Le cuivre pour la lutte contre la brûlure bactérienne


En cette saison, de nombreux producteurs se demandent s'ils doivent faire des traitements au cuivre pour prévenir la brûlure bactérienne, une maladie qui peut avoir de graves répercussions sur les cultures de pommes et de poires. Il se peut (ce n'est pas certain) que les pulvérisations de produits à base de cuivre effectuées entre les stades de l'éclatement des bourgeons et de la pointe verte ralentissent la propagation de l'inoculum de la brûlure bactérienne en provenance des chancres qui ont passé l'hiver. À vrai dire, l'efficacité de ce type de traitement dans la lutte contre la brûlure bactérienne est loin de faire l'unanimité, et il existe très peu de véritables recherches sur ce sujet. Cependant, dans les vergers où la brûlure bactérienne était présente au cours des deux dernières années, les producteurs peuvent envisager d'effectuer une pulvérisation de produits à base de cuivre au début de la saison pour réduire la propagation et le potentiel de colonisation des bactéries issues de chancres qui ont passé l'hiver. Dans les vergers où il n'y a eu aucune infection de brûlure bactérienne depuis quelques années, il ne reste généralement pas de chancres ayant passé l'hiver; dans ce cas, il serait inutile de pulvériser de tels produits si ce n'est pour prévenir la tavelure et peut être d'autres types d'infections provoquant la pourriture du bois comme l'anthracnose.

Les produits à base de cuivre ne tuent pas les bactéries. Leurs résidus créent simplement à la surface de l'écorce et des bourgeons un milieu hostile qui empêche ces organismes de s'y établir. Les bactéries qui provoquent la brûlure bactérienne sont dispersées dans l'ensemble du verger avant la floraison, au moment des premières infections. De façon générale, l'apport de bactéries vers la surface de l'écorce atteint un maximum aux stades du prébouton rose et du bouton rose du pommier. Les pulvérisations de produits à base de cuivre n'éliminent pas la nécessité du traitement à la streptomycine à la floraison, mais elles peuvent avoir pour effet de réduire les populations d'organismes de la brûlure bactérienne ayant passé l'hiver.

On peut effectuer le traitement à base de cuivre entre la dormance et le stade de pointe verte, mais jamais après la pointe verte à cause de la phytotoxicité de ces produits. David Rosenberger de l'université Cornell déconseille les traitements à base de cuivre après le stade de la pointe verte parce qu'ils peuvent provoquer un fort roussissement du fruit. Pour des raisons de phytotoxicité, de préférence, on évitera d'effectuer ce genre de traitement sur les cultivars de grande valeur comme Honeycrisp. Malheureusement, l'efficacité des pulvérisations de cuivre dépend des conditions météorologiques; les années où il pleut beaucoup entre les stades de la pointe verte et du débourrement avancé ou du prébouton rose, les résidus de cuivre peuvent être lavés après 3,5 pouces de précipitations, ce qui réduit l'effet du traitement. Selon les constatations de D. Rosenberger, pendant un printemps humide, les résidus de cuivre avaient disparu après 3,5 pouces de pluie, de sorte que les résultats obtenus peuvent être nuls. À l'inverse, lorsque le printemps est sec et qu'il ne pleut pas entre le traitement et le stade du bouton rose ou de la floraison, le roussissement des fruits peut apparaître quand même bien que l'application ait été effectuée au stade de la pointe verte.


Pour que les pulvérisations à base de cuivre soient efficaces, on recommande de traiter l'ensemble de la parcelle; en effet, les arbres non traités (même des variétés non sensibles) constituent un refuge pour les bactéries, et celles ci sont ensuite facilement transportées par les vecteurs que sont les insectes. Pour bien couvrir les surfaces d'écorce, il faut pulvériser les produits à base de cuivre avec de grands volumes d'eau (au moins 1000 l/ha). Il a été démontré que l'application de produits à base de cuivre pendant la dormance avait pour effet de réduire ou de retarder la production d'inoculum par les chancres ayant passé l'hiver.

Certaines formulations de cuivre, qui ont moins tendance à provoquer une phytotoxicité, sont regroupées dans la catégorie des cuivres insolubles. Les formulations contenant du cuivre finement moulu comme les cuivres insolubles (oxychlorure de cuivre, hydroxyde de cuivre) adhèrent généralement mieux à la surface des végétaux, et il se peut que leurs résidus persistent plus longtemps, offrant ainsi une meilleure protection contre les bactéries. Certains produits à base de cuivre doivent être appliqués sous forme de bouillie bordelaise (sulfate de cuivre, hydroxyde de calcium et eau). L'ajout de calcium réduit partiellement la phytotoxicité (effet de brûlure) du sulfate de cuivre employé seul. Le tableau 1.0 présente une liste des produits et des doses à employer.

Pour préparer la bouillie bordelaise, dans le réservoir du pulvérisateur, dissoudre le sulfate de cuivre dans 1000 l d'eau. Mettre l'agitateur mécanique en marche. Dans un seau, prémélanger l'hydroxyde de calcium dans assez d'eau pour faire une boue, et verser dans le réservoir du pulvérisateur à travers un tamis de 0,3 mm. Mélanger pendant 15 minutes, puis commencer la pulvérisation en laissant l'agitateur en marche. La bouillie bordelaise est incompatible avec les autres pesticides. Pulvériser légèrement (3000 l/ha), et ne pas utiliser sous forme de concentré. Après un traitement à la bouillie bordelaise, ne pas employer de streptomycine car celle ci serait dégradée sous l'effet du pH élevé. La bouillie bordelaise est corrosive et les pulvérisateurs doivent être lavés soigneusement après usage. Une couche protectrice d'huile permet d'empêcher la bouillie d'adhérer à la peinture.

Rien ne permet d'être certain que le traitement au cuivre a pour effet d'inhiber la brûlure bactérienne, et les producteurs peuvent être rendus hésitants par le risque de roussissement. Si au cours des dernières années vous n'avez pas eu d'infestation importante de brûlure bactérienne, les risques qui découleraient d'une pulvérisation de produits à base de cuivre sont probablement plus importants que leurs avantages. Mais là où la brûlure bactérienne a déjà exercé une forte pression, ce genre de traitement effectué avant le stade de la pointe verte pourrait contribuer à réduire cette maladie certaines années. Cependant, ne pas perdre de vue que le cuivre peut causer un fort roussissement des fruits. La meilleure façon d'éviter ce phénomène est de traiter avant le stade de la pointe verte; cependant, si le printemps est sec, le roussissement peut apparaître quand même. Pour plus d'information sur l'utilisation des produits à base de cuivre dans les vergers de pommes, voir le tableau 1.0.

Tableau 1.0. Produits utilisés sur les pommes en Ontario

Nom du produitCopper 53 WCuivreSulfate de cuivre de marque Triangle
Numéro LPA099341914624034
Classification ontarienneAnnexe 2Annexe 3Annexe 3
Matière activeCuivre de sulfate de cuivre tribasique, 53 %
Cuivre d'oxychlorure de cuivre, 50 %
Sulfate de cuivre pentahydrate (cuivre métallique, 25,2 %)
Dose de formulation de cuivre
Dose d'hydroxyde de calcium

1 kg

6 kg

4kg
pas besoin d'hydroxyde de calcium
2 kg

6 kg

 

 


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