Protéger la lavande des dommages hivernaux

L'hiver 2013-2014 a été l'un des plus froids au cours des deux dernières décennies dans le sud de l'Ontario. Les dommages causés à la lavande sont importants, en particulier aux lavandins (Lavandula x intermedia). Les essais continus de cultivars et de couvertures de protection dans la lavande peuvent être utilisés pour déterminer les méthodes pouvant réduire les dommages hivernaux dans l'avenir. Cet article présente quelques points saillants des résultats de ces deux essais. Un rapport complet de ces essais sera disponible dans un mois dans le site d'Ontario Lavender Association. Ces essais ont bénéficié d'une aide financière offerte dans le cadre du programme Nouvelles orientations du MAAARO par l'entremise de l'Ontario Lavender Association et sont le fruit d'une collaboration entre le MAAARO, l'Université de Guelph et l'Ontario Lavender Association.

Les dommages et la taille

La figure 1 montre des dommages typiques observés sur un cultivar de Lavandula angustifolia (lavande anglaise), le Royal Purple. Les branches au sommet du plant sont souvent mortes, alors que les branches sur le pourtour du plant sont en vie. Cela est peut-être lié à l'emplacement de la couverture de neige pendant les périodes les plus froides (figure 2). La plupart des cultivars angustifolia sont capables de produire de nouvelles pousses à partir de la base, comme le montre la figure 3. Tous les tissus sans signe de vie à ce moment sont probablement morts. L'enlèvement de ces branches peut améliorer l'apparence du plant et permettre une meilleure pénétration de la lumière à la base du plant d'où les nouvelles pousses émergent. Il est fort probable toutefois que le nouveau feuillage cache les tissus morts en quelques semaines. Donc, la décision de ne pas tailler les plants peut être viable pour ceux qui ont de grandes superficies et une main-d'œuvre limitée.

Figure 1. Dommage typique à un Lavandula angustifolia (lavande anglaise) de cultivar Royal Purple dans le sud de l'Ontario avec des dégâts au centre du plant et des branches saines en périphérie.

Figure 1. Dommage typique à un Lavandula angustifolia (lavande anglaise) de cultivar Royal Purple dans le sud de l'Ontario avec des dégâts au centre du plant et des branches saines en périphérie.

Figure 2. Plant de lavande qui perce à travers la neige recouverte de glace à la suite de la tempête de verglas du 21 décembre 2013. L'exposition des branches au-dessus de la neige explique l'ampleur des dégâts survenus au centre des plants (photo gracieusement offerte par Keturah Breckon).

Figure 2. Plant de lavande qui perce à travers la neige recouverte de glace à la suite de la tempête de verglas du 21 décembre 2013. L'exposition des branches au-dessus de la neige explique l'ampleur des dégâts survenus au centre des plants (photo gracieusement offerte par Keturah Breckon).

Figure 3. De nombreux cultivars de Lavandula angustifolia montrent plusieurs nouvelles pousses à la base du plant, lesquelles finiront par supplanter la zone de branches mortes.

Figure 3. De nombreux cultivars de Lavandula angustifolia montrent plusieurs nouvelles pousses à la base du plant, lesquelles finiront par supplanter la zone de branches mortes.

L'état des lavandins est bien pire dans de nombreux endroits. Souvent, les plants n'avaient plus qu'une ou deux branches avec des signes de vie à leur base (figure 4). Les jeunes lavandins sont en mesure de compenser avec la repousse de nouvelles tiges à la base du plant, bien que la nouvelle croissance ne soit pas aussi vigoureuse que celle des angustifolias. Dans le cas des lavandins plus âgés, leur capacité à produire de nouvelles pousses est beaucoup moins élevée. Quelques-uns d'entre eux vont produire de nouveaux bourgeons très petits près de la base de ces branches, qui autrement seraient mortes, mais on ignore si ces nouvelles pousses seront suffisantes pour garder les plants en vie. Dans le cas des plants dont seulement quelques branches montrent un tant soit peu des signes de vie, on ignore s'ils pourront fournir suffisamment d'énergie à la plante pour assurer une nouvelle croissance. La seule solution avec ces plantes est d'enlever les tissus morts et d'attendre la repousse de nouvelles tiges. Si aucune nouvelle tige ne repousse, il faudra probablement remplacer la plante. Si de nouvelles tiges se développent, il faudra préserver les branches vivantes existantes pendant un ou deux mois, jusqu'à ce que la nouvelle croissance soit vigoureuse et les enlever par la suite, afin de donner une forme arrondie au plant. Les observations sur la façon dont les plantes réagissent aux dommages hivernaux seront entamées au cours des prochaines semaines, afin de fournir une meilleure orientation sur les techniques de taille dans le cas de tels dommages.

Figure 4. Dommage typique à un plant de lavandin (Lavandula x intermedia) de cultivar Grosso où l'on peut voir une seule nouvelle zone de croissance sur le côté du plant.

Figure 4. Dommage typique à un plant de lavandin (Lavandula x intermedia) de cultivar Grosso où l'on peut voir une seule nouvelle zone de croissance sur le côté du plant.

L'ampleur des dommages dépend de l'emplacement. Les zones avec une épaisse couche de neige durant l'hiver ont subi beaucoup moins de dommages que les zones où la couverture de neige était restreinte ou qui ont connu des cycles fréquents de gel et de dégel. Cependant, la tempête de verglas survenue en décembre peut avoir causé des dommages considérables même dans les zones avec une bonne couverture de neige, tout dépendant de l'épaisseur de la neige à cette époque.

Résultats des essais de cultivars

Des essais de cultivars se déroulent à six endroits dans le sud de l'Ontario, dans les comtés d'Essex, d'Elgin, de Norfolk et de York. Les dommages ont varié en fonction du site. Les dommages les moins élevés ont été observés à York, en raison d'une bonne couverture de neige, et les dommages les plus élevés ont été observés dans les comtés de Norfolk et d'Elgin. On a évalué 27 cultivars appartenant aux deux types de lavandes, l'angustifolia et le lavandin. Les cultivars avec les notes les plus élevées pour chaque année sont présentés dans le tableau 1. Pour les quatre années de l'étude, l'angustifolia Folgate est celui qui a présenté le moins de dommages parmi tous les cultivars. Plusieurs autres angustifolias ont obtenu des notes élevées, dont Royal Purple, Royal Velvet, French Fields, Dark Supreme et Imperial Gem. Le cultivar à fleurs roses Melissa a enregistré de bonnes notes pendant trois années, mais de mauvaises notes à la suite de l'hiver de 2013-2014. Pour cette même année, Folgate a obtenu une note moyenne de survie à l'hiver de 4,3 sur 10 (0 = mort, 10 = sain), montrant comment les dommages ont été importants dans tous les cultivars. La note la plus élevée pour un lavandin a été de 2 sur 10 pour Impress Purple, ce qui est un niveau de dommages inacceptable. La culture d'Impress Purple était plus jeune que celle d'autres cultivars, ce qui peut expliquer sa rusticité accrue l'hiver dernier.

Tableau 1. Notation moyenne des trois cultivars supérieurs d'angustifolia et des trois cultivars supérieurs de lavandin pour leur survie à l'hiver à six endroits dans le sud de l'Ontario. Les essais se sont déroulés pendant quatre hivers, soit de 2010 à 2014. Vingt-sept (27) cultivars ont été évalués au total, 16 angustifolias et 9 lavandins.

Angustifolia
Type et rang 2010-2011 2011-2012 2012-2013 2013-2014
#1 Folgate Folgate Folgate Folgate
#2 Betty's Blue Royal Velvet Dark Supreme Royal Purple
#3 French Fields Royal Purple/Melissa Imperial Gem Royal Velvet
Lavandin
Type et rang 2010-2011 2011-2012 2012-2013 2013-2014
#1 Fat Spike Grosso Fat Spike Grosso Grosso Impress Purple
#2 Edelweiss Grosso Super Edelweiss
#3 Hidcote Giant Edelweiss Fat Spike Grosso/ Edelweiss/Gros Bleu Gros Bleu

Les résultats de l'étude montrent que tous les lavandins exigent un certain niveau de protection pour passer à travers un hiver plus froid que d'habitude. En outre, même avec une protection, certains lavandins ne sont pas recommandés pour l'Ontario, à moins que les producteurs soient capables de surmonter les pertes de plants à intervalles de quelques années. Les lavandins non recommandés pour la production en Ontario comprennent Provence, Alba, Toscane Bleu et Fred Boutin. Plusieurs angustifolias sans protection vont survivre aux conditions rigoureuses de l'hiver, mais avec des dégâts considérables lors d'hivers froids. Une protection hivernale pourrait les avantager en leur assurant une floraison constante et abondante. Sur la base des résultats des quatre années d'essai, c'est le cultivar Folgate qui s'est révélé le meilleur pour la survie à l'hiver et probablement le moins vulnérable à l'hiver sans couverture dans le rang.

Résultats des essais de couvertures de protection dans le rang

Un essai de recherche a été établi en 2013 à la station de recherche de Simcoe de l'Université de Guelph (figure 5). On y a évalué les cultivars de lavandin Grosso et Provence comme étant respectivement, un cultivar légèrement rustique et un cultivar non rustique en Ontario. La culture de lavande a passé l'hiver, soit sans couverture, avec une couverture de paille, avec une mince couverture blanche (Agryl P-40) ou avec une couverture blanche épaisse (Hibertex Pro). Les résultats sont présentés dans le tableau 2. La survie de la lavande Grosso s'est considérablement améliorée dans le cas des deux rangées protégées par une couverture. La couverture de paille a entraîné la mort complète des plants des deux cultivars sur l'ensemble de la parcelle et n'est pas recommandée comme protection hivernale. Dans cet essai, la lavande a été cultivée sur un paillis de plastique noir, et la combinaison de la paille et du plastique peut avoir contribué à la mort des plants. Aucun plant de Provence n'a survécu à découvert, et les couvertures n'ont pas beaucoup amélioré leur survie. Ceci indique que certains cultivars ne doivent être cultivés en aucun cas à grande échelle. Trois essais à la ferme ont été établis en 2012 pour évaluer les couvertures de rang sur les cultivars de lavande Hidcote ou Grosso pendant deux hivers. Les deux couvertures de rang ont amélioré la survie pendant l'hiver 2012-2013 dans les trois parcelles. Cependant, en 2013-2014, aucune différence significative n'a été observée entre les rangs recouverts et les rangs témoins sans couverture. Les trois parcelles ont été recouvertes d'une couche de neige épaisse et uniforme de décembre à mars. Cette épaisse couche de neige a probablement protégé les plants et réduit l'impact des couvertures de rang.

Tableau 2. Notation de survie � l'hiver en mai 2014 pour les cultivars de lavande Grosso et Provence selon quatre différents traitements de protection dans le rang � la station de recherche de Simcoe.
Traitement de protection dans le rang

Note de survie à l'hiver1

Grosso

Note de survie à l'hiver1

Provence

Aucun 3,4 b2 0,0 a
Paille 0,0 a 0,0 a
Couverture mince (Agryl P40) 6,6 c 0,4 ab
Couverture épaisse (Hibertex Pro) 5,4 c 0,5 b

1Échelle de 0 à 10 : 0 = mort; 1 = 1 - 10 % sain; 2 = 11 - 20 % sain … 10 = 91-100 % sain.
2 Les nombres dans une colonne suivis de la même lettre ne sont pas significativement différents à P=0,05, Test de la PPDS protégé de Fisher.

Les résultats des essais portant sur les couvertures de protection suggèrent que les couvertures de rangs constituent une bonne solution pour réduire les dommages aux cultivars sensibles comme la plupart des lavandins et quelques angustifolias. Sans couverture de rangs, ces cultivars subiraient probablement des dégâts considérables au cours de certains hivers. À quatre sites d'essai, et pendant deux ans pour trois d'entre eux, les couvertures de rangs ont réduit les dommages hivernaux dans quatre des sept cas et elles n'ont pas nui à la lavande dans aucun des cas. Les plantes n'ont pas bénéficié des couvertures quand elles étaient recouvertes d'une couche de neige uniforme pendant la majeure partie de l'hiver, ce qui est très rare dans la plupart des régions du sud de l'Ontario. On ignore encore comment les couvertures de rangs vont fonctionner au cours d'un hiver doux ou le genre de protection qu'elles vont apporter aux plants plus âgés. Les recherches vont se poursuivre pendant au moins un an.

Figure 5. Essai de couvertures de protection dans le rang à la station de recherche de Simcoe. De gauche à droite, les traitements sont : à découvert, une mince couverture de rang blanche (Agryl P40), une couverture de paille et une épaisse couverture de rang blanche (Hibertex Pro).

Figure 5. Essai de couvertures de protection dans le rang à la station de recherche de Simcoe. De gauche à droite, les traitements sont : à découvert, une mince couverture de rang blanche (Agryl P40), une couverture de paille et une épaisse couverture de rang blanche (Hibertex Pro).

Pour réduire les dommages dans le futur, les producteurs devraient choisir des cultivars qui ont bien survécu à l'hiver, et ce, pendant les quatre années de notre essai. À ce stade, Folgate est un bon choix en ce qui concerne la survie à l'hiver. Pour réduire les risques de perdre complètement la culture, il est conseillé d'inclure plusieurs cultivars plus rustiques. De nombreux producteurs comptent sur les lavandins pour la production de sachets, de bouquets séchés et d'huile essentielle. Les lavandins ne semblent pas très résistants à l'hiver dans le sud de l'Ontario et bénéficieraient d'une protection hivernale. Les couvertures de rangs semblent être une bonne solution pour réduire les dommages, mais les producteurs doivent analyser soigneusement l'aspect économique et étudier les coûts des couvertures de rangs en rapport avec les pertes de plants pendant l'hiver. Si le coût est un obstacle, les producteurs devraient songer à protéger suffisamment de plants pour les produits de base et les activités agrotouristiques. Il convient également de garder à l'esprit que la destruction par l'hiver peut être due à d'autres facteurs, dont la maladie, de la glace autour du collet des plantes et les inondations. Les couvertures de rangs ne peuvent réduire aucun des impacts découlant de ces problèmes.


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