Les nématodes entomopathogènes ont un potentiel comme agents de lutte biologique contre la cécidomyie du chou-fleur

Mais leur utilisation au champ doit tenir compte des facteurs suivants : choix des nématodes, conservation et application

À l'heure actuelle, il n'existe pas de recommandations ou de méthodes de lutte efficaces contre la cécidomyie du chou-fleur pour les agriculteurs biologiques. Avec un accroissement de la demande des consommateurs pour des fruits et légumes cultivés biologiquement en Ontario, il est nécessaire d'élaborer des stratégies de lutte antiparasitaire et des protocoles opérationnels expressément définis pour les producteurs d'aliments biologiques. Notre projet de recherche, financé par le programme du MAAO-MAR « Nouvelles orientations de recherche », est axé sur l'évaluation d'une variété de tactiques de gestion potentiellement acceptables sur le plan biologique contre la cécidomyie du chou-fleur.

Figure 1 : Une larve de cécidomyie du chou-fleur qui se nourrit à la surface de la tête d'un légume en développement. Photo gracieuseté de Steve Marshall, Université de Guelph.

Figure 1 : Une larve de cécidomyie du chou-fleur qui se nourrit à la surface de la tête d'un légume en développement. Photo gracieuseté de Steve Marshall, Université de Guelph.

Figure 2 : Les dégâts d'alimentation causés par la cécidomyie du chou-fleur à des têtes de brocoli au début de leur formation donnent souvent un aspect froissé et torsadé aux feuilles qui entourent le légume en développement.

Figure 2 : Les dégâts d'alimentation causés par la cécidomyie du chou-fleur à des têtes de brocoli au début de leur formation donnent souvent un aspect froissé et torsadé aux feuilles qui entourent le légume en développement.

Nous avons étudié le potentiel de trois espèces de nématodes entomopathogènes à des fins de lutte biologique contre les stades vitaux vivant dans le sol de la cécidomyie du chou-fleur, à la fois dans le champ et en laboratoire. Les cécidomyies du chou-fleur sont présentes dans le sol lorsque les larves matures quittent la plante hôte pour s'enfouir dans le sol, former un cocon et se changer en pupes. La prochaine génération d'adultes émerge des pupes dans les 2 à 4 semaines qui suivent. Comme il peut y avoir 4 à 5 générations de larves et de pupes en même temps dans le sol pendant la saison de croissance, les agents de lutte biologique vivant dans le sol, comme les nématodes entomopathogènes, pourraient réduire les populations émergentes d'adultes et ainsi réduire le nombre de jeunes cécidomyies qui vont infester les plantes hôtes.

Les résultats d'expériences en laboratoire indiquent que les larves et les pupes de la cécidomyie du chou-fleur sont vulnérables à ces agents de lutte biologique (figure 3). Le nématode Heterorhabditis bacteriophora réduit davantage de cécidomyies du chou-fleur adultes émergeant du sol lorsque les températures sont plus élevées (20 ºC à 25 °C), alors que les nématodes Steinernema feltiae et Steinernema carpocapsae sont relativement plus efficaces à des températures plus basses (16 ºC à 20 ºC).

Figure 3 : (A) Des nématodes Heterorhabditis bacteriophora adultes qui sortent d'une pupe de cécidomyie infectée. (B) Les cécidomyies infectées par des nématodes Heterorhabditis bacteriophora présentent une coloration rouge foncé (i), tandis que celles qui sont infectées par les espèces Steinernema conservent leur couleur jaune (ii); elles semblent toutefois plus rigides que les larves non infectées (iii).

Figure 3 : (A) Des nématodes Heterorhabditis bacteriophora adultes qui sortent d'une pupe de cécidomyie infectée. (B) Les cécidomyies infectées par des nématodes Heterorhabditis bacteriophora présentent une coloration rouge foncé (i), tandis que celles qui sont infectées par les espèces Steinernema conservent leur couleur jaune (ii); elles semblent toutefois plus rigides que les larves non infectées (iii).

La réussite de la mise en œuvre des mesures de lutte antiparasitaire axées sur des nématodes dans le champ doit tenir compte d'un certain nombre de facteurs :

  • Types de préparations /milieux de conservation (pâtes, gels, granulés, etc.);
  • Conditions de conservation et d'application; et
  • Espèces et souches de nématodes.

Le temps de conservation des nématodes peut varier de 1 mois (pâtes) à 7 mois (granulés), tout dépendant du type de préparation. Les différentes espèces de nématodes nécessitent également différentes conditions de conservation. Les espèces du genre Heterorhabditis nécessitent des températures de conservation dans la plage de 10 °C à 15 °C et celles du genre Steinernema nécessitent des températures plus basses, de l'ordre de 4 ºC à 8 °C.

Lors de l'application, les nématodes sont très sensibles à la dessiccation et à la dégradation par la lumière ultraviolette. Il est possible d'augmenter de façon significative la survie des nématodes après l'application, en évitant les applications pendant les périodes de sécheresse et en procédant à des applications quand les conditions de luminosité sont faibles. Évitez de garder les nématodes dans des véhicules chauds. Les solutions de nématodes doivent être appliquées immédiatement après le mélange, car ceux-ci peuvent se noyer s'ils demeurent à l'intérieur des réservoirs de pulvérisation sans aération ou agitation pendant des périodes prolongées. Le taux d'application généralement requis pour réussir à réduire les populations de ravageurs est de 250 000 nématodes par m2, bien que des taux plus élevés soient parfois nécessaires.

L'espèce de nématode utilisée doit avoir la capacité d'infecter l'insecte ravageur ciblé. Le Steinernema carpocapsae, par exemple, est une espèce très efficace contre les larves de chenilles adaptées à vivre près de la surface du sol, tandis que le Heterorhabditis bacteriophora est très virulent contre les larves de coléoptères vivant dans le sol. Les applications doivent également être bien synchronisées, afin d'assurer qu'elles coïncident avec le moment où l'organisme visé est présent en grand nombre dans le sol. Certains insectes sont présents dans le sol tout au long de la saison, alors que d'autres passent seulement une partie de leur cycle vital dans le sol. Un excellent résumé de la biologie des nématodes entomopathogènes et de leur utilisation, y compris une liste assez complète des insectes vulnérables, a été préparé par le Dr David Shapiro-Ilan (USDA, Byron, Géorgie, USA) et le Dr Randy Gaugler (Université Rutgers, New Brunswick, New Jersey) (en anglais seulement).

Les souches de nématodes indigènes isolées localement peuvent offrir l'avantage d'être plus persistantes dans le sol comparativement à des souches importées, en raison de leur tolérance inhérente aux conditions environnementales locales. Les courtes distances à parcourir et le peu de temps consacré à l'expédition et à la manutention des souches produites localement contribuent également à réduire l'exposition des nématodes à des conditions de conservation sous-optimales pendant le transport, ce qui pourrait se traduire par des nématodes de meilleure qualité et plus virulents. Cependant, les nématodes sont tous sujets à une viabilité réduite, s'ils ne sont pas manipulés correctement. On peut vérifier la viabilité des nématodes avant l'application, en examinant visuellement un échantillon de nématodes dans un petit volume d'eau sous un microscope. Les nématodes vivants en bonne santé devraient se déplacer activement quand ils sont plongés dans l'eau.

Comprendre et respecter les pratiques d'utilisation optimales des nématodes entomopathogènes est important pour assurer le succès de ces agents de lutte biologique dans le champ. Nous vous communiquerons dans un prochain article les résultats et les recommandations découlant de nos essais sur l'efficacité de ces nématodes dans le champ.


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