La lutte contre la brûlure phytophthoréenne dans les cultures de poivrons


La redoutable brûlure phytophthoréenne des poivrons a fini par faire son apparition dans le Sud Ouest de l'Ontario. Cette maladie aux conséquences désastreuses est probablement présente depuis de nombreuses années, mais ce n'est que récemment qu'elle a causé assez de dégâts dans les champs de poivrons pour attirer l'attention des producteurs. Elle a déjà produit d'importants dommages dans les cultures de poivrons et de concombres dans de nombreuses régions des États Unis, y compris chez nos voisins des États du Michigan et de New York. L'organisme en question, Phytophthora capsici, peut aussi infecter de nombreuses autres cultures dont les tomates, les aubergines, les melons, les courgettes et les haricots, mais les poivrons et les concombres sont considérés comme les plus sensibles à cette maladie. Il est très difficile de lutter contre ce pathogène une fois qu'il est établi dans un champ. Pour les producteurs de poivrons, il est utile de connaître les caractéristiques biologiques de P. capsici et de savoir identifier les premiers symptômes pour pouvoir mettre en œuvre une stratégie de lutte précoce et réduire les répercussions de la maladie.

Phytophthora spp. appartient à un groupe d'organismes qu'on désigne parfois sous le nom de " champignons aquatiques ", bien qu'il ne s'agisse pas réellement de champignons. Il survit pendant de longues périodes sous la forme d'oospores persistantes (spores sexuelles au repos) dans le sol et les débris végétaux. Lorsque les sols sont saturés, ces spores germent et infectent les racines et le collet des plants de poivrons. En cas d'infection grave, le pourridié des racines et la pourriture du collet entravent le mouvement de l'eau et des éléments nutritifs vers la plante, ce qui entraîne le dessèchement et la mort de celle ci (figure 1). Les oospores persistantes présentes dans le sol peuvent également germer pour produire des structures microscopiques en forme de sac appelées sporanges. Lorsque les sols restent saturés pendant une période prolongée, ces sporanges libèrent des zoospores, un autre type de spores pourvues d'une queue qui leur permet de nager pour atteindre et infecter les racines et les collets des plants de poivrons. C'est la raison pour laquelle cette maladie apparaît souvent en premier dans les zones basses d'un champ où la saturation des sols dure plus longtemps. Les sporanges peuvent aussi jouer le rôle des spores parce qu'ils sont facilement déplacés et projetés sur les feuilles et les tiges par les éclaboussures de pluie. Sur les feuilles, l'infection crée des lésions brun grisâtre gorgées d'eau (figure 2); sur les tiges, ce sont des lésions brun foncé ou noires bien reconnaissables (figure 3). L'infection peut également toucher les fruits, qui se couvrent alors d'un duvet blanc. Les symptômes apparaissent généralement sur les parties aériennes des plants au voisinage immédiat d'autres plants gravement atteints de pourridié des racines et de pourriture du collet. Toute méthode qui permet de réduire les éclaboussures allant des collets infectés et du sol aux feuilles, aux tiges et aux fruits aura pour effet de limiter l'infection des tissus végétaux aériens. Il a été démontré que la mise en terre des plants dans les chaumes d'une culture abri préalable ou la mise en place d'un paillis de paille autour des plants permettaient de réduire efficacement l'incidence de nombreux agents pathogènes qui se propagent par les éclaboussures de pluie, y compris P. capsici.

Dans les champs de poivrons gravement atteints par la brûlure phytophthoréenne, il est difficile de lutter contre cette maladie. Étant donné la persistance des spores au repos dans le sol, la rotation des cultures n'est pas une solution viable en cas d'infestation grave. Plusieurs fongicides sont homologués pour la lutte contre la brûlure phytophthoréenne dans les cultures de poivrons aux États Unis, mais pas au Canada. Certains de ces produits sont actuellement en cours d'évaluation par Agriculture et Agro alimentaire Canada. Quoi qu'il en soit, pour être efficaces, les stratégies de lutte contre cette maladie doivent inclure le recours aux fongicides lorsque nécessaire, mais on doit aussi y intégrer d'autres méthodes culturales.

Les cultures de poivrons bien drainées sont souvent moins gravement touchées, de sorte que le choix du terrain revêt une certaine importance. On peut également planter les poivrons sur des billons surélevés (au moins 23 cm de hauteur) pour éloigner l'eau des racines et des collets, l'empêcher de s'accumuler à la base des plants et limiter ainsi les risques de maladie. Il importe également de veiller à ce que les billons ne comportent pas de crêtes ni de dépressions permettant la formation de flaques d'eau. De la même façon, les producteurs qui placent des paillis de plastique sur leurs billons doivent s'assurer qu'il n'y a pas de dépression pouvant retenir l'eau à la base des plants, et que la forme des billons lui permet de s'écouler.

La fréquence et la durée des séances d'irrigation pendant les périodes de sécheresse peuvent avoir une influence sur la gravité de la maladie. Les recherches ont montré que bien que la saturation des sols soit une condition préalable à la germination des oospores et à l'infection des racines, les plants qui poussent dans un sol présentant des cycles de saturation et d'assèchement sont souvent plus gravement touchés que si le sol était saturé de façon continue. Pour limiter la gravité de la maladie, on peut planifier l'irrigation de façon à maintenir l'humidité du sol constamment en deçà de la saturation et irriguer moins souvent. Une recherche a montré qu'en plaçant les dispositifs de distribution d'eau d'irrigation à 15 cm sous la surface, on forçait les racines des poivrons à s'enfoncer davantage dans le sol et on évitait que la surface devienne assez humide pour permettre la germination des oospores. La prévalence de la maladie était moindre dans les lots où les dispositifs avaient été placés à une plus grande profondeur.

Comme P. capsici est un " champignon aquatique ", il est également important de l'exclure des réservoirs d'irrigation. Les réservoirs d'irrigation qui se trouvent à proximité des champs infestés peuvent être contaminés, notamment s'ils reçoivent les eaux superficielles ou souterraines en provenance de ces mêmes champs. L'irrigation de poivrons ou de toute culture sensible avec de l'eau contaminée par P. capsici a toutes les chances de provoquer une infection grave. On peut filtrer l'eau d'irrigation pour éliminer une partie des pathogènes en provenance de la source contaminée, mais la meilleure option est d'éviter toute contamination en plaçant autant que possible les réservoirs à l'écart des champs infectés.

Figure 1. Symptômes de pourridié des racines et de pourriture du collet sur un plant de poivrons d'Amérique infecté par P. capsici

Figure 1. Symptômes de pourridié des racines et de pourriture du collet sur un plant de poivrons d'Amérique infecté par P. capsici

Figure 2. Lésion sur une feuille de poivron d'Amérique

Figure 2. Lésion sur une feuille de poivron d'Amérique

Figure 3. Lésion sur une tige de poivron d'Amérique

Figure 3. Lésion sur une tige de poivron d'Amérique



Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca