L'utilité des racines de cultures de couverture

Les cultures de couverture ont suscité beaucoup d'intérêt au cours de la dernière année, particulièrement comme source de fourrages ou de pâturage pour le bétail. Cependant, cette plus grande utilisation soulève certaines questions sur ce qu'on perd en matière de possibilités d'amélioration du sol lorsqu'on élimine la plupart des parties aériennes.

C'est ce que suggérait Dan Towery, un chercheur sur les cultures de couverture bien connu aux États-Unis, qui a affirmé à la réunion sur les cultures de couverture à Altoona en Iowa, « que la partie souterraine des cultures de couverture est peut-être plus importante que la partie aérienne ». Et bien, selon moi, il n'y a aucun doute là-dessus. Alors que la croissance aérienne (les feuilles et les tiges) est indispensable à la protection de l'érosion, les racines sont probablement plus importantes lorsqu'on évalue attentivement les avantages associés aux cultures de couverture.

Les racines des cultures de couverture contribuent à la structure de sol. Les racines elles-mêmes dégagent des exsudats, c.-à-d. des hydrates de carbone complexes, des sucres et d'autres substances. Ces composés agissent comme de la colle, en liant les particules du sol ensemble. La rhizosphère ou la zone des racines est au cœur de l'activité microbienne, et les sucres nourrissent et soutiennent la vie du sol, laquelle assure en retour la structure du sol.

Regardons maintenant de plus près la zone des racines. On constate sans surprise que les racines des cultures de couverture sont réellement différentes de la croissance aérienne. On parle souvent du ratio carbone/azote de la culture de couverture dans ses parties supérieures selon qu'il favorisera la fixation de l'azote, ou son recyclage. De façon générale, les ratios carbone/azote qui se situent autour de 25:1, soit entre 20 :1 et 30 :1 ou moins,vont permettre un relativement bon recyclage de l'azote. On observe de tels ratios dans les jeunes graminées en croissance comme le blé et le seigle; mais, à mesure que les graminées se développent, elles déposent davantage de carbone ainsi que des substances plus résistantes comme la lignine, et les ratios carbone/azote passent à 60 :1. La dégradation de la paille de céréale contribue à fixer l'azote.

Retournons maintenant aux racines. Les ratios carbone/azote des racines de cultures de couverture sont supérieurs à ceux de la partie aérienne. C'est logique, car les racines sont habituellement un organe de stockage pour la plante, ce qui fait que des molécules plus complexes de carbone s'y retrouvent. Le ratio carbone/azote des racines ne change pas avec la profondeur dans le sol, et varie plutôt selon la culture et le stade de croissance de cette dernière. Habituellement, si les cultures de couverture sont encore immatures et que leur végétation est abondante, le ratio carbone/azote se situera à l'intérieur du seuil de 25:1 et les aliments nutritifs seront facilement recyclés. Toutefois, à mesure que la culture de couverture se développe, cette situation évolue et les différences entre les espèces deviennent plus apparentes. Par exemple, les brassicacées comme le radis oléagineux et le canola,ainsi que les graminées comme le blé ou le seigle, peuvent avoir un ratio carbone/azote aussi élevé que 40 ou 45:1. Par contre, les légumineuses comme les pois ont un ratio carbone/azote inférieur à 20:1.

Alors qu'est-ce que tout cela signifie en réalité? Cela veut dire que les racines des brassicacées et des graminées ne se dégradent pas aussi facilement, ce qui explique certaines observations réalisées au champ. Pourquoi les racines des pois semblent-elles disparaître rapidement? Pourquoi n'accorde-t-on pas un solde d'azote aux pois utilisés comme cultures de couverture? Les pois utilisés en culture de couverture se décomposent rapidement et dégagent de l'azote trop tôt en saison pour être vraiment utiles dans une culture de maïs. Cette observation confirme le concept de mélange des espèces utilisées en culture de couverture, qui permet de créer une meilleure couverture dans l'ensemble du champ. En d'autres mots, on utilise des graminées et desbrassicacéesauxquelles on ajoute une légumineuse pour compléter le système.

Et qu'en est-il du bénéfice net associé aux cultures de couverture? Si vous avez besoin de fourrages ou que vous avez l'occasion de vendre la culture de couverture comme fourrage ou pâturage, ce n'est pas une perte totale. Les racines de la culture de couverture seront encore là, et elles sont plus importantes que la partie aérienne dans le maintien de la structure du sol.

Excellente structure du sol, même dans le cadre d'une culture intensive de légumes basée sur une rotation des cultures, après huit ans de cultures de couverture chaque année.

Excellente structure du sol, même dans le cadre d'une culture intensive de légumes basée sur une rotation des cultures, après huit ans de cultures de couverture chaque année.


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