Quand le vent souffle trop fort pour les pulvérisations à jet porté

L'utilisation d'un pulvérisateur à jet porté s'avère parfois complexe au printemps. En effet, dans le meilleur des cas, la culture (à savoir bleuet en corymbe, vigne ou tiges fructifères) ne présente guère que des bourgeons ou de petites feuilles, si bien qu'il y a très peu de surface à couvrir lors des applications foliaires. Quoi qu'il en soit, le volume des pulvérisations doit être suffisant pour compenser les pertes dues au vent, inéluctables ou presque en l'absence de feuillage pour en ralentir la dérive. Ces facteurs contradictoires doivent être équilibrés si l'on veut obtenir une couverture suffisante de la culture tout en minimisant la dérive du brouillard de pulvérisation en amont.

Deux outils vous aideront à prendre les bonnes décisions. Le premier est le papier hydrophile et le second, quelques bandes de ruban de signalisation de 25 cm de longueur.

J'ai récemment étalonné un pulvérisateur Durand Wayland de 1 890 L (500 gallons américains) avec un ventilateur de 81 cm (32 po) et sa tour. Nous traitions un verger très dense de pommiers de trois ans. Le producteur pulvérisait 477 L/ha (52 gallons américains par acre) de produit, le ventilateur réglé à bas régime. Les arbres mesuraient 2,75 m (9 pi) de hauteur et leur pourtour à l'aplomb de la ramure était de 0,9 m (3 pi).

Nous avons installé deux feuilles de papier hydrophile plaquées l'une à l'autre à quatre endroits : au faîte de l'arbre, de chaque côté de celui-ci, à sa partie la plus large, et à son pied, fichées au sol avec un drapeau de signalisation. Pareille disposition donnera de bons résultats, peu importe la culture. Ensuite, nous avons attaché quelques bandes de 25 cm de ruban de signalisation dans l'arbre pour voir si l'air émanant du pulvérisateur arrivait à combattre le vent.

Rappelez-vous qu'une couverture de 20 % suffit pour la majorité des applications d'insecticides et de fongicides, puis examinez la figure 1. Remarquez que les cartes face au vent (identifiées par la lettre W) ont reçu une quantité excessive de pesticide (couverture de 100 %). Celle qui n'a été pulvérisée qu'à 1 % se trouvait dans une « zone morte » où il n'y avait pas d'air, ou très peu, pour transporter le brouillard jusqu'à cette hauteur, dans l'arbre. Le problème nous est apparu quand nous nous sommes aperçus que le ventilateur ne repoussait pas le ruban de signalisation dans le vent à cet endroit. Nous nous sommes aussi rendus compte qu'une bonne partie des pulvérisations dérivait en aval durant l'application. Nous en avons conclu que leur volume était beaucoup trop important pour ce travail.

Figure 1 - Pulvérisation de 477 L/ha (52 gallons américains par acre) avec un vent soufflant à 7 km/h.

Figure 1 - Pulvérisation de 477 L/ha (52 gallons américains par acre) avec un vent soufflant à 7 km/h. Couverture excessive en aval (W) et trou manifeste dans la couverture.

Nous avons donc réduit le débit à 262 L/ha (28 gallons américains par acre) et essayé de résoudre le problème de la carte intacte en recourant à des buses à admission d'air à cet endroit (voir la figure 2). Les buses à admission d'air misent plus sur la pression que sur l'air ambiant pour acheminer le produit pulvérisé jusqu'à la culture, mais il s'ensuit une légère diminution de la couverture.

Figure 2 - Pulvérisation de 262 L/ha (28 gallons américains par acre) avec un vent soufflant à 10 km/h.

Figure 2 - Pulvérisation de 262 L/ha (28 gallons américains par acre) avec un vent soufflant à 10 km/h. Couverture toujours excessive en aval (W) et trou manifeste dans la couverture.

Nous étions déjà plus tard dans la matinée et le vent avait forci pour atteindre 10 km/h. La carte enduite à 4 % montre combien le pulvérisateur peinait contre le vent, même quand la cible se trouvait immédiatement à côté de la buse. Le ruban de signalisation le démontrait encore une fois, suggérant soit que nous interrompions les pulvérisations pour la journée (sage décision quand le vent souffle à 10 km/h), soit que nous augmentions le régime du ventilateur afin qu'il produise plus d'air. Puisqu'il s'agissait d'un essai et que nous ne pulvérisions que de l'eau, c'est ce que nous avons fait.

Le vent soufflait alors à 12 km/h, ce qui, à mon avis, est trop pour des pulvérisations à jet porté. Dans une telle situation, l'appareil réussira ou pas à assurer une couverture adéquate, mais la dérive s'avérera beaucoup trop importante. La figure 3 indique la couverture obtenue avec le ventilateur réglé à plein régime. Le côté en amont reçoit toujours trop de pulvérisations, mais les autres cibles en obtiennent la quantité idéale.

Figure 3 - Pulvérisation de 262 L/ha (28 gallons américains par acre) avec un vent soufflant à 12 km/h.

Figure 3 - Pulvérisation de 262 L/ha (28 gallons américains par acre) avec un vent soufflant à 12 km/h. Couverture toujours excessive en aval (W), mais l'usage d'une buse creuse à admission d'air et le réglage du ventilateur à plein régime ont rehaussé la couverture. Une bonne partie des pulvérisations ont été perdues en amont à cause de la vitesse plus élevée et de la force du vent.

Conclusions

  • Attachez des bandes de ruban de signalisation de 25 cm au feuillage pour voir si le ventilateur du pulvérisateur pousse l'air jusqu'à la cible et parvient à combattre le vent. On compensera ce dernier en augmentant ou réduisant le régime du ventilateur, ou en accroissant ou diminuant la vitesse d'avancement, mais cela pourrait nécessiter un nouvel étalonnage.
  • Vérifiez la couverture avec du papier hydrophile. Pour la plupart des applications, la couverture minimale est de 15 à 20 % et elle doit être uniforme (~85 gouttes par cm2).
  • Sachez quand augmenter le régime du ventilateur et quand il vaut mieux ranger l'équipement et attendre que le vent se calme (habituellement autour de 10 km/h).

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