Chancres dans les pommeraies : Contrecoup de l'hiver froid de 2015

Les pomiculteurs ont sans doute remarqué qu'il y avait davantage de chancres sur les branches maîtresses et les troncs de leurs vergers l'an dernier et encore ce printemps. Souvent, les chancres apparaissent dans les vergers un ou deux ans après un hiver particulièrement froid. L'hiver 2017 n'a pas été particulièrement rigoureux, mais certaines régions pomicultrices de l'Ontario ont subi des hivers particulièrement froids en 2014 et 2015. Nombre d'organismes qui génèrent des chancres sont opportunistes et provoquent l'infection dans des blessures causées par la machinerie, les insectes, la grêle ou le froid. Certains pathogènes à l'origine des chancres s'infiltrent dans les blessures et s'y établissent sans générer de symptômes notables jusqu'à la saison suivante, ou même la deuxième saison après la blessure et l'infection. Compte tenu des hivers froids qu'a connus l'Ontario en 2014 et à nouveau en 2015, il est à prévoir que les organismes à l'origine des chancres qui ont provoqué l'infection par des blessures causées par le froid se sont manifestés ou se manifesteront dans la saison qui vient.

Le chancre de la pourriture noire (Botryosphaeria obtusa) est probablement le chancre le plus souvent observé sur les pommiers en Ontario (figure 1). Les lésions causées par l'hiver sur les branches maîtresses et les troncs offrent une voie de pénétration au champignon de la pourriture noire, qui infecte ensuite l'arbre et le colonise. Le pathogène n'infecte pas directement le bois sain. Au départ, le champignon se manifeste sous l'écorce par une décoloration rougeâtre discrète, parfois légèrement affaissée. Cette zone peut ne mesurer que quelques centimètres de diamètre ou croître jusqu'à plusieurs mètres sous l'écorce (figure 2). Il est possible que les pomiculteurs ne reconnaissent pas les premiers symptômes discrets du chancre de la pourriture noire qui se développe à partir des lésions sur les branches maîtresses ou les troncs, dans la première saison suivant les blessures causées par l'hiver. À la fin de la saison ou au début de la suivante, l'écorce infectée meurt, se fendille et se décolle de la zone affaissée, exposant un bois malade noirci (figure 1). Dans certains cas, les chancres peuvent rester de petite taille, mais nombre d'entre eux vont continuer à grossir et finir par ceinturer les branches ou le tronc. Souvent, il faut deux ans pour que les symptômes du chancre de la pourriture noire deviennent visibles. Bon nombre des chancres les plus gros observés la saison dernière (2016) provenaient probablement d'une infection associée à des lésions du bois au cours de l'hiver 2014 et il est probable qu'un bon nombre d'autres chancres de la pourriture noire se manifesteront cette année (2017) dans les lésions hivernales colonisées en 2015.

Figure 1. Chancre mûr de la pourriture noire et écorce se soulevant, exposant un bois noir décoloré.

Figure 1. Chancre mûr de la pourriture noire et écorce se soulevant, exposant un bois noir décoloré.

Figure 2. Les chancres de la pourriture noire apparaissent au départ comme des zones rougeâtres discrètes décolorées et légèrement affaissées sous l'écorce.

Figure 2. Les chancres de la pourriture noire apparaissent au départ comme des zones rougeâtres discrètes décolorées et légèrement affaissées sous l'écorce.

Le chancre de l'anthracnose (Neofabraea malicorticis et N. alba) et le chancre pérenne ou faux chancre de l'anthracnose (N. perennans) sont d'apparence très semblable et difficiles à distinguer l'un de l'autre. Le pathogène infecte les lésions quand les conditions sont très humides et, en Ontario, il est sporadiquement observé dans les vergers situés près des lacs. Le champignon à l'origine du chancre pérenne ne peut provoquer d'infection que dans une blessure et est souvent associé à des épisodes infligeant des blessures aux arbres, par exemple lésions causées par le froid de l'hiver. Ces taches grandissent et deviennent finalement des lésions d'un brun orangé formant des zones affaissées. L'écorce commence à rétrécir sous l'effet du chancre qui grossit, les bords du chancre ovale se fendillent et se séparent du bois sain. Finalement, l'écorce tombe, exposant le bois et les fibres éclatées que le champignon ne peut décomposer, donnant au chancre l'apparence d'une corde de violon (figure 3). Même si le champignon peut produire des pores pendant toute la saison, la production tend à être maximale à l'automne. Fort heureusement, les pommiers se défendent rapidement contre ce type de chancre en produisant une excroissance calleuse autour du tissu malade, isolant l'infection et l'empêchant de se répandre ou de grandir pendant la première année de l'infection.

Figure 3. Le chancre de l'anthracnose avec « fibres éclatées » est souvent comparé à des « cordes de violon », d'où le nom anglais de « fiddlestring canker ».

Figure 3. Le chancre de l'anthracnose avec « fibres éclatées » est souvent comparé à des « cordes de violon », d'où le nom anglais de « fiddlestring canker ».

La maladie du corail (Nectria cinnabarina) et le chancre nectrien apparaissent sporadiquement dans les vergers de l'ensemble de l'Ontario et causent rarement des dommages importants (figure 4). L'infection par le pathogène se produit souvent dans des blessures infligées notamment aux petites branches et aux branches maîtresses par le froid hivernal. Le champignon finit par ceinturer le rameau ou la branche, qui dépérit rapidement, ce qui s'apparente aux symptômes de la brûlure bactérienne (figure 5). Des coussinets de spores d'orange à rose brillant se développent dans le chancre à la base des branches maîtresses ou des rameaux flétris. La production de spores intervient à l'automne et au printemps. Le chancre est habituellement confiné à de petites branches et à de petits rameaux affaiblis et est rarement observé sur les plus grosses branches charpentières ou les troncs.

Figure 4. Chancre nectrien et ses coussinets de spores orange sur une branche maîtresse.

Figure 4. Chancre nectrien et ses coussinets de spores orange sur une branche maîtresse.

Figure 5. La brûlure des pousses associée à la maladie du corail peut ressembler à celle causée par le feu bactérien.

Figure 5. La brûlure des pousses associée à la maladie du corail peut ressembler à celle causée par le feu bactérien.

Les pathogènes à l'origine des chancres trouvent de nombreux hôtes, par exemple l'érable, le bouleau, le caryer, le peuplier, le hêtre et l'aubépine. Les vergers situés près des boisés sont peut-être plus vulnérables à ces maladies. Une des mesures importantes pour réduire les sources d'inoculum dans le verger est de procéder à la taille des branches malades et du bois mort. Les chancres peuvent être excisés des arbres si cela est possible et pratique. Il peut aussi être utile d'appliquer de la peinture sur les chicots élagués ou le bois exposé pour aider à prévenir la réinfection dans la blessure. Il est de plus important de retirer du verger les branches ou le bois coupés infectés, car les organismes pathogènes peuvent survivre et produire des spores sur du tissu mort ou vivant. Il sera également avisé de réduire les quantités d'inoculum en brûlant ou en hachant les bouts de branches qui sont sur le sol à l'aide d'une débroussailleuse. Il serait mal avisé d'empiler du bois dans un verger ou à proximité, car le bois risque d'être colonisé par les champignons responsables des chancres et de devenir ainsi une source d'inoculum.


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