Lutte intégrée contre la brûlure bactérienne,
partie 3: antagonistes d'Erwinia amylovora

 

En 2007, la brûlure bactérienne a atteint des proportions épidémiques en Suisse et dans une grande partie de l'Europe (Duffy et al. 2007). L'arrivée précoce du temps chaud a été propice aux infections au cours d'une longue floraison synchrone, de sorte que les fleurs ont été exposées au pathogène en cause, Erwinia amylovora, en beaucoup plus grand nombre que normalement. Dans toute l'Europe, on a enregistré des pertes importantes, sans compter la réglementation sévère visant les pulvérisations d'antibiotiques. L'Union européenne a adopté une position ferme sur l'utilisation des antibiotiques en horticulture, ce qui a eu pour effet d'encourager la recherche d'autres stratégies de lutte. Dans de nombreuses régions du monde, y compris en Amérique du Nord, on a constaté la progression de diverses souches d'E. amylovora résistantes aux antibiotiques, ce qui a également motivé la recherche de nouvelles méthodes de lutte contre la brûlure bactérienne.

Certains de ces travaux ont porté sur la recherche d'organismes antagonistes de la bactérie E. amylovora. Ceux ci permettraient, par effet de compétition, d'éliminer les bactéries en cause là où elles se trouvent dans les fleurs. Comme il existe peu d'endroits où l'infection peut se déclarer, des bactéries ou des champignons non pathogènes qui pourraient se développer rapidement en privant E. amylovora d'éléments nutritifs ou d'espace pourraient être utiles pour la lutte contre la brûlure bactérienne. Mais cela n'est pas aussi simple qu'il paraît. Des recherches récentes ont montré que la présence de certaines souches virulentes d'E. amylovora sur les stigmates riches en nutriments avait pour effet d'accélérer la croissance d'autres bactéries non pathogènes (Johnson et al. 2007). Johnson et al. émettent l'hypothèse selon laquelle E. amylovora modifie son habitat par l'expression de " gènes liés à la pathogenèse ", ce qui accroît les quantités de ressources (éléments nutritifs) dont elle peut disposer elle même ainsi que les bactéries et champignons présents au même endroit. Il est également possible qu'il y ait une inhibition de la résistance de l'hôte, mais quoi qu'il en soit, il ne s'agit pas d'une simple compétition pour l'obtention des ressources. Le fait qu'E. amylovora crée un biofilm (Koczan et al. 2007), qui est un ensemble complexe de bactéries, de sucres et d'autres molécules, rend encore plus difficile le mécanisme de compétition par les antagonistes. E. amylovora prolifère dans le biofilm qu'elle crée elle même, mais celui ci constitue également une niche pour un grand nombre d'autres bactéries et microorganismes.

Un antagoniste bactérien d'E. amylovora est déjà homologué pour l'Ontario, Pantoea agglomerans. Deux souches différentes de P. agglomerans sont homologuées sous le nom de " Bloomtime " et de " BlightBan "; comme j'ai récemment écrit sur ces produits (Carter and Celetti 2006), je ne donnerai pas beaucoup de détails sur ce sujet ici. Des chercheurs de l'Oregon (Stockwell et al. 2007) étudient des méthodes d'intégration d'antibiotiques à pulvériser et d'antagonistes (P. agglomerans et Pseudomonas fluorescens) pour améliorer les méthodes de lutte contre la phase de la brûlure de la fleur. Les travaux préliminaires permettent de penser que l'application d'antagonistes vers 70 % de la floraison, suivie de la pulvérisation d'un antibiotique (dans ce cas l'oxytétracycline) plus tard au cours de la floraison, permettrait d'obtenir des résultats acceptables avec des quantités d'antibiotiques moindres qu'avec les méthodes de lutte traditionnelles.

Un autre produit fait l'objet de tests de terrain en Europe, " Blossom Protect " qui contient deux souches de levure (Aureobasidium pullulans) antagonistes de la bactérie de la brûlure bactérienne (Ertl et al. 2007). Une formulation adéquate est actuellement en usage limité après de nombreuses années de travaux qui ont porté notamment sur la définition d'un processus de fermentation permettant de produire la levure en quantités commerciales. Ces levures doivent être appliquées tôt et fréquemment pendant toute la floraison parce qu'elles empêchent l'infection par E. amylovora en se dispersant dans la fleur. D'une application préventive à 10 %, 40 %, 70 % et 90 % de fleurs ouvertes, on passera peut être à deux applications lorsqu'on en saura plus sur la biologie des levures. Les travaux se poursuivent sur la réduction du roussissement des fruits lorsque le produit est appliqué en fin de saison, et sur l'abaissement du prix du traitement.

Étant donné le nombre d'antagonistes d'Erwinia qui sont à l'étude actuellement, il est très probable que certains d'entre eux sont appelés à devenir le produit standard qui sera recommandé à l'avenir pour la lutte contre la brûlure bactérienne en Ontario. L'intégration de leur emploi avec les épandages d'antibiotiques est un domaine qui nécessitera beaucoup de travail de terrain.

Références :

Carter, N. et M. Celetti. 2006. 11 questions about using "Bloomtime" and "BlightBan" to suppress fire blight. Hort Matters, Vol. 6, Issue 30, Dec. 7, 2006

Duffy, B., J. Vogelsanger, B. Schoch and E. Holliger. 2007. Swiss situation and the 2007 fire blight epidemic. 11th International Workshop on Fire Blight, Paper P101.

Ertl, C., G. Mogel, S. Kunz, C. Donat and H. Danner. 2007. From the laboratory to the market - The success story of Blossom Protect. 11th International Workshop on Fire Blight, Paper O65.

Johnson, K.B., T.L. Sawyer. V.O. Stockwell and T.N. Temple. 2007. Comparison of the epiphytic fitness of a pathogen and an a virulent strain of Erwinia amylovora on pear and apple flowers as it relates to biological control. 11th International Workshop on Fire Blight, Paper O4.

Koczan, J.M., M.J. McGrath, Y. Zhao, and G.W. Sundin. 2007. Biofilm formation in Erwinia amylovora: Implications in pathogenicity. 11th International Workshop on Fire Blight, Paper O6.

Stockwell, V.O., T.N. Temple, K.B. Johnson and J.E. Loper. 2007. Integrated control of fire blight with antagonists and oxytetracycline. 11th International Workshop on Fire Blight , Paper O63.

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