climatiques qui ont prévalu en 2002. En raison de lhiver particulièrement clément de 2002, des populations doïdium plus importantes quà laccoutumé auraient survécu dans les bourgeons terminaux infectés. À larrivée du printemps et malgré les problèmes de forte gelure dans certaines régions, le froid na pas été suffisant pour détruire le champignon qui a survécu dans les bourgeons. De plus, les bourgeons floraux et les bourgeons des pousses infectés sont plus sensibles au froid et aux gelées, et ces derniers ont pu contribuer à aggraver les dommages observés le printemps dernier. Les conditions fraîches et humides qui ont prévalu au printemps 2002 ont probablement ralenti temporairement la maladie. Quand lété 2002 est finalement arrivé, le temps sest rapidement transformé et est devenu chaud et sec. Contrairement aux autres maladies pathologiques, le champignon de loïdium préfère un temps chaud et sec, mais également humide. En fait, la pluie peut lessiver les conidies des feuilles et la germination des conidies est impossible en eau stagnante. Lannée dernière, les applications de fongicide pour traiter la tavelure, et du même coup loïdium, ont été réduites à cause du temps sec. De plus, les taux élevés dhumidité de lété dernier ont permis au champignon de loïdium de produire des chaînes de conidies, lesquelles ont causé des cycles dinfections multiples. Par conséquent, loïdium a démarré dans les vergers de pommiers lannée dernière. À quoi sattendre en 2003 ?Avec tout loïdium de lannée dernière, plusieurs bourgeons sont probablement infectés et pourraient entraîner de graves problèmes doïdium en 2003. Toutefois, la vague de froid survenue durant deux semaines au milieu de janvier 2003 pourrait bien être une bénédiction déguisée. Étant donné que les bourgeons infectés sont plus sensibles au froid, le champignon est souvent détruit à des températures inférieures à 12 °C, mais pas le bourgeon. Toutefois, quand les températures descendent sous les 24 °C, le champignon et le bourgeon deviennent très vulnérables à la destruction par le froid. Ce point est environ 2 à 10 °C plus élevé que la température létale requise pour tuer les bourgeons non infectés. Stratégie de gestionLes producteurs qui ont observé une quantité importante doïdium dans leurs vergers lautomne dernier devraient scruter leurs arbres durant la saison de dormance pour trouver les bourgeons infectés. Les bourgeons gravement atteints sont dapparence blanche, aplatis et pointus. La suppression des bourgeons infectés durant lhiver ou au début du printemps va réduire de façon significative le taux dinoculum dans le verger. Comme le champignon ne survit que dans les tissus vivants, il nest pas nécessaire denlever les bourgeons supprimés du verger, à moins que dautres maladies soient également présentes. Au printemps, les bourgeons infectés doïdium débourrent 5 à 8 jours plus tard que les bourgeons non infectés. Les bourgeons floraux et les bouquets de feuilles infectés qui ont survécu à lhiver se couvrent souvent de spores et dune excroissance fongique blanche qui constitue la source dinoculum primaire. Il faut supprimer ces tissus, si possible. Les feuilles ne semblent être sensibles à linfection que pendant quelques jours après avoir émergé, mais une fois infectées, elles deviennent une source dinoculum pour les autres tissus sensibles. Bien que les fruits ne semblent pas afficher de symptômes apparents jusquau moment de la récolte, linfection les atteint durant la période comprise 3 semaines avant et 3 semaines après la floraison. Les bourgeons floraux et latéraux sont sensibles à linfection pendant environ un mois suivant leur formation. Si loïdium a été présent en 2003, appliquez un fongicide comme Nova 40 W ou Nustar de nouveau à partir du stade bouton vert à bouton rose. Pour prévenir le développement de populations doïdium résistantes dans le verger, limitez les traitements de Nova 40 W ou Nustar à un maximum de 4 applications durant une même saison de croissance. Pratiquez la rotation des fongicides en alternant avec des fongicides qui ont un autre mode daction (voir la publication 360F du MAAARO). Lors des pulvérisations contre la tavelure au stade de la pointe verte au stade demi-pouce de vert, les producteurs devraient songer à utiliser un fongicide comme le Dikar qui peut protéger à la fois les feuilles et les bourgeons de la tavelure et de loïdium. Continuez le dépistage de loïdium et autres maladies à chaque semaine. Si le temps chaud, humide et sec persiste durant la saison de croissance 2003 et que lincidence de la maladie demeure élevée, des applications additionnelles de fongicides pourraient être nécessaires suite aux premières pulvérisations de lété, tout particulièrement sur les variétés très susceptibles comme la Jonagold, Cortland, Idared, Crispin et Paulared.
Figure 1. Les feuilles infectées napparaissent pas toujours « blanchâtres ». Les ponctuations rouges sur le pourtour des feuilles est un signe évident doïdium sur les cultivars moins susceptibles. Figure 2. La défoliation des ramilles peut survenir au début de septembre suite à une infection à loïdium. Noter aussi les ponctuations sur le pourtour des feuilles et leur gondolement.
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