Principaux points à retenir pour la lutte contre la tavelure du pommier
Même si vous n'avez pas constaté de signes importants de tavelure à la récolte, il se peut que vous ayez une forte charge d'inoculum le printemps suivant. En effet, si le temps chaud et humide se prolonge après la récolte, le champignon de la tavelure (Venturia inaequalis) poursuit son développement dans les feuilles et produit davantage d'inoculum pour le printemps suivant. À la Ontario Fruit and Vegetable Convention (OFVC), Cathy McKay, productrice et consultante de Nature's Bounty, a démontré qu'en Ontario, la tavelure du pommier avait progressé au cours des dernières années. Les évaluations effectuées à la récolte par les producteurs de pommes de Northumberland Durham montrent une augmentation de l'incidence de la tavelure dans les vergers et du nombre de lots infectés au cours des dernières années. J'ai constaté la même tendance dans toute la province, au point que la tavelure était même présente dans plusieurs vergers l'année dernière malgré la chaleur et la sécheresse qui ne jouaient nullement en faveur de cette maladie. Qu'est ce que les producteurs devront retenir au moment de mettre sur pied un programme de lutte contre la tavelure en 2008? Résistance aux fongicidesLa résistance ne pose pas de problème pour les produits suivants : mancozèbe, Polyram, captan, ferbame, thirame, soufre et cuivre. Pour tous les autres fongicides employés pour les pommiers (Nova, Nustar, Sovran, Flint, Scala), une résistance existe déjà ou on s'attend à son apparition. Dans les États de New York et du Michigan, on a déjà documenté une résistance aux inhibiteurs de stérols tels que Nustar et Nova. Après avoir effectué une recherche sur ce point, Wolfram Koeller, PhD, de l'université Cornell, estime que la résistance aux inhibiteurs de stérols peut apparaître après 60 traitements environ. Cela suppose le respect des doses indiquées sur l'étiquette, une couverture complète et l'absence d'étirement des intervalles entre les traitements. Si l'un de ces éléments n'est pas respecté, cela se répercutera sur la " durée de vie " du fongicide. Certains indices permettent également de croire qu'une résistance aux strobilurines telles que Sovran et Flint est en cours d'apparition dans certains secteurs. Des recherches effectuées en 2006 2007 par Wendy McFadden Smith, PhD, en Ontario, montrent que la résistance aux inhibiteurs de stérols a commencé à apparaître dans quelques vergers de la province où l'on avait signalé l'échec des mesures de lutte contre la tavelure du pommier. Malheureusement, la résistance de la tavelure du pommier aux fongicides est irréversible et dure indéfiniment. Pour prévenir la résistance aux fongicides, ne jamais utiliser ces produits pour leur action curative, mais plutôt à titre préventif. Si la période d'infection a déjà commencé, intervenir aussitôt que possible après cela et ne pas se fier à l'effet du produit après 96 h sur les infections déjà présentes. Si la tavelure apparaît dans votre verger, ne pas tenter de l'" enrayer ", ce qui aurait seulement pour effet de favoriser l'apparition d'une résistance. Au lieu de cela, s'appuyer sur les produits à action préventive pour empêcher la propagation de la maladie. Toujours employer une demi dose de fongicide EBDC avec les insecticides inhibiteurs de stérols, et ne pas utiliser ces derniers avant le stade de prébouton rose ni lorsque les arbres portent des fruits. Moment du traitement aux fongicidesLa majorité des ascospores sont libérées pendant la floraison, mais certaines sont déjà présentes et prêtes à infecter les tissus verts aussitôt qu'ils émergent. David Rosenberger, PhD, du Hudson Valley Lab, université Cornell, a démontré que le risque de pertes économiques dues à un échec des mesures de protection contre la tavelure était à son maximum au stade de la pointe verte. Ces infections de la pointe verte produisent des conidies à la floraison, lorsque les fruits et les feuilles sont les plus sensibles à la tavelure. Si les feuilles et les fruits sont infectés au début de la saison, il y a un plus grand nombre de générations de tavelure avant les chaleurs estivales qui mettent fin à l'épidémie, d'où un accroissement des dommages infligés à la récolte. Les infections de tavelure de début de saison (fleurs et feuilles) produisent souvent des infections secondaires sur les fruits. Par conséquent, il faut protéger la culture du stade de l'éclatement des bourgeons à celui de la pointe verte. Dans l'État de New York, on considère qu'une pulvérisation de cuivre au stade de la pointe verte est aussi efficace qu'un traitement au mancozèbe (3,5 kg/ha). Pendant le débourrement avancé ou après, on emploie souvent des combinaisons de mancozèbe captan (éviter le captan là où on s'est servi d'huile) à raison de 3,5 kg/ha de mancozèbe plus 1 à 2 kg de captan Maestro. En effet le mancozèbe a un meilleur pouvoir de rétention et une meilleure stabilité à la pluie que le captan. Cependant, pour cette même raison, le captan a un meilleur pouvoir de diffusion vers les nouvelles feuilles en développement. En cas de forte pluie, le captan peut disparaître plus rapidement que le mancozèbe, alors qu'en cas d'épisodes répétés de pluie fine, le captan protège mieux les nouvelles feuilles par diffusion. Pulvérisation d'un rang sur deuxLes producteurs choisissent souvent de ne traiter qu'un rang sur deux pour raccourcir le traitement au début de la saison de croissance. Cette méthode a pour effet de réduire la couverture tout en limitant la durée de la pulvérisation. Dans ce cas, traiter les rangées intermédiaires le plus tôt possible après la première pulvérisation. Ne pas se fier au traitement d'un rang sur deux avec de longs intervalles. Pour bien prévenir l'apparition d'une résistance, il est impératif de traiter toutes les feuilles tous les sept jours. Si vous avez déjà éprouvé des problèmes en matière de lutte contre la tavelure, il est préférable de traiter tous les rangs pour assurer une bonne couverture ainsi qu'une bonne protection contre les infections de début de saison. Ne pas traiter un rang sur deux avec des inhibiteurs de stérols ou des strobilurines. Fortes charges d'inoculum dans les vergersLa réduction de l'inoculum primaire est un autre volet important de la prévention de la tavelure. Lors d'essais effectués par le laboratoire de Bill MacHardy, PhD, à l'université du New Hampshire, on a appliqué de l'urée (45 kg d'urée à usage agricole par 1000 L d'eau/ha) sur le sol du verger après la chute de 95 % des feuilles (novembre) ou au printemps (avril) avant l'éclatement des bourgeons. L'urée a deux modes d'action : elle inhibe directement le développement des ascospores et elle stimule la croissance d'organismes présents naturellement et antagonistes de V. inaequalis. Les deux traitements ont eu pour effet de réduire le nombre d'ascospores, mais le traitement de printemps a été plus efficace et s'est soldé par une réduction du nombre d'infections de feuilles et de fruits la plupart des années. Les années où on n'a pas obtenu cet effet, la couverture de neige est restée presque jusqu'à l'éclosion des bourgeons de sorte que l'urée n'a pas eu beaucoup de temps pour agir. Certains producteurs ont dit hésiter à appliquer de l'azote à des arbres prêts à entrer en dormance. Wendy McFadden Smith, PhD, a effectué un essai sur des pousses d'arbres traités à l'urée à la fin octobre et d'arbres non traités; elle a congelé ces pousses à des températures allant jusqu'à 40 oC. Elle n'a constaté aucune différence pour ce qui est de la résistance au froid des bourgeons. Donna Speranzini, spécialiste en gestion des éléments nutritifs au MAAARO, est également d'avis que cette faible quantité d'azote ne peut pas provoquer de croissance excessive. En résumé,
la meilleure méthode de lutte contre la tavelure dans les vergers est la
prévention de l'infection.
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