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Conditions humides : Problèmes courants dans les herbes médicinales et culinaires

 

Avec les conditions humides qui ont prévalu au cours de la dernière année, plusieurs maladies se sont manifestées sur des cultures qui, jusqu'à présent, n'avaient pas eu d'importants problèmes de maladies. Dans le cas de cultures à faibles superficies, comme les herbes médicinales et culinaires, il existe peu d'information sur les maladies et désordres pouvant les affecter. De plus, les agriculteurs possèdent peu d'options de lutte chimique. Néanmoins, il existe des stratégies culturales qu'on peut déployer pour minimiser l'impact de ces maladies.

Maladies foliaires

Brûlures et taches de la feuille

Les longues périodes d'humidité sur les feuilles peuvent entraîner différents types de brûlures et de taches de la feuille. Les maladies foliaires sont causées par plusieurs espèces de bactéries et champignons. Pour identifier adéquatement l'agent pathogène, un microscope et un diagnosticien d'expérience sont souvent requis. Néanmoins, les méthodes de lutte culturale pour minimiser ces maladies sont les mêmes que dans le cas de la plupart des cultures. Plusieurs des maladies foliaires sont causées par un petit nombre d'espèces de champignons. La brûlure alternarienne de la feuille est une maladie commune chez bon nombre de cultures et elle est généralement causée par différentes espèces d'Alternaria selon la culture. Parmi les maladies alternariennes connues chez les herbes médicinales et culinaires, mentionnons à titre d'exemple la brûlure alternarienne du basilic (figure 1), la brûlure alternarienne du ginseng et la brûlure alternarienne de la mélisse citronnelle. Le symptôme le plus courant d'une lésion occasionnée par les maladies alternariennes est la présence d'un anneau concentrique avec un halo jaune (figure 2). Les symptômes peuvent toutefois grandement varier d'une culture à l'autre. Les autres champignons responsables de brûlures et de taches de la feuille sont le Cercospora, le Septoria (figure 3), le Colletotrichum (l'anthracnose) et le Botrytis. Les brûlures cercosporiennes affichent de petites lésions rondes avec des marges distinctes, alors que les brûlures septoriennes sont de formes variables, mais contiennent souvent de petits organes fructifères noirs appelés pycnides. Les lésions foliaires peuvent aussi être causées par des brûlures bactériennes (figure 4).

Figure 1. Brûlure alternarienne sur des feuilles de basilic.

Figure 1. Brûlure alternarienne sur des feuilles de basilic.

Figure 2. Lésion de brûlure alternarienne sur une feuille de ginseng

Figure 2. Lésion de brûlure alternarienne sur une feuille de ginseng. Noter le motif en forme de cercle entouré d'un halo jaune.

Figure 3. Tache septorienne sur une feuille de persil frisé

Figure 3. Tache septorienne sur une feuille de persil frisé. Un examen rapproché des taches révèle de petits points noirs qui sont en réalité des pycnides, les structures qui produisent les spores du champignon.

Figure 4. Brûlure bactérienne sur un plant de coriandre

Figure 4. Brûlure bactérienne sur un plant de coriandre. Les symptômes de la brûlure bactérienne ressemblent beaucoup à ceux de la tache cercosporienne.

Oïdium

L'oïdium figure parmi les maladies les plus faciles à reconnaître chez les plantes. Même si elles peuvent être causées par plusieurs différentes espèces de champignons, les symptômes sont très similaires. En premier lieu, les lésions sont petites et jaunes, puis, de façon générale, la feuille entière développe rapidement une apparence givrée (figure 5) pour devenir jaune et éventuellement mourir. Les spores du pathogène responsable sont dispersées dans le champ et d'un champ à l'autre principalement par le vent, mais peuvent aussi être véhiculées avec la machinerie et les travailleurs agricoles.

Figure 5. Oïdium sur un plant de sauge.

Figure 5. Oïdium sur un plant de sauge. Malgré les différentes espèces de champignon sur différentes cultures, les symptômes de l'oïdium sont très similaires d'une culture à l'autre.

Autres maladies foliaires

Le mildiou figure parmi les maladies les plus dévastatrices et qui se répandent très rapidement. Malgré sa prévalence, cette maladie n'est pas une maladie commune chez les herbes médicinales et culinaires de l'Ontario. Les brûlures phytophtoriennes sont aussi des maladies dévastatrices et surviennent quand les conditions sont humides. Ces maladies sont très spécifiques aux cultures et sont souvent associées aux pourritures de la racine.

Pourritures de la racine

Les conditions humides peuvent aussi favoriser le développement des maladies de la racine. Les racines peuvent mourir après être demeurées dans un sol saturé d'eau pendant une période prolongée. De plus, les sols humides peuvent aussi favoriser les champignons pouvant causer la mort du système racinaire en entier ou en partie. Parmi les symptômes courants des pourritures de la racine, citons le jaunissement et le flétrissement des feuilles, d'une partie de la plante ou de la plante entière (figure 6). La pourriture de la racine est souvent causée par plusieurs différentes espèces de champignons, dont le Pythium qui est souvent responsable de la fonte des semis, le Fusarium, le Phytophthora et le Rhizoctonia. Contrairement aux maladies foliaires, il est très difficile d'identifier la cause d'une maladie racinaire uniquement d'après les symptômes.

Figure 6. Plants de coriandre flétris dû à une maladie de la racine.

Figure 6. Plants de coriandre flétris dû à une maladie de la racine. En général, le plant entier s'affaisse, surtout durant les périodes chaudes de la journée alors que les racines ne peuvent pas approvisionner la partie supérieure de la plante en eau. Ces symptômes sont typiques des champignons Pythium ou Rhizoctonia.

Autres problèmes attribuables aux conditions humides :

Moisissure blanche

La moisissure blanche est causée par le champignon Sclerotinia sclerotiorum. En général, la maladie apparaît d'abord sous forme de taches détrempées sur les parties succulentes de la plante comme les jeunes tiges et les groupes de feuilles denses (figure 7). Une moisissure blanche et duveteuse se manifeste souvent sur les lésions détrempées. Sur les lésions plus vieilles, des structures noires et dures vont apparaître à la surface de la moisissure. En général, la maladie se développe quand les conditions sont humides et sur les parties protégées de la plante. Pour que la maladie se développe, le couvert végétal de la plante doit être dense, à moins que les conditions humides prévalent pendant de longues périodes.

Figure 7. Moisissure blanche sur un plant de basilic causée par Sclérotinia.

Figure 7. Moisissure blanche sur un plant de basilic causée par Sclérotinia. Ces plants ont été attaqués le long de la tige, donnant lieu à un affaissement du plant entier. La moisissure blanche a été identifiée sur des portions de la tige.

Pourriture molle bactérienne

Les maladies bactériennes sont très courantes quand les conditions humides prévalent. La pourriture molle affectionne les parties végétales succulentes, principalement les parties qui comportent des tissus morts, les parties endommagées ou les parties protégées de la plante qui demeurent très humides. La majorité des pourritures poisseuses qui se développent sur les plantes sont causées par des bactéries.

Limaces

Les limaces peuvent rapidement se reproduire dans des conditions humides. Les dommages qu'elles causent se manifestent par des trous dans les feuilles, sans toutefois occasionner les marges caractéristiques des maladies foliaires de couleur jaune et brune (figure 8). Quand les limaces sont responsables de dommages chez les plantes, on peut souvent les trouver cachées dans un endroit abrité et humide non loin à la surface du sol durant le jour, alors que la nuit, elles sortent pour se nourrir.

Figure 8. Dégâts causés par des limaces sur un plant de ginseng.

Figure 8. Dégâts causés par des limaces sur un plant de ginseng.


Quelle que soit la cause de la maladie, il y a plusieurs stratégies qu'un agriculteur peut mettre en œuvre pour limiter les dégâts.

  1. Semer des variétés moins vulnérables. Il y a souvent une grande variation parmi les variétés en ce qui concerne la sensibilité de la plante à certaines maladies. En choisissant une variété avec une résistance plus élevée dès le départ, vous pouvez éviter plusieurs problèmes pendant le développement de la plante. Dans certains cas, on peut obtenir de l'information sur la sensibilité d'une variété ou d'un cultivar à l'égard de certaines maladies auprès du fabriquant de semences. Quand cette information n'est pas disponible, des essais à la ferme sur petites parcelles peuvent être menés afin de déterminer la meilleure variété dans votre région. Dans le cas de certaines cultures, il est possible que des variétés différentes ne soient pas disponibles, mais en raison de la variabilité génétique à l'intérieur d'une espèce, certaines plantes dans le champ pourraient être plus résistantes à la maladie que d'autres. Si vous avez à prélever des semences ou des boutures, concentrez-vous sur ces spécimens.
  2. Réduire l'humidité au niveau des feuilles. La plupart des champignons responsables des maladies foliaires peuvent uniquement infecter la plante quand les spores se posent sur celle-ci et qu'il y a de l'humidité à la surface des feuilles pendant une longue période. La meilleure stratégie pour réduire une maladie foliaire est de réduire l'humidité au niveau du feuillage. Une circulation d'air peu rapide dans le couvert végétal se traduit par une teneur en humidité plus élevée au niveau de la plante, et le feuillage reste humide plus longtemps après une pluie ou une rosée. En augmentant la circulation d'air, il est possible de réduire la maladie. Pour améliorer la circulation d'air, éviter les semis serrés et les espacements étroits, semer dans des endroits plus exposés et où la circulation d'air est continue et tailler les plants selon leur potentiel une fois que le couvert se rejoint, si c'est possible. Un couvert végétal moins dense peut aussi accroître l'assèchement de la surface du sol et réduire les pourritures de la tige, du collet ou des racines. Un peuplement moins élevé va également contribuer à réduire la dispersion des champignons du sol d'une plante à l'autre et les problèmes de limaces.
  3. Assainissement. La majorité des maladies foliaires produisent des spores pouvant être dispersées par le vent et/ou transportées dans les champs avec les vêtements et la machinerie. Les maladies de la racine produisent des spores ou autres structures pouvant être transportées dans les allées avec les bottes et la machinerie agricole. Quand une maladie est présente dans le champ, il faut prendre soin de minimiser le déplacement de la machinerie ou des travailleurs agricoles dans le champ, particulièrement quand le sol ou les feuilles sont humides. Il est aussi conseillé de nettoyer et d'assainir la machinerie et les bottes quand il faut se déplacer d'une zone où la maladie est présente vers une zone exempte de maladie. Si la maladie est localisée à quelques plants, on peut arracher ces derniers et les détruire pour réduire la quantité de spores pouvant être relâchées dans le reste du champ. Il est également important d'incorporer les résidus non longtemps après la récolte pour assurer qu'il ne reste pas de tissus vivants sur lesquels les champignons pourraient survivre.
  4. Fertilisation adéquate. Une bonne fertilité aide la plante à se défendre des maladies. La sous-fertilisation peut affaiblir la capacité de la plante à développer ses moyens de défense contre les attaques d'agents pathogènes. D'un autre côté, la sur-fertilisation peut favoriser la croissance succulente de la plante, la rendant ainsi plus vulnérable aux infections. De plus, la sur-fertilisation se traduit par une croissance excessive du feuillage, augmentant ainsi le degré d'humidité dans le couvert végétal et le développement de la maladie.
  5. Drainage. La majorité des champignons responsables des pourritures de la racine sont favorisés par les sols humides. L'humidité accrue du sol augmente l'humidité du couvert végétal et encourage les maladies foliaires. Par conséquent, l'élimination rapide de l'eau du champ contribue à réduire plusieurs des problèmes liés aux pourritures de la racine. Le drainage au moyen de tuyaux est la meilleure méthode pour éliminer l'eau du sol. Les agriculteurs devraient s'assurer que le champ comporte un bon drainage avant de semer une culture sensible. Examiner les champs pour trouver les endroits où l'eau s'accumule et les endroits par où elle s'écoule du champ. L'amélioration du drainage à ces endroits va contribuer à réduire le développement des pourritures de la racine et leur dispersion aux autres parties du champ. Le sous-solage peut également être utilisé pour briser la semelle de labour et permettre à l'eau de se drainer plus rapidement.
  6. Gestion de l'irrigation. Bien choisir le moment de l'irrigation est essential pour minimiser les maladies foliaires. Dans la mesure du possible, éviter l'irrigation par aspersion quand les périodes d'humidité des feuilles risquent d'être prolongées. Un arrosage tôt le matin, alors que les feuilles sont déjà humides en raison de la rosée, va réduire la durée d'humidité des feuilles. L'irrigation goutte à goutte est idéale, car il est ainsi possible de maintenir l'humidité du sol sans augmenter l'humidité des feuilles.


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