Des vergers blancs comme neige? Lutte contre le puceron lanigère du pommier

 

Ces dernières semaines, le puceron lanigère du pommier (PLP) (Eriosoma lanigerum Hausmann) a vu sa population augmenter de façon spectaculaire dans les vergers de l'Ontario. On a d'abord observé des colonies de pucerons sur les cicatrices d'émondage et près des plaies sur les branches d'arbres. Leurs populations pouvant augmenter de façon rapide, les insectes se propagent sur les gourmands et sur les tissus succulents. Au cours des dernières années, les populations de ce puceron ont augmenté en nombre et en fréquence dans les vergers.

La nymphe du PLP franchit quatre stades larvaires au cours desquels elle passe de 0,6 mm à 1,3 mm de longueur. Les nymphes sont violacées et recouvertes d'une substance blanche à reflets bleutés d'apparence cireuse, laquelle devient de plus en plus épaisse à mesure que l'insecte atteint les derniers stades de son développement (fig. 1). Cette sécrétion cireuse protège le PLP des prédateurs et des pulvérisations de pesticides.

Figure 1. Colonie de pucerons lanigères du pommier installée à l'extrémité d'une branche de pommier.

Figure 1. Colonie de pucerons lanigères du pommier installée à l'extrémité d'une branche de pommier.

Le PLP est un insecte suceur qui se nourrit sur l'arbre, ce qui affaiblit l'arbre et cause la formation de galles sur les brindilles ou sur les racines. Cet insecte produit également un miellat responsable de la fumagine (champignon noir) qui se forme sur les fruits et les feuilles. La cire et le miellat incommodent les cueilleurs de pommes qui voient leurs vêtements enduits de ces substances.

La reproduction du puceron se fait par des méthodes sexuelles ou asexuelles, selon la plante sur laquelle il se trouve. Les PLP passent l'hiver sur un orme, sous forme d'œuf (produit par reproduction sexuée) ou comme nymphe immature (pommier). Déposés dans les fissures de l'écorce de l'orme à l'automne, les œufs éclosent au printemps. Les insectes qui passent l'hiver sous la forme de nymphes hibernent sous le sol, sur les racines des pommiers lorsqu'il n'y a aucun orme dans les environs. Sur l'orme, les nymphes de la première et de la deuxième génération sont dépourvues d'ailes et commence à se nourrir de bourgeons en mai et juin. Les pucerons de la troisième génération sont ailés et ils migrent sur les pommiers, les aubépines ou les sorbiers d'Amérique. Les pucerons y établissent de nouvelles colonies et d'autres générations sont produites au cours de l'été.

La plupart des PLP qui naissent sur les pommiers sont issus de reproduction asexuée. Les pucerons femelles donnent naissance à de grands nombres de nymphes. Les nymphes du premier stade sont des larves mobiles très actives qui, au printemps, se transforment en colonies aériennes et se dispersent. Elles peuvent également être portées par le vent à l'intérieur d'un verger. Dès que la population d'une colonie établie devient trop nombreuse, des femelles adultes ailées sont produites.
À l'automne, certaines nymphes deviennent des mâles dépourvus d'ailes qui s'accouplent avec les femelles sans ailes. Chacune de ces femelles pond alors un seul œuf dans l'écorce d'un orme. On croit que la reproduction sexuée a lieu uniquement si l'orme pousse près d'autres arbres hôtes; les formes sexuelles du puceron lanigère du pommier et des œufs sont rarement produites sur les pommiers. En raison de la disparition de l'orme d'Amérique (maladie hollandaise de l'orme), le PLP vit maintenant à l'année sur les pommiers.

Le dépistage de colonies de PLP sur les gourmands, les nouvelles pousses et autour des cicatrices d'émondage des pommiers devrait être effectué du printemps (après la floraison) jusqu'à la fin de l'été. Il n'existe aucun seuil d'intervention établi pour le PLP. Toutefois, le pomiculteur devrait intervenir si des colonies se sont formées près des grappes de fruits.

Le PLP est souvent difficile à maîtriser en raison de la sécrétion cireuse qui le protège. Les meilleurs produits pour en venir à bout sont le Diazinon, le Thiodan et le Zonole. Veillez à utiliser de grands volumes d'eau (au moins 265 L [70 gal. américains] par hectare ou même plus). Certains programmes d'exportation prévoient des restrictions sur la fréquence d'utilisation de ces produits; assurez-vous de vérifier cette information auprès de votre fournisseur avant d'utiliser l'un de ces produits.

Étant donné que certains pesticides (pyréthroïdes et carbamates) favorisent la pullulation du PLP, il faut donc les utiliser modérément. Cependant, certains rapports ont indiqué que l'augmentation des populations de PLP pouvait être provoquée par la réduction de l'utilisation d'insecticides à large spectre dans les vergers. En Australie, des chercheurs ont découvert que, dans un programme de pulvérisation conventionnel de Guthion pour la pyrale de la pomme, le niveau d'infestation des pucerons lanigères augmentait à chaque saison successive et le contrôle biologique n'était pas établi (Nicholas et al., 2005). En revanche, dans les vergers où l'on n'utilisait pas le Guthion, les ennemis naturels du puceron lanigère s'y établissaient et en contrôlaient la population pendant une saison. Les chercheurs ont conclu que le perce-oreille européen (Forficula auricularia L.) était le principal responsable du contrôle du PLP et, associé au parasitoïde Aphilinus mali (Haldeman), il réduisait les infestations de pucerons lanigères sous le seuil d'action fixé par les producteurs commerciaux. Quand les perce-oreilles étaient exclus, le contrôle acceptable du puceron lanigère à l'échelle commerciale n'était pas atteint, même si d'autres ennemis naturels (parasitoïdes, coccinelles, chrysopes, syrphes) étaient présents. On n'a pas encore évalué l'importance relative des perce-oreilles dans les vergers de pommiers de l'Ontario.

Référence

NICHOLAS, A., R. Spooner-Hart, et R. Vichers. Abundance and natural control of the woolly aphid Eriosoma lanigerum in an Australian apple orchard IPM program. BioControl 50, p. 271-291.


Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca