L'année de la mouche?

Si la saison est humide, en cas de problèmes de ravageurs, on se concentre habituellement sur la prévention des maladies, les échappés de traitement et le calendrier de pulvérisation. Par contre, certains insectes peuvent également prospérer en milieu humide. Les sols lâches et détrempés offrent d'excellentes conditions pour l'émergence d'insectes dont les nymphes naissent dans le sol, par exemple l'asticot qui donnera naissance à la mouche de la pomme. Cette année, le nombre de prises dans les pièges à mouches de la pomme a atteint des niveaux presque 10 fois supérieurs à la normale dans certaines régions, un peu partout dans la province, et est demeuré élevé pendant plusieurs semaines consécutives. Dans certains cas, les pièges recelaient une centaine d'adultes. Puisque les populations prospèrent encore tandis que nous avançons dans les derniers jours précédant la récolte, il est essentiel de lutter contre ce ravageur.

La mouche adulte du pommier (figure 1) émerge de nymphes présentes dans le sol de juin jusqu'à septembre, le pic intervenant en août. L'émergence est étroitement liée à l'humidité du sol : les années sèches, les nymphes peuvent demeurer dans le sol jusqu'à ce que les conditions environnementales deviennent plus favorables au cours de la saison de croissance suivante. Les femelles peuvent pondre jusqu'à 300 œufs dans les 30 jours à peine que dure vie. Les œufs sont déposés individuellement, sous la peau des fruits en développement. Les larves émergent dans les trois à sept jours et commencent à creuser dans le fruit et à s'en nourrir. Les larves demeurent dans la pomme de 20 à 30 jours, après quoi elles sortent du fruit et se creusent un tunnel dans le sol pour passer au stade de nymphe. Même si la mouche du pommier ne donne qu'une génération par an, elle peut sévir dans un verger jusqu'aux premiers gels véritables.

Figure 1. Adultes de la mouche de la pomme. À noter l'abdomen arrondi du mâle (à gauche) et l'abdomen fuselé de la femelle (à droite)

Figure 1. Adultes de la mouche de la pomme. À noter l'abdomen arrondi du mâle (à gauche) et l'abdomen fuselé de la femelle (à droite). (Photo : Rob Smith, à la retraite, AAC Kentville)

Les dommages provoqués par la mouche du pommier sont de deux ordres. L'ovipositeur des femelles adultes provoque des piqûres sur la surface du fruit et l'insecte dépose ses œufs sous la pelure : l'endroit prend un aspect criblé ou affaissé (figure 2). Après l'éclosion, la larve creuse un tunnel dans le fruit, provoquant une décoloration et une détérioration de la pulpe (figure 3). L'invasion par des champions pathogènes, par exemple Alternaria spp. et Pseudomonas spp. accélère encore la détérioration : les fruits fortement infectés peuvent pourrir en totalité.

Figure 2. Piqûre de l'ovipositeur de la mouche de la pomme sur le fruit.

Figure 2. Piqûre de l'ovipositeur de la mouche de la pomme sur le fruit.

Figure 3. Les larves de la mouche de la pomme se nourrissent du fruit, sur lequel on observe une décoloration et un affaissement interne.

Figure 3. Les larves de la mouche de la pomme se nourrissent du fruit, sur lequel on observe une décoloration et un affaissement interne.

Il est essentiel de surveiller les populations de mouches de la pomme pour choisir le bon moment de la pulvérisation, de façon à s'assurer d'une répression efficace du ravageur. En Ontario, nous utilisons cinq pièges constitués d'une plaquette jaunâtre collante et d'un appât pour la surveillance de la mouche de la pomme. Du milieu jusqu'à la fin de juin, il faut installer les pièges à des distances de 30 pieds dans les arbres de la bordure du verger près des zones boisées, au niveau des yeux et placés de manière à ce qu'ils soient entourés par les fruits et le feuillage. Les pièges doivent être vérifiés deux fois par semaine pour voir si des mouches adultes s'y trouvent : il est facile de les distinguer des autres espèces de mouches apparentées, en raison des bandes en forme de F sur les ailes (figure 4).

Figure 4. Motif des ailes de la mouche de la pomme et des espèces apparentées.

Figure 4. Motif des ailes de la mouche de la pomme et des espèces apparentées.

Dans les vergers classiques de l'Ontario, la tolérance à l'infestation des fruits est zéro. La pulvérisation d'insecticides doit avoir lieu de sept à 10 jours après avoir repéré la première mouche adulte sur une plaquette jaune. Procéder aux épandages subséquents aux 14 à 21 jours ou dans la mesure justifiée par le nombre d'individus que vous continuez d'attraper dans les pièges. Raccourcir les intervalles dans les vergers où la présence de mouches dans les pièges est constante et élevée. Ne pas oublier, de plus, que l'activité résiduelle des produits peut varier : certains peuvent nécessiter un épandage plus fréquent.

Le moment de la pulvérisation contre la mouche de la pomme coïncide habituellement avec celui de l'épandage contre le carpocapse de la pomme, de sorte qu'une seule pulvérisation d'insecticide peut souvent permettre de régler le cas de ces deux ravageurs. À ne pas oublier : même si certains des produits chimiques les plus récents (Altacor, Delegate) permettent une répression efficace du carpocapse de la pomme, ils ne supprimeront la mouche de la pomme que dans les vergers moins touchés par ce ravageur. Un produit récemment homologué, Exirel, semble efficace contre la mouche de la pomme. Toutefois, ce produit ne peut être mélangé dans le réservoir ou utilisé en épandage séquentiel avec les strobilurines, les produits à base de cuivre ou les fongicides de type Captan. Les produits susmentionnés, ainsi que les néonicotinoïdes, Calyspo et Assail, ont une activité résiduelle pendant 10 à 14 jours, de sorte qu'un nouvel épandage sera nécessaire. Les organophosphates, Imidan et Diazinon, sont efficaces pour la répression du carpocapse de la pomme et de la mouche du pommier et l'effet résiduel de ces produits est de 18 à 21 jours.

L'un des outils potentiellement efficaces pour la répression de la mouche du pommier est Surround (argile de kaolin). Par contre, l'épandage dans les vergers doit se faire avant l'émergence des adultes et se poursuivre aussi longtemps que l'on continue à capturer des mouches. À ce stade de la saison, il est trop tard pour amorcer efficacement l'utilisation de ce produit, si ce n'est pas déjà commencé. Dans les vergers où il y a eu épandage de Surround, utiliser le dosage de l'amidon à l'iode pour déterminer le degré de maturité des fruits dans les deux dernières semaines de mûrissement de la récolte.

Pour la majorité des produits homologués contre la mouche de la pomme, un nouvel épandage sera probablement nécessaire à la suite de précipitations importantes (>1 pouce de pluie). Vous reporter à l'article du 16 juillet 2014 du Carnet horticole intitulé Résistance des insecticides au lessivage par la pluie sur les cultures fruitières, pour en savoir davantage.

La pulvérisation périphérique d'insecticides aux organophosphates sur les 20 m extérieurs d'un verger où il n'y a pas de population résidante de la mouche de la pomme peut suffire pour intercepter tous les adultes arrivant des hôtes sauvages environnants. Toutefois, si le nombre d'individus piégés demeure constamment élevé ou si des dommages sont observés pendant la surveillance de routine du verger, il faut retourner à un programme de pulvérisation totale. L'efficacité de la pulvérisation périphérique à l'aide des nouveaux produits chimiques, par exemple Calypso, Assail, Exirel, Altacor, Delegate ou Surround, n'est pas encore confirmée et nous ne recommandons pas, pour le moment, de procéder à une pulvérisation périphérique à l'aide de ces produits.

Les mesures d'assainissement, notamment la suppression et la destruction des fruits rejetés après la récolte éliminera toutes les larves qui n'ont pas encore quitté le fruit pour passer au stade de nymphe. L'élimination des hôtes substituts, notamment l'aubépine et le doucin, dans les 100 m entourant le verger peut également réduire les pressions des mouches migratrices l'année suivante. Pour éliminer toute larve vivante des pommes récoltées, un entreposage à froid de huit semaines à des températures inférieures à 5° C est moyen efficace de les supprimer. C'est une pratique qui peut répondre aux restrictions d'importation de certains pays.


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