Lutte intégrée contre la brûlure bactérienne- Partie 2 : Sources d'infection
La brûlure bactérienne, causée par la bactérie Erwinia amylovora, est considérée dans le monde comme la plus grave maladie des poires et des pommes. Les sources d'infections sont variées et la bactérie s'attaque à toutes les parties de l'arbre. C'est pourquoi les symptômes sont décrits en fonction de la partie de l'arbre qui est atteinte : brûlure des fleurs, brûlure des pousses, brûlure du fruit, brûlure des branches et du tronc, brûlure du collet et du porte-greffe. Les chancres des arbres infectés sont le principal réservoir de la bactérie. Au printemps, lorsque les arbres sortent de leur dormance, les bactéries contenues dans ces chancres se multiplient et peuvent se propager dans les tissus vulnérables, surtout les fleurs ouvertes et, dans une moindre mesure, les nouvelles pousses. Des infections secondaires peuvent se produire durant toute la saison de croissance. Elles proviennent des pousses infectées ainsi que des chancres et de leur exsudat. La pluie, le vent et les insectes contribuent à propager la maladie. Malheureusement, il demeure impossible d'intervenir contre certaines sources de bactéries et de voies d'infection dans les tissus vulnérables. Des chercheurs allemands ont observé que certaines infections des fleurs peuvent provenir d'arbres précédemment infectés (Moltmann et Viehrig 2007). Dans ce cas, les arbres atteints d'une infection généralisée avaient présenté des symptômes de brûlure des fleurs avant qu'il fasse suffisamment chaud au printemps pour que les chancres deviennent un réservoir de bactéries. Autrement dit, les infections des fleurs sont causées par des bactéries qui se déplacent de manière systémique à l'intérieur des pousses et non pas de bactéries qui pénètrent dans les fleurs ouvertes par une voie externe. Antonet Svircev d'AAC, à Vineland, est d'accord avec ce concept, car il observé que E. amylovora était parfois présente dans des pousses des poiriers taillées durant l'hiver (sans qu'il y ait de possibilités que les bactéries proviennent de chancres ailleurs dans le verger), et dont la floraison avait été forcée en laboratoire. Ces conclusions confirment qu'il est préférable d'éliminer complètement les arbres atteints d'une infection systémique, afin qu'ils ne deviennent pas une source d'inoculum pour des infections secondaires, en début et en fin de saison. Il est également déplorable que l'un des principaux insectes vecteurs de la bactérie soit un insecte utile pour la pollinisation. Les abeilles mellifères transportent souvent la bactérie des fleurs infectées vers d'autres fleurs saines au cours de leur butinage lorsqu'elles sont en quête de pollen et de nectar dans le verger. Des chercheurs autrichiens ont tenté de résoudre ce problème en faisant en sorte que les abeilles libèrent des antagonistes microbiens de la brûlure bactérienne (c'est-à-dire des microorganismes qui sont en compétition avec la bactérie responsable de la maladie dans les fleurs). Bien qu'il soit nécessaire de poursuivre les travaux pour perfectionner le mécanisme de distribution et la formulation du produit, les recherches ont démontré jusqu'à maintenant que les abeilles mellifères peuvent facilement être manipulées pour arriver à transporter des quantités efficaces de souches de Aureobasidium pullulans jusqu'aux fleurs. A. pullulans est un champignon qui est en compétition avec la bactérie responsable de la brûlure bactérienne, mais le produit ("Blossom Protect") n'est pas encore sur le marché en Ontario. D'autres insectes comme le psylle du poirier contribuent aussi à propager la brûlure bactérienne; la lutte contre cette maladie doit donc faire partie d'un programme global de lutte antiparasitaire. La pluie
peut également contribuer à propager E. amylovora d'un arbre ou
d'une fleur à l'autre. En fait, la bactérie peut survivre dans l'eau
pendant quelque temps. Des chercheurs espagnols ont démontré que
la bactérie survit mieux dans des eaux plus fraîches (5 ° C par
rapport à 26 0C) et qu'elle peut survivre dans une eau pauvre en éléments
nutritifs tout en gardant sa capacité à infecter les plantes pendant
au moins 45 jours et au plus trois ans (Biosca et coll. 2007). La seule présence
de E. amylovora na rien d'alarmant en soi; il y a des bactéries partout
et E. amylovora a été observée dans des fleurs de cerisier
et de pissenlit à proximité de vergers de poiriers (Moltmann et
Viehrig). Les tissus infectés (surtout les chancres et leur exsudat) demeurent la principale source d'infections secondaires de brûlure bactérienne. Une discussion animée sur la période et les méthodes idéales pour tailler les parties de l'arbre affectées par la brûlure bactérienne a eu lieu cette année dans le cadre de l'Atelier international sur la brûlure bactérienne. Les opinions sur l'élagage demeurent très diversifiées, particulièrement à savoir s'il vaut mieux retirer immédiatement les parties attaquées ou les laisser sécher dans les allées avant de faucher. Une partie du désaccord provient de l'abondance, dans certaines régions, des parties élaguées durant la saison de croissance ainsi que de l'incertitude quant à la vigilance des travailleurs à s'efforcer d'éviter que la brûlure bactérienne se répande à partir des exsudats actifs des chancres. La présence de quelques branches taillées dans les allées ne sera sans doute pas une source majeure de propagation, ce qui n'est pas le cas si ces branches sont transportées hors du verger de manière inappropriée. La plupart des participants ont convenu que la stérilisation des outils utilisés pour l'élagage n'était pas nécessaire pour éviter la propagation de la bactérie du moment que les rameaux et le bois étaient secs (il faut se rappeler que la bactérie survit assez bien dans l'eau). Certains estiment toutefois plus prudent de nettoyer occasionnellement les outils avec du Lysol non dilué. Philion et coll. (2007) ont trouvé qu'il n'y avait pas d'avantages à stériliser les outils d'élagage dans un jeune verger nouvellement atteint par la brûlure bactérienne. Ils ont aussi démontré que la taille réduisait la gravité de la maladie, mais non pas son incidence. Quant au moment opportun pour tailler les parties attaquées, et à la pertinence de la taille, on peut se demander quels sont les risques que l'infection continue à se propager au cours de l'année. Si on prévoit des vents forts, des précipitations abondantes ainsi qu'une activité intense des insectes (dont le psylle du poirier), la propagation naturelle pourrait être importante si les parties infectées ne sont pas taillées. Références :Biosca, E G., R.D, Santander, E. Marco-Noales, M. Ordax, B. Aguila et M.M. Lopez. 2007. Erwinia amylovora survives in natural water: influence of temperature. 11e Atelier international sur la brûlure bactérienne, Document P9. Moltmann, E. et M. Viehrig, 2007. Blossoms of infected pear trees may be sources of primary infection for fire blight. 11e Atelier international sur la brûlure bactérienne, Document O2. Philion, V., J. Charest et V. Toussaint. 2007. Natural epidemic of fire blight in a newly planted orchard and effect of pruning on disease development. 11e Atelier international sur la brûlure bactérienne, Document O49. Pour en savoir plus:Pour plus de renseignements : Sans frais : 1 877 424-1300 Local : 519 826-4047 Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca
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