Plurimutualisme entre fourmis et pucerons

Il existe une caractéristique qui favorise la survie des pucerons, soit un mutualisme très important avec les colonies de fourmis. Il faut entendre par mutualisme une relation entre individus où les avantages de l'association dépassent les inconvénients pour les deux participants. En l'occurrence, il y a échange de nourriture contre protection. Les fourmis élèvent les pucerons et récoltent leur miellat excrété qui est riche en glucides. Les guêpes parasites et les prédateurs, par exemple les araignées, les coccinelles et crysopes, se tiennent au loin en raison des soins que prodiguent les fourmis.

Il ressort des études que la symbiose avec les fourmis est tout bénéfice pour les pucerons qui y obtiennent un meilleur assainissement des colonies et un accroissement de la longévité, du taux de survie et de reproduction et de la croissance globale de la colonie. Nombre de ces avantages peuvent dépendre de la densité. Cette interaction mutualiste peut être définie par un phénomène appelé le « principe de l'économie idéale » où le niveau de soins est idéal (pas trop, mais pas trop peu). En effet, si les soins sont excessifs ou insuffisants d'intensité, il y aura dans l'un et l'autre cas diminution du rendement de la colonie de pucerons. Tandis que le nombre de fourmis par puceron augmente, s'accroît également le niveau de stress pour la production de miellat, entraînant un effet néfaste sur la longévité. À des niveaux inférieurs de soins, les groupes de pucerons connaissent une baisse de rendement en raison d'un piètre assainissement et d'un manque de protection.

En réponse aux stresseurs, les pucerons peuvent modifier la composition de leur miellat pour influencer la population de fourmis. Cette tactique est également utilisée au départ pour attirer les fourmis vers les agrégations de pucerons. En retour, les fourmis ont la capacité d'influer sur la production et la migration des pucerons ailés de l'été. Lorsque les sources de protéines viennent à manquer, il n'est pas rare que les fourmis dévorent les pucerons.

L'écologie environnante peut également être influencée par les interactions fourmis pucerons et se faire sentir sur d'autres arthropodes du système. Ainsi, la densité de fourmis dans le couvert prenant soin des pucerons peut diminuer ou augmenter la diversité des groupes d'arthropodes sur le plancher forestier. Lorsque des populations plus grandes de fourmis terrestres se déplacent dans le couvert pour prendre soin des pucerons, les populations de coccinelles et d'araignées peuvent augmenter considérablement. Toutefois, s'il y a augmentation des populations de pucerons, davantage de fourmis pourraient être attirées dans le secteur, ce qui diminuera les populations d'arthropodes au sol, imprimant au système une fluctuation constante.

Une inconvénient du mutualisme - du point de vue des pucerons - est qu'il y a certaines guêpes parasites qui préfèrent les pucerons soignés par les fourmis en raison d'une protection accrue contre les hyperparasitoïdes (parasites qui s'attaquent à des organismes déjà parasités) et les prédateurs. Du point de vue de la lutte contre les ravageurs, il existe des seuils de population des pucerons dans les cultures. S'ils sont trop nombreux, cela peut affecter la santé des plantes. Les aphides utilisent leurs pièces buccales pour percer le tissu de la plante et sucer la sève, provoquant une déformation de la croissance. Le miellat peut déclencher une alternariose d'aspect noirâtre. De plus, nombre d'espèces de pucerons peuvent transmettre des virus aux plantes.

Les mutualismes entre fourmis et pucerons sont complexes et jouent un rôle important dans de nombreux écosystèmes. Il est précieux de voir à quel point ces individus sont parvenus à vivre et à travailler de concert en harmonie.

Bibliographie :

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Figure 1 : Pucerons couvrant la tige d'une mauvaise herbe tandis que les fourmis s'activent à en prendre soin.

Figure 1 : Pucerons couvrant la tige d'une mauvaise herbe tandis que les fourmis s'activent à en prendre soin.

 

 


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