Lutte
intégrée contre la brûlure bactérienne
Partie
I : Modèles
La brûlure bactérienne (ou feu bactérien) est
une maladie qui s'attaque surtout aux poires et aux pommes, et elle est considérée
comme un problème grave depuis plus d'une centaine d'années. Causée
par la bactérie Erwinia amylovora, cette maladie constitue un trouble chronique
pour les producteurs ontariens. Certaines saisons sont plus propices que d'autres
à la propagation de la maladie. Des recherches, présentées
dans le cadre du 11e Atelier international sur la brûlure bactérienne
tenu en Oregon, en août 2007, ont apporté un certain éclairage
sur les raisons qui expliquent pourquoi la maladie persiste, du moins certaines
années, malgré tous les efforts de lutte qui sont déployés.
Les modèles de prévision pour déterminer les périodes
d'infection par la brûlure bactérienne aident à déterminer
la période d'application appropriée des pulvérisations d'antibiotiques
(la streptomycine, dans notre région) ou des bactéries antagonistes
(Pantoea agglomerans contenue dans "Bloomtime" ou "BlightBan").
Les modèles comme Maryblyt et Cougar Blight se sont révélés
extrêmement utiles au cours des deux dernières décennies.
Les producteurs devraient y avoir recours ou du moins consulter les rapports régionaux
qui prévoient les périodes d'infection. Cependant, ces modèles
ne permettent pas de prévoir à coup sûr les périodes
d'infection et ne peuvent garantir l'efficacité totale de la lutte contre
la maladie. Comme l'ont mentionné Lawrence Pusey et Tim Smith (tous deux
de l'État de Washington), de nombreux facteurs (dont certains sont encore
mal compris) peuvent expliquer pourquoi une simple évaluation de la température
prévue durant les quatre jours qui précèdent la période
de mouillage (comme dans le modèle Cougar Blight) permet de prévoir
efficacement les risques d'infection.
La période de quatre jours
a été initialement incluse dans le modèle selon l'hypothèse
que les stigmates de la fleur ne favorisent la croissance de E. amylovora que
durant quelques jours après l'ouverture de la fleur. On sait maintenant
que les fleurs peuvent être infectées pendant une période
beaucoup plus longue selon les conditions du milieu, et que de nombreux pics d'infection
surviennent continuellement à mesure que de nouvelles fleurs s'ouvrent,
surtout dans les régions où les vergers arrivent en fleurs à
différents moments, en raison des variations climatiques. Cougar Blight
et les autres modèles sont néanmoins très utiles pour prévoir
les périodes de pics d'infection et ces modèles devraient toujours
être utilisés dans le cadre de programmes de lutte intégrée
contre les maladies.
Aucun modèle ne peut toutefois prévoir
toutes les infections florales. D'une part, les modèles prédisent
les pics d'infection et non toutes les infections. Il existe, en outre, certaines
sources d'infection que les modèles ne peuvent pas prévoir ou dont
ils ne peuvent pas tenir compte (voir la partie 2 de la présente série
d'articles sur la brûlure bactérienne : Sources d'infection).
Il
est important de se rappeler que, la plupart des années, il est peu probable
d'éliminer complètement la maladie à moins que les conditions
du milieu soient idéales pour la floraison tout en étant non propices
aux infections par la brûlure bactérienne et qu'il n'y ait pas déjà
d'infection systémique des bourgeons dans le verger. Par ailleurs, les
pulvérisations d'antibiotiques doivent être bien planifiées
par les modèles (lesquels ne sont pas parfaits). Les applications doivent
être effectuées sous des conditions idéales, le feuillage
doit être entièrement recouvert; il est également nécessaire
d'effectuer une vérification de suivi et de répéter le traitement
au besoin.
De nombreuses recherches sont en cours sur les caractères
biologiques fondamentaux de E. amylovora; elles permettront de perfectionner les
modèles de prévision des maladies (travaux exécutés,
par exemple, à Cornell par Dewdney et coll., 2007). Les modèles
de prévision ne représentent qu'une partie du casse-tête associé
à la lutte contre la brûlure bactérienne. Il est important,
pour assurer l'efficacité de la lutte contre cette maladie, d'avoir recours
à de bonnes pratiques de gestion à toutes les étapes de la
maladie.
Références :
Dewdney, M.M., R.
C. Seem et H. S. Aldwinkle, 2007. The effect of apple blossom age on populations
of Erwinia amylovora on the stigma surface.11e Atelier international sur la brûlure
bactérienne, Document P12.
Pusey, L.P. et T. Smith, 2007. Susceptibility
of apple hypanthium to Erwinia amylovora in relation to flower age and 4-day temperature
evaluation within Cougar-blight model. 11e Atelier international sur la brûlure
bactérienne, Document O3.
Pour plus d'information sur Cougar Blight
ou BlightBan et Blooomtime :
Carter, N. et M. Celetti. 2006. 11 questions
sur l'utilisation de "Bloomtime" et de "BlightBan" contre
la brûlure bactérienne (en anglais seulement), Carnet horticole,
Vol. 6, numéro 30, 7 déc. 2006
Celetti, M. et N. Carter. 2006.
Using Cougar Blight to predict fire blight risk (en anglais seulement), Carnet
horticole, Vol. 6, numéro 6, 12 avril 2006
Pour en savoir plus: