Les effets positifs du « harcèlement » dans votre serre

Maintenant que j'ai votre attention, laissez-moi vous préciser que je parle d'insectes, notamment des thrips des petits fruits et des acariens prédateurs tels que N. cucumeris et A. swirskii.

Nous savons tous que les acariens prédateurs ne tuent et ne mangent que les petits thrips qui en sont au premier stade larvaire (appelé L1). À des stades plus avancés (c. à-d. L2 et adulte), les thrips sont tout simplement trop gros pour que les acariens puissent les tuer. Cela ne veut toutefois pas dire qu'ils ne contribuent pas à en limiter le nombre.

Figure 1 : Thrips des petits fruits du deuxième instar (L2) à côté d'un œuf d'acarien prédateur (à gauche) et de deux acariens adultes (à droite).

Figure 1 : Thrips des petits fruits du deuxième instar (L2) à côté d'un œuf d'acarien prédateur (à gauche) et de deux acariens adultes (à droite).

Les acariens prédateurs essaient sans relâche de tuer les thrips de stade L2, les attaques pouvant atteindre le nombre de 40 à l'heure(1). À ce stade, les thrips sont en mesure de contrer les attaques en s'enfuyant ou en frappant les acariens à la tête avec leur abdomen. Vous pouvez voir les situations cocasses qui surviennent lorsque les acariens s'en prennent à des thrips de grande taille.

Cependant, le « harcèlement » exercé par les acariens a des répercussions sur les thrips. Comme les thrips passent beaucoup de temps à repousser les acariens, ils consacrent 30 % moins de temps à leur alimentation(2). Avec le temps, il en résulte une diminution de 40 % des dommages causés aux plantes qui sont infestées d'acariens prédateurs comparativement à celles qui ne le sont pas(2). En outre, la présence d'acariens peut réduire la survie des thrips de stade L2 dans une proportion pouvant atteindre 78 %(1). Cela vient probablement du fait que, comme ils mangent moins, les thrips n'ont pas les réserves nutritionnelles nécessaires pour se développer complètement.

Cette situation est attribuable à l'« intimidation » que les acariens exercent sur les thrips et non pas au fait qu'ils les mangent. C'est ce que les scientifiques appellent les effets non liés à la consommation, et nous commençons à peine à prendre conscience de l'importance de ces effets pour la lutte biologique. Selon des études, les effets non liés à la consommation comme le " harcèlement " pourraient représenter 50 % des mesures de lutte contre les ennemis des cultures dans les serres(3).

Cela concorde avec ce qu'on observe dans l'exemple des thrips. Non seulement les acariens réduisent l'alimentation et la survie des thrips au stade larvaire, mais des recherches en cours à l'Université Cornell montrent que la présence d'acariens réduit aussi le nombre d'œufs pondus par les thrips adultes et raccourcit la durée de vie des thrips adultes(4). La simple présence d'œufs d'acariens prédateurs sur une plante incite les thrips de stade L1 à manger moins, selon des recherches effectuées en Autriche(5).

Il serait logique de déduire que, plus les acariens seront nombreux, plus les thrips subiront des attaques de leur part et plus il sera facile de limiter leur prolifération.

Par conséquent, il faut applaudir le dur travail des acariens prédateurs qui, par le harcèlement qu'ils exercent, font plus que nous aurions cru possible pour la lutte intégrée contre les ennemis des cultures floricoles. Continuez de faire peur, petites bestioles!

Bibliographie

  1. Jandricic, S.E., D. Schmidt, G. Bryant et S.P. Frank. Données non publiées, Université d'État de la Caroline du Nord.
  2. JANDRICIC, S.E., et S.P. FRANK. Too Scared to Eat: Non-Consumptive Effects of Predatory Mites, IOBC-WPRS Bulletin 102, 2014, p. 111-115.
  3. Preisser, E.L, D.I. Bolnick et M.F. Benard. « Scared to Death? The Effects of Intimidation and Consumption in Predator-Prey Interactions », Ecology, vol. 86, 2005, p. 501-509.
  4. Loughner, R., et J. NYROP. Données non publiées, Université Cornell.
  5. Walzer, A., et P. Schausberger. « Non-Consumptive Effects of Predator Mites on Thrips and Its Host Plant », Oikos, vol. 118, 2009, p. 934-940.

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