Répression du scarabée japonais sans produits chimiques - est-ce possible?

La canicule de l'été amène encore une fois la saison du scarabée japonais. Les adultes de l'insecte sont actifs dans une bonne partie du Sud de l'Ontario. Dans de nombreuses cultures horticoles, la répression du scarabée japonais peut se faire à l'aide de pulvérisation d'insecticide, mais pour certaines cultures spéciales ou encore, dans le cas des producteurs biologiques et des propriétaires de résidences, il n'existe pas de produit homologué contre ce ravageur ou les produits disponibles sont très coûteux. À cette époque de l'année, nous recevons beaucoup de questions sur les options de lutte non chimique contre le scarabée japonais.

Dans ce cas précis, il est utile de posséder les rudiments de la biologie de ce ravageur. Les adultes que vous apercevez maintenant ont commencé à sortir du sol en juin et demeureront actifs en août, se regroupant sur les feuilles, les fleurs et les fruits de plus de 300 espèces de plantes, pour s'y nourrir et s'y accoupler, souvent en grandes quantités. Cet insecte peut voler sur des distances considérables entre les plantes hôtes et les sites de ponte (habituellement des zones ensoleillées, offrant une humidité adéquate dans un sol à texture modérée et où l'herbe est courte). Les œufs éclosent sous forme de larves (« vers blancs ») en moins de deux semaines et, jusqu'à l'automne, se nourrissent des racines présentes dans le sol, s'y enfonçant davantage à mesure que les températures chutent, pour y passer l'hiver. Les vers blancs reviennent vers la surface lorsque la température augmente au printemps et continuent à se nourrir dans le sol pendant un à deux mois avant de passer au stade de pupes et ensuite d'adultes.

Les points essentiels à retenir sont : (1) les adultes et les vers blancs se nourrissent de sources différentes et sont présents à des moments différents; (2) ce sont des ravageurs du paysage, c'est-à-dire que les mesures de lutte prises sur vos terres n'affecteront que les insectes qui y sont présents, de sorte que d'autres scarabées peuvent continuer à arriver d'autres secteurs où aucune mesure de lutte n'a été prise. Ces deux facteurs influent sur les options de lutte.

Gérez votre environnement pour le rendre moins attirant

Tel que mentionné précédemment, les femelles adultes préfèrent l'herbe courte pour déposer leurs œufs dans un sol humide. Évitez que l'herbe n'envahissent les milieux de rangées, ainsi que les zones herbeuses autour des champs ou adjacents à ceux-ci et, dans toute la mesure du possible, gérez l'irrigation pour restreindre l'humidité du sol à la zone proprement dite de la récolte pendant les périodes de ponte.

Même si le scarabée japonais a une extrêmement grande variété d'hôtes, il existe certaines plantes et certains cultivars qu'il préfère. Mentionnons certains membres de la famille des roses et des érables, le bouleau, le sorbier monticole, le tilleul d'Amérique, l'orme, le pommetier à fleurs, la rose trémière et nombre d'espèces fruitières, notamment cerisiers, pêchers, pruniers, vignes, bleuets et noyers. Dans la mesure du possible, évitez de placer vos cultures près de ces plantes. Détruisez les mauvaises herbes qui attirent les scarabées japonais, notamment framboisier, mûrier ou ronce, vigne vierge commune, vigne des rivages ou sassafras.

Peut-être constaterez-vous que certains cultivars attirent moins les scarabées. Dans des études menées dans des houblonnières en Ontario, les chercheurs de l'Université de Guelph ont constaté que les dommages provoqués par le scarabée japonais sont plus sévères dans les cultivars Hallertauer et Northern Brewer et moins prononcés dans les cultivars Chinook, Cascade et Bertwell. De la même façon, certaines variétés de pommes semblent intéresser davantage le scarabée japonais, par exemple Honeycrisp.

Élimination physique des scarabées

S'il s'agit d'une culture basse en petites surfaces, éliminer à la main les scarabées et les déposer dans un seau d'eau savonneuse peut permettre de réduire les populations. Il faut le faire dès que les scarabées japonais commencent à voler, parce que les plantes endommagées par l'insecte lorsqu'il se nourrit libèrent dans l'air des composés qui, en fait, attirent ses congénères. Si vous pouvez supprimer ces scarabées avant qu'ils aient vraiment commencé à dévorer vos plantes, certains (mais pas tous) des scarabées qui arrivent pourraient être attirés ailleurs, vers des plantes plus endommagées. Même si cette méthode, évidemment, n'est pas pratique dans le cas de très gros arbres ou de plantes comme le houblon (où les scarabées vont trop haut sur la plante pour être éliminés facilement) et qu'elle peut être fastidieuse, nous avons découvert, à la station de recherche de Simcoe, que l'élimination quotidienne des scarabées est un moyen relativement efficace de répression dans nos parcelles de recherche pouvant atteindre jusqu'à un acre de superficie. Les producteurs qui n'ont aucun autre moyen de lutte devront décider si l'augmentation du coût de la main-d'œuvre due à l'élimination manuelle dépasse la perte de rendement attribuable à l'importance des dommages.

Piégeage comme moyen de lutte contre le scarabée japonais - gare à « l'effet d'entraînement »

Les pièges à scarabée japonais se composent d'un mélange de leurres sexuels et alimentaires (phéromones) sur une structure de plastique fixée à un contenant ou un sac. L'idée est que les scarabées sont attirés par les phéromones, tombent dans le sac et ne peuvent en sortir. Ces pièges sont très efficaces pour attirer un grand nombre de scarabées et sont commercialisés pour la surveillance et le piégeage. Toutefois, vous n'avez pas vraiment besoin de pièges pour surveiller les scarabées japonais parce qu'ils sont facilement décelables sur les cultures en raison de leur grande taille et de leur tendance à se regrouper.

La valeur de ces pièges pour prendre les scarabées au piège loin des cultures est sujette à débat et est généralement déconseillée dans nombre de publications. D'après certains rapports, ils peuvent être utiles comme moyen de gérer de petites populations isolées, mais cela ne s'applique pas vraiment au Sud de l'Ontario, où ces scarabées sont largement répandus. Dans les endroits où les scarabées japonais sont bien établis, il ressort de plusieurs études que les pièges, en fait, attirent un plus grand nombre de scarabées que ce que la récolte elle-même aurait fait à elle seule et pourrait attirer plus de scarabées que ceux qui se prennent au piège. Les chercheurs appellent cela l'effet d'entraînement. Ils pensent que la raison de cela est que certaines femelles sont davantage attirées vers la zone générale d'où provient l'odeur du leurre alimentaire que par la position exacte de celui-ci et ensuite, que certains mâles sont attirés par ces femelles « entraînées », plutôt que par le leurre sexuel présent dans le piège.

L'effet net est que ces pièges attirent en fait les scarabées du paysage environnant, mais que certains ne sont pas pris par les pièges et augmentent donc la défoliation des plantes et la ponte d'œufs dans le sol immédiatement aux environs du piège.

Si vous voulez faire l'essai de pièges pour lutter contre le scarabée japonais dans une culture où les solutions de répression sont limitées, il faut être conscient que le fait d'attirer davantage de scarabées vers votre site pourrait avoir des inconvénients et donc, vous devrez agir en conséquence.

  • D'abord, placez les pièges loin à l'extérieur de la culture elle-même, autrement, les « insectes entraînés » (ceux qui sont attirés dans le secteur par les pièges, mais qui ne se font pas prendre au piège) se nourriront de votre récolte. Placez les pièges en aval de la culture, par rapport au vent dominant, idéalement dans une zone ouverte et éclairée. De plus, la hauteur des pièges peut également être importante. Il se peut que vous deviez expérimenter avec des pièges de hauteurs différentes pour déterminer la hauteur la plus efficace.
  • Il se peut que vous ayez besoin de nombreux pièges. Nous ne savons pas précisément le nombre de pièges qu'il faut dans un endroit donné pour aider à réduire les effectifs de scarabées japonais dans le paysage. Toutefois, il est probable qu'un seul piège sera insuffisant, sauf si votre superficie en culture est très petite.
  • Remplacez les sacs fréquemment. Les sacs peuvent rapidement se remplir de cadavres, de sorte que les scarabées vivants pourraient en fait se servir des cadavres pour se hisser et sortir du piège et s'échapper. De plus, certains disent que l'odeur des insectes en décomposition peut repousser leurs congénères ou masquer l'odeur du leurre. Essayez de vérifier les sacs au moins aux deux ou trois jours. Lorsque vous remplacez les sacs, n'oubliez pas que certains scarabées qui s'y trouvent peuvent être encore vivants. Scellez donc les sacs hermétiquement et congelez-les ou faites-les cuire au soleil pour veiller à ce que les scarabées vivants ne s'échappent pas pour s'en prendre à votre récolte.
  • Les leurres chimiques fournis avec le piège perdent leur pouvoir au fil du temps; il faut donc les changer selon la recommandation du fabricant.
  • Veillez à ce que la zone autour des pièges ne soit pas idéale pour la ponte en suivant les lignes directrices générales énoncées dans la section précédente, afin de ne pas encourager les femelles à pondre davantage près de votre récolte. Si possible, éliminez les « insectes entraînés » (c.-à-d. ceux qui ont été attirés vers le secteur, mais qui n'ont pas été pris au piège) en procédant manuellement.

Produits contenant des nématodes pour lutter contre le scarabée japonais

On nous demande souvent des renseignements sur les produits de pulvérisation à base de nématodes lorsque les scarabées endommagent une récolte. Il existe des produits contenant des nématodes pathogènes. On les pulvérise sur le sol pour lutter contre les vers blancs du scarabée japonais. Ils sont considérés comme des agents de lutte biologique et non comme des antiparasitaires et ils peuvent être utilisés sur toutes les cultures en autant que leur utilisation soit autorisée au Canada. Toutefois, puisque ces produits ne sont efficaces que sur les vers blancs et que ce stade de la vie de l'insecte se passe à une époque différente de la vie des adultes, leur pulvérisation actuellement ne réduirait pas la défoliation au cours de la présente saison. Ces produits peuvent être pulvérisés à la fin de l'été ou au début de l'automne, lorsque les larves sont actives. Les nématodes exigent une humidité du sol adéquate et des températures au sol ni trop chaudes ni trop froides. Même si ces produits, bien utilisés, peuvent réduire les populations de vers blancs dans vos champs, par conséquent, limiter le nombre de scarabées qui sortiront l'an prochain, ils n'empêcheront pas les scarabées provenant d'autres secteurs de migrer dans votre récolte. Si vous êtes entouré par un habitat idéal pour les vers blancs et qu'il n'est pas visé par un programme de lutte, gérer les populations uniquement dans votre champ pourrait n'avoir qu'un effet limité.

Quelques réflexions en terminant

La répression des scarabées japonais dans les cultures peut poser des difficultés en raison du peu de moyens de contrôle homologués. Le respect des lignes directrices qui précèdent peut être utile, mais n'éliminera pas le problème. Un dernier point dont tenir compte, soit Les dommages provoqués par le scarabée japonais et qui, même s'ils sont inesthétiques, n'exigent pas nécessairement toujours des mesures de répression. Même si les dommages directs à la portion récoltable de la culture posent toujours un problème, nombre de plantes peuvent tolérer une défoliation considérable sans que cela n'affecte de façon appréciable le rendement de la récolte. Dans la majorité des cultures, il n'existe pas de seuil scientifique établi concernant le scarabée japonais de sorte que, finalement, la question de savoir s'il y a lieu d'intervenir dépendra surtout du niveau de confort de chaque producteur. Il faudra tenir compte de la partie de la plante endommagée (récoltable ou non), de l'ampleur de la défoliation, de la taille de la plante (c.-à-d. les jeunes arbres ne peuvent tolérer autant de défoliation que les arbres plus vieux) et de la santé générale de la plante (les plants stressés par d'autres facteurs, par exemple maladies, déficit en matières nutritives ou en eau, seront également moins capables de tolérer la défoliation).

Figure 1 - Conglomérat de scarabées japonais sur une feuille de noisetier.

Figure 1 - Conglomérat de scarabées japonais sur une feuille de noisetier.

Figure 2 - Piège à scarabée japonais.

Figure 2 - Piège à scarabée japonais.


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