Les scolytes : un nouveau « vieux » problème dans les pêchers de l'Ontario?

Au cours des dernières années, les producteurs de pêches de la région de Niagara ont signalé un certain dépérissement des arbres ainsi que des pertes en raison d'infestation par de petits coléoptères rongeurs de bois, appelés scolytes. Le genre de dommages infligés par ces insectes est très différent de ceux qui sont causés par les plus petits et plus gros perceurs du pêcher, qui sont des larves d'un papillon diurne, la sésie; de même, les stratégies utilisées pour leur dépistage et leur lutte sont aussi très différentes.

Pour remédier au problème, il est d'abord nécessaire de connaître l'espèce de coléoptère en cause, et il peut y en avoir plusieurs, ce qui complique la situation.

Le scolyte du pêcher (Phloeotribus liminaris), un scolyte qui perce de petits trous dans l'écorce d'arbres fruitiers et qui s'attaque aux arbres du genre Prunus (pêcher, cerisier et prunier), est présent dans la plupart des États et des provinces productrices de fruits de l'est de l'Amérique du Nord. Ce ravageur n'est pas nouveau. Les premiers signalements du scolyte du pêcher en Ontario remontent aussi loin que le début du siècle dernier, alors que l'insecte est apparu comme un insecte nuisible des arbres fruitiers à noyaux dans la région de Niagara (25e rapport annuel de l'Entomological Society of Ontario, ministère de l'Agriculture de l'Ontario, 1894, p.80) :

Les vergers de pêchers dans le district de Niagara ont gravement souffert, au cours des deux dernières années, de dommages infligés par le scolyte du pêcher … il est à espérer qu'avant longtemps une méthode pratique sera découverte pour lutter contre cet insecte. On croit généralement que ce scolyte ne s'attaque qu'aux arbres blessés ou affaiblis. Cela n'est toutefois pas le cas, car il a été observé sur des pêchers tout à fait sains et vigoureux de deux ans, bien que ce soit les arbres plus vieux à l'écorce rugueuse qui sont le plus atteints … Les solutions (lavage des troncs avec une émulsion de kérosène, d'huile de lin, de badigeon contenant du vert de Paris) … ont donné des résultats contradictoires, mais tout porte à croire qu'avant longtemps on trouvera des moyens efficaces de prévention. (traduction libre)

On croit que le problème a été résolu de lui-même, probablement en raison de l'utilisation d'insecticides à large spectre et de méthodes de pulvérisation sur les troncs. Il semble cependant que les scolytes réapparaissent et représentent une menace pour la production de fruits à noyau dans la région de Niagara.

Comme le suggère la citation mentionnée plus haut, les scolytes des arbres fruitiers (plusieurs espèces et non seulement le scolyte du pêcher) s'attaquent habituellement aux arbres fruitiers affaiblis par un stress. Le scolyte du pêcher est un petit coléoptère brun (1,5 à 2 mm de longueur) aux fins poils jaunâtres se dressant à partir de perforations visibles à la loupe (Figure 1). L'insecte adulte perce des trous dans l'écorce et les rameaux, les branches et les troncs des arbres. Les femelles creusent de petites galeries sous l'écorce, qui traversent habituellement le grain du bois (plutôt que de lui être parallèles). La larve en développement délaisse la galerie principale et en forme d'autres qui rayonnent de celle-ci. On peut apercevoir ces galeries lorsqu'on décolle l'écorce des arbres infestés par les scolytes. Certains trouvent que ces galeries ressemblent à des « mille-pattes ». Les larves se nourrissent d'aubier, remplissant les galeries de sciure et si les populations sont élevées, elles peuvent finir par étrangler l'arbre. Les manifestations les plus visibles de la présence de scolytes sont les petits trous et la gomme suintant des blessures d'entrée (figure 2). Ce ne sont pas toutes les blessures d'entrées cependant qui provoquent la formation de galeries! En effet, les arbres sains sécrètent une gomme résineuse qui tuera l'insecte ou freinera ses attaques.

Figure 1. Scolyte du pêcher

Figure 1. Scolyte du pêcher, Phloetribus liminaris. Photo : James D. Young, USDA APHIS PPQ, Bugwood.org
Figure 2. Dommages causés par des scolytes des arbres fruitiers dans un pêcher.

Figure 2. Dommages causés par des scolytes des arbres fruitiers dans un pêcher. Photo : Hannah Fraser, MAAARO

Ces dommages sont différents de ceux qui sont attribuables aux scolytes du bois, un groupe de scolytes apparentés qui ressemblent aux précédents et qui ont fait l'objet de suivis dans des vergers de pommiers ontariens en 2016 dans le cadre d'une étude préliminaire. Pour l'œil peu expérimenté, les scolytes du pêcher et les scolytes du bois se ressemblent beaucoup. Les deux sont de petits coléoptères, bruns à noirs et mesurant de 2 à 4 mm de longueur. Les scolytes du bois percent des trous directement à travers l'écorce et dans le bois, habituellement où se trouvent des lenticelles (Figure 3). Les femelles forent d'assez vastes galeries tridimensionnelles dans le bois, et repoussent ainsi les sciures de la taille d'un cure-dent sortant des orifices d'entrée. Les scolytes du bois femelles transportent un champignon qui se répand dans la galerie et qui sert de nourriture (et non le bois) aux larves en développement. Le champignon peut causer une certaine décoloration du bois. Si l'arbre est sain, il y a de bonnes chances qu'il se remette de faibles infestations. Les arbres atteints par les scolytes du bois peuvent flétrir ou mourir subitement, ou l'apparition des feuilles peut être retardée au printemps. Les branches maîtresses infestées peuvent se rompre facilement.

Figure 3. Signes de la présence du scolyte du bois granuleux.

Figure 3. Signes de la présence du scolyte du bois granuleux. Photo : Laura Lazarus, North Carolina Division of Forest Resources, Bugwood.org

Les scolytes du bois s'attaquent aussi à d'autres arbres à fruits à noyau et à des arbres ornementaux. Il existe également plusieurs espèces de scolytes du bois (comme de scolytes du pêcher), dont une espèce récemment identifiée appelée scolyte du bois granuleux (Xylosandrus crassiusculus), un nouveau venu en Ontario, d'origine asiatique. L'une des espèces les plus courantes capturées au cours de notre suivi dans des vergers de pommiers est le perce-tige noir (X. germanus), une autre espèce introduite, mais qui est présente en Ontario depuis plus de 20 ans.

Nous ne possédons pas encore assez d'information sur les modèles de vol locaux pour tous ces insectes. Il se peut qu'ils soient actifs à la fin de l'hiver ou assez tôt au printemps, lorsqu'ils migrent vers les nouveaux arbres-hôtes, et on observe souvent deux couvains (générations) par année. On peut les dépister à l'aide de simples pièges dotés d'appâts à l'éthanol (Figure 4) qui imitent les gaz volatils (odeurs) qui se dégagent des arbres en état de stress. Mais il faut aussi se rappeler que ces pièges sont génériques et qu'ils attirent des scolytes du bois et des scolytes du pêcher de lieux voisins infestés, et que ces derniers sont difficiles à différencier. Le dépistage est important pour que l'on sache à quel moment les coléoptères migrent vers les nouveaux hôtes, et potentiellement pour savoir quand protéger ces arbres des infestations (sauf qu'il n'y a pas de produits de lutte homologués ciblant les femelles qui arrivent).

Figure 4. Piège maison à base d'éthanol fabriqué avec un contenant à jus.

Figure 4. Piège maison à base d'éthanol fabriqué avec un contenant à jus. Le liquide rouge dans le fond du contenant est un produit permettent de prévenir la décomposition des coléoptères piégés. On peut le remplacer par de l'eau et une goutte de savon à vaisselle non parfumé. Photo : Hannah Fraser, MAAARO.

Dans d'autres lieux géographiques, les pulvérisations sur les troncs coïncident avec les périodes de vol des « nouveaux scolytes colonisateurs » qui ont hiverné et sont utilisées pour réduire les infestations. Il n'y a cependant pas d'insecticides homologués contre ces insectes dans les vergers d'arbres fruitiers au Canada. La clé pour prévenir ou réduire au minimum les conséquences d'une infestation est de prendre les mesures nécessaires afin de garder les arbres en santé. Il est important par ailleurs pour réduire l'ampleur du problème d'élaguer les branches infestées et d'abattre les arbres mourants ou morts, puis de brûler ou de déchiqueter les résidus en vue d'éliminer les sites de reproduction. Le piégeage de masse ou en périphérie de scolytes du bois (appâts à l'éthanol, billots de bois franc fraîchement coupés en bordure du verger) utilisé dans le cadre d'essais récents s'est révélé prometteur pour réduire les dommages aux arbres de pépinière. Les recherches devront se poursuivre toutefois afin de mettre au point des méthodes de lutte plus efficaces contre ces scolytes dans les vergers.

Avez-vous constaté des dommages dans un arbre fruitier? Nous aimerions prélever des échantillons. Veuillez communiquer avec Hannah Fraser hannah.fraser@ontario.ca.


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