Le petit perceur du pêcher a pris son envol


Le MAAARO évalue actuellement plusieurs types de pièges générateurs de confusion sexuelle pour la lutte contre les perceurs du pêcher (deux espèces), et il les compare avec les modes conventionnels de lutte à l'aide d'insecticides (projet allant de 2007 à 2009 dans la région de Niagara). Pour ce faire, on a donc installé des pièges à phéromones pour le (grand) perceur du pêcher et le petit perceur du pêcher. On a capturé les premiers petits perceurs le vendredi 6 juin 2008 (environ deux semaines plus tard qu'en 2006 et 2007). Si vous vous intéressez à la lutte contre ces insectes, lisez ce qui suit.

Le (grand) perceur (Synanthedon exitiosa, figure 1) et le petit perceur (S. pictipes, figure 2) sont deux espèces qui s'attaquent aux pêchers. Dans les deux cas, les adultes ont des ailes transparentes bordées de marques noires très visibles et un abdomen noir brillant à bandes jaunes peu prononcées. Ils volent pendant la journée et on les prend souvent pour des guêpes. Bien que ces insectes soient très beaux, leurs larves peuvent produire des dommages considérables dans les plantations d'arbres fruitiers si on ne fait rien pour lutter contre elles.

 

Figure 1. Adulte de (grand) perceur du pêcher, noter les ailes transparentes

Figure 1. Adulte de (grand) perceur du pêcher, noter les ailes transparentes. Les mâles adultes ont une envergure de 25 à 28 mm. Les mâles ont des bandes jaunes peu prononcées sur les troisième, quatrième, cinquième et sixième segments abdominaux.

Figure 2. Adulte de petit perceur du pêcher dans un piège.

Figure 2. Adulte de petit perceur du pêcher dans un piège. Les mâles adultes ont une envergure de 15 à 23 mm. Ils ont des bandes jaunes peu prononcées sur les deuxième et quatrième segments abdominaux. Il peut être difficile de voir les bandes sur des spécimens pris au piège. L'examen (à la loupe) des écailles situées sous les antennes et devant les yeux montre des taches claires.

Le petit perceur du pêcher et le (grand) perceur du pêcher sont des ravageurs fidèles à un lieu. Les données historiques suggèrent que le grand perceur est plus commun dans la région de Niagara et le petit perceur dans Essex et Kent, mais il peut exister des populations mixtes. Des travaux récents effectués dans la région de Niagara montrent que les populations de petit perceur causent davantage de dommages économiques dans certaines plantations de pêchers. Les dégâts sont provoqués par les larves qui se nourrissent des tissus calleux formés par le cambium qui entoure et recouvre les lésions. Ce faisant, elles affaiblissent le système de défense naturel de l'arbre, exacerbent les lésions existantes et permettent la pénétration d'autres ravageurs ou pathogènes. Si on n'intervient pas, le tronc et les branches peuvent être encerclés et étouffés, ce qui peut entraîner leur mort.

Les perceurs s'attaquent habituellement aux racines et au tronc des arbres, près du niveau du sol (bien que je les aie déjà trouvés sur le tronc et occasionnellement dans ces chancres des branches charpentières). Ils semblent être plus fréquents dans les jeunes plantations où l'infestation des tiges par une seule larve peut tuer l'arbre. Pour s'établir, les larves du petit perceur du pêcher profitent des lésions subies précédemment par les tissus végétaux (chancres, cicatrices d'émondage, blessures dues à l'hiver et autres dommages produits par des insectes). On les trouve sous l'écorce des branches, branches charpentières ou troncs blessés, et elles sont souvent associées aux chancres. L'infestation est révélée par la présence de sciure (excréments) au niveau du sol, dans les chancres ou autour. Cette sciure se présente sous la forme de graines angulaires brun rouille souvent mêlées à un suintement dans les chancres (figure 3). Si l'on creuse autour de la sciure et du suintement, on trouve souvent une larve qui se nourrit (figure 4). En cette saison, les adultes commencent à émerger et il n'est pas rare de trouver des pupes ou des coques de nymphose qui dépassent des parties endommagées.

Figure 3. Sciure et suintement dans un chancre.

Figure 3. Sciure et suintement dans un chancre.

Figure 4. Larve de perceur du pêcher

Figure 4. Larve de perceur du pêcher.

Les deux espèces ont des caractéristiques biologiques générales semblables. Toutes deux hivernent sous la forme de larves qui terminent leur développement au printemps ou à l'été suivant avant d'émerger sous la forme d'adultes. Cependant le petit perceur du pêcher peut hiverner sous n'importe quelle forme allant d'une minuscule larve de deuxième instar à une grosse larve de sixième instar. Comme les larves de cette espèce peuvent hiverner à différents stades de développement, l'émergence des adultes n'est pas synchrone et peut s'étaler sur une très longue période allant de la fin mai à la fin septembre, sans qu'on puisse observer de pic. Pour ce qui est du grand perceur, le suivi effectué dans la région de Niagara montre que les adultes émergent plus tard que ceux du petit perceur, généralement vers le début de juillet ou la mi juillet, et ils continuent de voler jusqu'en septembre. On n'observe pas toujours de pic. Les adultes s'accouplent peu après avoir émergé et les femelles pondent un peu plus tard. Une seule femelle peut produire des centaines d'œufs qui éclosent au bout de sept à dix jours, selon les conditions météorologiques, puis les larves commencent à se nourrir sous l'écorce.

On trouve dans le commerce des pièges à phéromones pour les deux espèces, qu'on doit placer dans la plantation à la mi mai, avant la date prévue du début de l'envol. Si vous ne savez pas quelle est l'espèce qui domine dans votre plantation, les pièges vous permettront aussi de déterminer la date de vos épandages d'insecticides. On doit pendre les pièges destinés au petit perceur du pêcher dans l'arbre à environ 1,5 m du sol, là où la plupart des accouplements ont lieu. Les pièges destinés au (grand) perceur du pêcher doivent être placés plus bas sur l'arbre. La phéromone des pièges à petit perceur est spécifique et ne devrait pas attirer les autres espèces; (par contre, celle des pièges à grand perceur attire également la sésie du cornouiller et certains autres perceurs). Cela dit, il est essentiel de bien identifier les insectes que l'on capture parce que les pièges à phéromones peuvent attirer accidentellement d'autres papillons ou insectes (figure 5).

Figure 5. Taille relative du (grand) perceur du pêcher, du petit perceur du pêcher et de la sésie du cornouiller (ravageur des pommiers).

Figure 5. Taille relative du (grand) perceur du pêcher, du petit perceur du pêcher et de la sésie du cornouiller (ravageur des pommiers).

On épand généralement les insecticides peu après le début de l'envol (pour les deux espèces), de façon à faire coïncider le traitement avec l'éclosion des œufs (et non avec le maximum d'activité), sept à dix jours après la capture des premiers adultes dans les pièges à phéromones. Thiodan, Thionex (endosulfan) (jusqu'à trois épandages) et Sevin (carbaryl) sont homologués pour la lutte contre le petit perceur du pêcher; on doit s'assurer d'une couverture complète du tronc et des branches charpentières. Thiodan et Thionex sont homologués pour le (grand) perceur du pêcher. À noter qu'une bonne couverture est essentielle parce que les femelles cherchent les lésions, même très petites, et que les larves sont protégées une fois qu'elles ont pénétré dans l'arbre. Une lance de pulvérisation peut convenir aux petites plantations; on peut également employer un pulvérisateur à jet porté avec les buses inférieures ouvertes, un grand volume d'eau et une faible vitesse de déplacement. Effectuer deux ou trois traitements à intervalle de cinq à dix jours dans les zones où ces ravageurs ont déjà exercé une forte pression, ces insectes étant actifs pendant toute la saison. Au moment de choisir des insecticides, tenir compte des délais avant la récolte (pour l'endosulfan, 15 jours; pour le carbaryl, 1 jour sur les pêches et 5 jours sur les abricots). Éviter de pulvériser sur la zone de fructification. On doit planter tous les nouveaux arbres après les avoir trempés dans un bac d'endosulfan. À noter qu'étant donné la durée de l'activité des ravageurs, l'effet résiduel des insecticides homologués ne protège pas les arbres de l'infestation.

Employés correctement, les insecticides permettent de combattre les perceurs, mais rappelons qu'il importe de veiller à la vigueur et au bon état de santé des pêchers et de prévenir les blessures d'origine mécanique pour empêcher les ravageurs de pénétrer dans les arbres. Il est aussi utile d'éliminer les branches cassées et celles qui ont déjà été endommagées par les perceurs.

Isomate P est homologué pour la lutte contre le (grand) perceur du pêcher, mais il n'est pas considéré comme efficace contre le petit perceur (par contre, Isomate LPTB, qui n'est pas encore homologué au Canada, permet de lutter contre le grand perceur si on l'emploie à des doses plus importantes). Les produits qui provoquent une confusion sexuelle permettent de lutter contre les perceurs pendant toute la saison. Nous vous tiendrons au courant des résultats de nos essais de démonstration sur les produits de confusion sexuelle Isomate P (grand perceur), Isomate Dual (les deux espèces) et Isomate LPTB (petit perceur, ajout en 2008), et sur leur rendement par rapport aux insecticides.

 


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