Le mildiou du houblon en Ontario

Il y a eu de nombreux signalements de mildiou dans les houblonnières de l'Ontario au cours des dernières semaines, probablement à cause du temps humide qui a prévalu dans la province pendant une bonne partie du printemps. Le mildiou est une des maladies les plus graves du houblon dans de nombreuses régions du monde, et est en partie responsable de l'effondrement de cette industrie dans l'est de l'Amérique du Nord au début du 20e siècle. Le mildiou affecte à la fois le rendement et la qualité des cônes, et une infection suffisante peut entraîner une perte totale de la récolte ou même la mort de la plante. L'agent causal du mildiou du houblon, P. humuli, est spécifique au houblon et est tout à fait distinct des mildious d'autres cultures. Cependant, des données récentes indiquent que ce pathogène est étroitement lié à P. cubensis, l'agent causal du mildiou des cucurbitacées

Identification

Le mildiou du houblon produit des pousses caractéristiques, infectées de manière systémique, appelées « spicules ». Les spicules sont rabougris, avec des entre-nœuds raccourcis (longueurs sur la tige entre les points d'où sortent les feuilles) et des feuilles jaunes chlorotiques qui s'enroulent souvent vers le bas et qui peuvent paraître friables (figure 1). La face inférieure des feuilles infectées est souvent couverte de spores foncées noir-violet (sporanges) (figure 2). Les feuilles peuvent se nécroser et mourir, avec une nécrose qui débute à la base de la pousse et qui progresse vers la pointe.

Figure 1. Spicules basaux ou primaires sur un plant de houblon infecté de façon systémique au printemps.

Figure 1. Spicules basaux ou primaires sur un plant de houblon infecté de façon systémique au printemps.

Figure 2. Sporulation sur la face inférieure d'un spicule basal.

Figure 2. Sporulation sur la face inférieure d'un spicule basal.

Les spicules peuvent émerger à divers endroits sur le plant de houblon. Les pousses infectées qui sortent directement du collet au début du printemps sont appelées spicules basaux ou primaires (figure 1). Celles qui sortent des méristèmes apicaux infectés (points de croissance), qu'il s'agisse de pousses latérales ou de tiges palissées, sont appelées spicules secondaires ou aériens (figure 3). Comme les spicules basaux émergent de bourgeons infectés, les symptômes apparaissent à partir du bas. Les symptômes des spicules secondaires vont seulement se manifester en partance du point d'infection, c'est-à-dire que le tissu végétal qui se trouve sous ce point est d'apparence normale. Les entre-nœuds des spicules aériens peuvent également ne pas être aussi courts que dans le cas des spicules basaux. Les branches infectées peuvent se dessécher, et les tiges palissées peuvent interrompre leur développement et se détacher du fil après l'infection.

Figure 3. Pousse latérale infectée de façon systémique (parfois appelée spicule aérien).

Figure 3. Pousse latérale infectée de façon systémique (parfois appelée spicule aérien).

En atterrissant sur les feuilles, les spores de mildiou les infectent et produisent des lésions localisées. Celles-ci se retrouvent d'abord sur la face supérieure de la feuille. Ces lésions jaunes et aqueuses sont souvent confinées dans les nervures de la feuille et prennent une forme anguleuse (figure 4). À mesure que l'infection progresse, les lésions prennent une coloration brun pâle à brun foncé, puis elles meurent entourées d'un halo jaune. Les lésions donnent souvent naissance à des sporanges gris-violet et noirs sur la face inférieure des feuilles. Les sporanges sont surtout visibles le matin quand la surface des feuilles est humide, et peuvent ne pas être aussi visibles lorsque les conditions sont très chaudes et sèches.

Figure 4. Lésions jaunes confinées dans les nervures de la feuille sur la face supérieure des feuilles.

Figure 4. Lésions jaunes confinées dans les nervures de la feuille sur la face supérieure des feuilles.

La maladie peut également se propager aux inflorescences, lesquelles peuvent prendre une teinte brun foncé, se dessécher et tomber des tiges. Les cônes infectés sont d'apparence dure et brune. Si l'infection survient tôt dans la saison, leur développement peut en souffrir. Les infections de fin de saison n'attaquent que les écailles, donnant lieu à des bandes de tissu brun sur les cônes. Les sporanges brun-violet peuvent également être présents sous les écailles infectées.

L'apparence des collets infectés varie selon le cultivar. L'état des collets peut varier d'une apparence saine à différents stades de la pourriture. Les tissus des collets infectés peuvent avoir des tâches ou des stries brun-rougeâtre à noires dans le tissu blanc du collet près de l'écorce. Toutefois, notez que chez certains cultivars, le tissu au centre du collet peut être rouge et en bonne santé.

Le mildiou peut parfois être confondu aux dégâts causés par le gel ou à d'autres maladies fongiques. Les dégâts dus au gel peuvent provoquer un retard de croissance, ainsi que la chlorose et la nécrose des feuilles et des pousses, ce qui peut ressembler quelque peu au mildiou. Toutefois, les feuilles endommagées par le gel peuvent également développer un aspect argenté et la face inférieure des feuilles sera exempte de sporulation noire (figure 5). Les conditions météorologiques récentes seront également prises en considération dans le diagnostic de dégâts dus au gel. L'oïdium produit une croissance fongique blanche et poudreuse de forme circulaire sur la face supérieure des feuilles, alors que les lésions du mildiou sur la face supérieure des feuilles sont jaunes à brunes. D'autres champignons, tels que Phoma, infectent occasionnellement le houblon et peuvent causer des lésions brunes à la surface des feuilles, mais ces lésions ne sont généralement pas délimitées par les nervures de la feuille et sont exemptes de sporulation violette à noire sur la face inférieure des feuilles.

Figure 5. Les dégâts dus au gel (ci-dessus) sont d'apparence très similaire aux dommages causés par le mildiou.

Figure 5. Les dégâts dus au gel (ci-dessus) sont d'apparence très similaire aux dommages causés par le mildiou.

Biologie

Le mildiou hiverne sous forme de mycélium dans les collets et les bourgeons dormants du houblon. Le mycélium peut se propager dans les bourgeons et déclencher le développement des spicules basaux au printemps. Les pousses qui émergent des collets infectés ne sont pas nécessairement infectées, et un collet infecté ne donne pas toujours naissance à des spicules basaux. Les pousses qui en émergent peuvent être une combinaison de pousses saines et de pousses infectées. Lorsque les conditions météorologiques sont favorables à la maladie, le mycélium sur les pousses infectées peut produire des sporanges sur la face inférieure des feuilles pendant la nuit. Les sporanges ont l'apparence d'une croissance violette à noire (figure 2). Les spores sont libérées à partir du milieu de la matinée jusqu'au début de l'après-midi, particulièrement par temps pluvieux, et peuvent se propager à d'autres feuilles ou tissus de la plante. Là, elles libèrent des zoospores qui nagent dans les films d'eau à la surface des feuilles et pénètrent dans la plante par les stomates.

Tant que l'humidité persiste, les zoospores de mildiou peuvent infecter les feuilles, les bourgeons, les cônes ou les tiges du houblon. L'infection des feuilles tend à être localisée, libérant plus de spores pour infecter d'autres tissus. Quant à l'infection des méristèmes apicaux, elle peut devenir systémique, en produisant des pousses secondaires ou en progressant dans les pousses jusqu'au collet. Une infection du collet réduit les réserves d'hydrates de carbone et peut affaiblir ou tuer la plante.

Le mildiou du houblon affectionne les conditions humides et les températures modérées à chaudes. Un taux d'humidité élevé (supérieur à 80 %) et des températures nocturnes au-dessus de 5 °C sont nécessaires pour la sporulation. La surface des feuilles doit être humide pour que l'infection se produise. La durée d'exposition à l'humidité nécessaire à l'infection varie avec la température. Par exemple, à 15-29 °C, l'infection à la surface des feuilles peut se produire lorsque la durée de mouillage des feuilles est de 1,5-2 heures, mais à 5 °C, l'infection nécessite une durée de mouillage de 24 heures ou plus. Les infections de la feuille et des pousses par le mildiou sont plus probables quand les températures sont chaudes et que les tissus de la plante sont humides pendant 4-8 heures.

Lutte

Le succès de la lutte contre le mildiou du houblon nécessite une approche intégrée, car aucune tactique ne suffira en soi à éliminer cette maladie. Cela est valable pour les deux systèmes de culture, traditionnelle et biologique.

La lutte contre le mildiou devrait commencer à la plantation. Veillez à ce que les boutures ou les rhizomes soient exempts de mildiou à la plantation, si possible, par l'achat de matériel végétal auprès de fournisseurs réputés et expérimentés. Choisissez des variétés résistantes lorsque c'est possible. Bien qu'aucun cultivar de houblon ne soit totalement immunisé contre le mildiou, certains sont plus sensibles à la maladie que d'autres. Cascade, Fuggle, Magnum, Newport, Perle et Willamette sont généralement considérés comme résistants dans l'ouest des États-Unis, tandis que Centennial, Cluster, Galena, Glacier, Mt Hood, Northern Brewer et Nugget ont tous été signalés sensibles. Cependant, dans certains essais dans l'est de l'Amérique du Nord, Nugget s'est révélé plus résistant et Newport plus sensible. Ces différences peuvent être dues à la présence de différentes souches de la maladie dans ces deux régions culturales. Des essais de variétés de houblon sont actuellement en cours à la station de recherche de Simcoe et dont l'objet est de surveiller leur résistance au mildiou et à d'autres parasites.

Les pratiques d'assainissement visant à éliminer l'inoculum des agents pathogènes et favoriser la circulation de l'air sont également importantes dans la lutte contre le mildiou. Tout le feuillage basal doit être retiré de la houblonnière à la fin de l'hiver ou au début du printemps. En général, plus la taille est complète et retardée, plus le degré d'infection est réduit. Il faut noter cependant qu'une taille tardive peut aussi réduire le rendement de certaines variétés. Les producteurs qui retirent les spicules basaux infectés pendant le palissage devraient sortir le matériel infecté de la houblonnière et le brûler ou l'enterrer. Les spores présentes dans des tissus de houblon à proximité peuvent être projetées sur des plants sains.

Une fois que les tiges palissées ont atteint 2 m de hauteur, supprimer ou enlever un mètre de feuillage et des branches latérales du bas pour favoriser la circulation de l'air. Une bonne circulation de l'air aura pour effet de réduire l'humidité et rendre l'environnement moins favorable à l'agent pathogène. De plus, elle peut également restreindre la capacité du pathogène à se propager dans la partie supérieure du feuillage. En Ontario, l'effeuillage doit être fait, car aucun produit n'est homologué au Canada pour l'effeuillage chimique du houblon. Il faut choisir la date et l'intensité de l'effeuillage avec soin, car il peut réduire les réserves de glucides dans les racines en limitant la photosynthèse, ce qui pourrait affecter le rendement au cours des saisons subséquentes.

Parmi les autres pratiques pouvant aider à contrer le mildiou, mentionnons la fertilisation contrôlée de l'azote, en limitant les apports aux besoins de la plante. Un excès d'azote pourrait favoriser la maladie. Éviter l'irrigation par aspersion, car cela augmente la durée de mouillage des feuilles.

Les traitements chimiques de prévention sont souvent nécessaires lorsque les conditions environnementales sont favorables au développement de la maladie. Rappelez-vous que la plupart des produits homologués pour le mildiou du houblon sont de nature préventive plutôt que curative, ce qui signifie qu'ils doivent être sur les plants avant l'infection. C'est la raison pour laquelle il est tellement important de surveiller les conditions météorologiques et d'appliquer les produits avant que les feuilles ne soient soumises à des périodes d'humidité prolongée. En outre, ces produits n'assurent pas une protection tout au long de la saison, tout particulièrement quand la maladie est très abondante, de sorte que les producteurs doivent être prêts à appliquer ces produits en rotation pendant toute la saison. Au moment de choisir les fongicides qui seront utilisés en rotation dans la lutte contre le mildiou du houblon, il est important de tenir compte des groupes auxquels les fongicides appartiennent (pour la gestion de la résistance), du délai de sécurité avant le retour au champ, du délai d'attente après récolte et du nombre de traitements autorisés par saison. Pour plus d'informations sur les produits homologués et les rotations, reportez-vous au journal Web ONspecialtycrops à www.onspecialtycrops.wordpress.com (en anglais seulement).


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