Identification de la pourriture phytophthoréenne de la lavande en Ontario

Alors que la superficie de lavande produite en Ontario augmente, il est inévitable que de nouveaux insectes et animaux nuisibles commencent à apparaître dans les champs. Jusqu'à présent, les insectes et les animaux nuisibles pour la lavande n'ont pas entraîné de dommage financier important. Les punaises à quatre raies peuvent produire des produits de la lavande peu esthétiques ou non commercialisables, mais n'ont pas d'effet important sur la santé des plantes. La pourriture septorienne peut affaiblir les plants et entraîner un ralentissement de la croissance, mais ne tue cependant pas les plants de lavande. Dans d'autres régions où pousse la lavande, plusieurs maladies racinaires graves sont connues pour entraîner des dommages importants aux cultures ou leur destruction. Cela comprend le fusarium, la pourriture phytophthorréenne et le phomopsis de la lavande. Une de ces maladies, la pourriture phytophthorréenne a été décelée en Ontario.

Après des semaines de fortes pluies, un des sites où sont menés des essais de cultivars de lavande par la province a présenté en juillet une soudaine flétrissure du feuillage et la mort de plants de lavande âgés de 3 à 4 ans. Une zone d'environ 100 plants a été gravement atteinte (figure 1). Le site est caractérisé par un sol limoneux-sableux et un terrain plat. Le sol est couvert avec un paillis noir en plastique tissé (membrane géotextile) et une mince couche de copeaux de bois. En raison de l'excès de pluie et de l'absence d'une pente, il est possible que le sol soit resté saturé pendant de longues périodes.

igure 1. Une partie de la zone affectée par la pourriture phytophthoréenne dans un essai de cultivars mené par la province. Certains plants ont été complètement tués alors que d'autres ont été partiellement touchés.

Figure 1. Une partie de la zone affectée par la pourriture phytophthoréenne dans un essai de cultivars mené par la province. Certains plants ont été complètement tués alors que d'autres ont été partiellement touchés.

Les échantillons de plants envoyés au laboratoire à des fins de diagnostic ont révélé la présence de Phytophthora cactorum et de Phytophthora nicotianae. En 2012, une pourriture semblable avait été identifiée dans une autre exploitation de lavande ontarienne, mais n'avait touché que quatre plants dans un rang. Phytophthora cactorum avait également été isolé dans ces plants, et on a plus tard confirmé qu'il avait entraîné l'affaissement des semis lors d'une expérience en serre. On a rapporté que Phytophthora nicotianae avait causé la pourriture de la lavande dans d'autres régions. Il est possible que les deux espèces de Phytophthora soient concernées.

Le Phytophthora appartient à un groupe d'organismes semblables à des champignons, appelés oomycètes ou champignons aquatiques. Les espèces de Phytophthora préfèrent les conditions très humides et peuvent se répandre très rapidement grâce à des spores capables de nager lorsque le sol est saturé. Le mildiou de la pomme de terre, la cause de la famine en Irlande, est causé par une espèce de Phytophthora. Phytophthora cactorum cause le pourridié dans un large éventail de cultures principalement pérennes comme le ginseng, les fraises et les espèces fruitières. Phytophthora nicotianae cause le pourridié sur certaines cultures et plantes ornementales appartenant à la famille des pommes de terre et du tabac (p. ex., la tomate, le tabac et le pétunia). La culture de la lavande sur des terres où ces cultures ou plantes ornementales ont déjà été cultivées peut accroître le risque. Cependant, l'agent pathogène peut produire des spores capables de survivre à long terme qui resteront dans le sol plusieurs années. La maladie peut également se répandre en plantant des plants contaminés.

La pourriture phytophthoréenne peut ressembler à la destruction hivernale puisque certaines branches du plant peuvent être touchées, alors que d'autres restent saines (figure 2). Cependant, la pourriture phytophthoréenne entraînera l'affaissement soudain du tissu vert durant la saison de la croissance, alors que les plants touchés par la destruction hivernale apparaissent endommagés après l'hiver. Elle est plus susceptible d'apparaître après de fortes pluies et des températures douces. Plusieurs des plants de l'essai de cultivars qui sont touchés par la maladie présentent encore quelques branches non atteintes. Il est possible que certains des plants puissent se rétablir de la maladie si des conditions très humides ne se reproduisent pas.

Figure 2. Les symptômes de la pourriture phytophthoréenne apparaissent sous la forme de tissus verts s'affaissant soudainement et qui s'assèchent rapidement. Certaines sections du plant peuvent rester saines, du moins au début.

Figure 2. Les symptômes de la pourriture phytophthoréenne apparaissent sous la forme de tissus verts s'affaissant soudainement et qui s'assèchent rapidement. Certaines sections du plant peuvent rester saines, du moins au début.

L'expérience limitée avec cette maladie en Ontario, ainsi que les observations réalisées dans d'autres régions suggèrent que cette maladie apparaît seulement en présence de conditions hautement favorables à son développement. Elle peut passer inaperçue pendant des années avant de soudainement tuer des plants en présence de conditions très humides.

Aucun produit classique ou biologique n'est homologué pour le contrôle des maladies racinaires de la lavande. Le meilleur moyen de contrôler la maladie est d'éviter en premier lieu son développement. Alors que des recherches sont nécessaires pour en apprendre plus sur cette maladie en Ontario, certaines stratégies peuvent vraisemblablement réduire les chances de la voir se développer :

  1. Assurez un bon drainage du sol. La maladie peut se développer même sur un sol limoneux-sableux si le terrain est plat et que l'eau ne peut pas s'écouler lorsque survient une pluviosité excessive. Une pente douce est bénéfique pour enlever l'eau stagnante autour des plants. Un drainage au moyen de tuyaux peut être nécessaire même dans des sols bien drainés afin d'éliminer rapidement l'excès d'eau.
  2. Si possible, évitez de faire pousser de la lavande sur des sites où ont précédemment des cultures horticoles pérennes ou des cultures de la famille des pommes de terre.
  3. Ne pas replanter des sites qui ont été affectés par la maladie avec de la lavande. Si des conditions très humides surviennent à nouveau, la maladie réapparaîtra.
  4. Assurez-vous d'acheter des plants où la maladie n'est pas présente. Évitez de ramasser des boutures provenant de régions infestées d'un champ puisque des spores peuvent être présentes sur la matière végétale.
  5. Évitez de trop fertiliser. Des plants bien fertilisés peuvent mieux se défendre contre les agents pathogènes, mais la lavande n'a besoin que d'une petite quantité d'engrais azoté. Une fertilisation trop grande avec des engrais, des fumiers ou des composts synthétiques peut entraîner des flambées de croissance qui sont plus vulnérables à la pourriture phytophthoréenne. Évitez d'ajouter plus de 50 kg/ha d'azote chaque saison.
  6. Faites un dépistage régulier dans les champs pour d'éventuels problèmes d'insectes ou d'animaux nuisibles. Si la maladie apparaît sur un plant, enlevez le plant touché et les plants avoisinants, lesquels peuvent déjà être infectés même s'ils ne présentent pas de symptômes de la maladie. Réglez tous les problèmes de drainage dans la zone.

Les deux sites où la maladie est apparue avaient du paillis de plastique ou de tissu autour des plants. Il est possible que le paillis réduise le séchage du sol et contribue à accroître le risque de maladie. Cependant, il peut aussi entraîner des avantages importants en matière d'économies de main-d'œuvre et de croissance des plants. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour déterminer l'effet des paillis sur le développement de la maladie.

Les cultivateurs conventionnels de lavande ont l'option de faire subir une fumigation aux sols. La fumigation peut grandement réduire l'inoculum dans le sol, mais ne peut stériliser complètement le sol. Pour connaître les fumigants dont l'utilisation est homologuée pour la lavande, consultez un spécialiste du MAAO et du MAR. Certains cultivars peuvent être moins vulnérables à la maladie. Puisque la maladie est apparue dans un essai de cultivars, une notation de la gravité de la maladie dans les différents cultivars sera réalisée cet automne, mais il est vraisemblable que des recherches supplémentaires seront nécessaires afin de déterminer les cultivars les moins vulnérables, le cas échéant.

Si vous soupçonnez la présence d'une maladie de la lavande transmissible par le sol en Ontario, veuillez communiquer avec Sean Westerveld, spécialiste de la culture du ginseng et des herbes médicinales, MAAO et MAR.


Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca