Programmes de lutte contre la tavelure, fongicides


À cette époque de l'année, les pomiculteurs pensent à mettre en œuvre leur programme de lutte contre la tavelure du pommier pour le début de la saison. La tavelure du pommier est un redoutable ravageur qui peut entraîner d'importantes pertes de production en l'absence de traitement. Voici quelques conseils sur des mesures efficaces à prendre contre cette maladie.

Conseils sur les mesures efficaces contre la tavelure du pommier

  1. Les pulvérisations de fongicides doivent être effectuées pendant tout le stade de préfloraison, lorsqu'on prévoit de la pluie et que les quantités de résidus laissés par les traitements préalables ne semblent pas suffisantes. La pulvérisation doit être effectuée avant la pluie. Au début de la saison, les feuilles se développent vite et les résidus de fongicides peuvent ne pas persister aussi longtemps. À cette date, on considère généralement que les résidus des fongicides EBDC et Scala persistent cinq à sept jours.
  2. Le captan est généralement plus efficace contre la tavelure que le mancozèbe; cependant l'utilisation du captan est limitée par son prix plus élevé, son incompatibilité avec les pulvérisations d'huile et son absence d'activité contre les rouilles.
  3. Le mancozèbe et le captan donnent d'excellents résultats contre la tavelure si la pulvérisation est effectuée juste avant la pluie. Pour des arbres très grands ou mal taillés, ou si le traitement est effectué toutes les semaines indépendamment de la pluviosité, il faut employer de plus grandes quantités.
  4. Les programmes de traitement par des fongicides à action préventive uniquement (p. ex. cuivre, mancozèbe, Polyram, captan) peuvent être peu coûteux, notamment les années peu pluvieuses, mais ils ne laissent aucune place à l'erreur parce qu'ils n'ont aucun effet postérieur à l'infection ou antisporulant. En cas d'interruption de la couverture offerte par les pulvérisations, au moins quelques fruits finissent toujours par être atteints. De telles interruptions peuvent survenir à la suite d'un étirement des intervalles entre les pulvérisations, du délavement produit par les fortes pluies ou de pulvérisations effectuées par temps venteux. En outre, les étés frais et humides, si la maladie s'est établie en avril, en mai ou au début de juin, elle continuera de se propager, ce qui fera augmenter le risque d'infection des fruits en fin de saison et d'apparition de tavelure mouchetée pendant l'entreposage. Les années humides, il peut être difficile et coûteux de tenter de lutter contre la tavelure avec de simples fongicides de contact.
  5. Les producteurs qui prévoient de n'utiliser que des fongicides de contact pendant toute la saison de la tavelure devront assurer une couverture avant les périodes prévues d'infection; en ce sens, ils devront se montrer plus prudents que ceux qui prévoient l'emploi de strobilurine ou de fongicides inhibiteurs de stérols pendant le pic de la saison de la tavelure. Ceux qui prévoient de passer aux inhibiteurs de stérols et au strobilurines peuvent prendre plus de risques parce que ces produits compensent les petites interruptions de la couverture qui peuvent survenir lors des pulvérisations de fongicides de contact avant la floraison.
  6. Le Scala a un effet systémique sur les tissus traités, et il protège donc les feuilles au fur et à mesure de leur développement. Cependant il ne se propage pas aux feuilles non traitées.
  7. Comme le Scala fait partie d'un groupe de fongicides qui peuvent donner lieu à l'apparition d'une résistance, on recommande des combinaisons de dithane et de Scala.
  8. Le Scala donne des résultats comparables à ceux du mancozèbe. Cependant le Scala a un effet 48 à 60 heures après l'infection par la tavelure du pommier (à partir du début de la période de mouillage); pour sa part, le mancozèbe n'offre que 18 à 36 heures d'activité à partir du début de la période de mouillage, le délai le plus long étant limité aux périodes d'infection par temps plus frais. Voir le tableau 7 14, p. 266 de la publication 360F.
  9. Pour limiter les coûts de la lutte contre la tavelure du pommier, il est essentiel de savoir exactement quand passer du mancozèbe ou du captan à la protection supplémentaire offerte par les inhibiteurs de stérols ou les strobilurines. Les années de temps sec, lorsqu'il est facile de faire des pulvérisations de fongicides de contact avant les périodes d'infection, les fongicides de contact seuls peuvent suffire pour toutes les pulvérisations jusqu'à la chute des pétales, en particulier dans les parcelles où le mildiou est peu présent. Cependant, les années de fortes pluies et où les périodes de mouillage sont prolongées, il peut être plus rentable de recourir aux inhibiteurs de stérols ou aux strobilurines dès le stade de prébouton rose.
  10. Ne pas commencer de traitement aux inhibiteurs de stérols ou aux strobilurines avant le stade du prébouton rose.
  11. À la chute des pétales et au moment de la première pulvérisation en couverture, l'application d'inhibiteurs de stérols ou de strobilurines conjointement avec le captan ou le mancozèbe contribuera à réduire l'oïdium et aura un effet protecteur post infection contre toute infection de tavelure qui aurait pu échapper aux pulvérisations pendant la préfloraison et la floraison. Les inhibiteurs de stérols réduisent également les infections de rouille. En effectuant deux applications d'inhibiteurs de stérols ou de strobilurines après la floraison, on réduit la pression de sélection en faveur de la tavelure résistante tout en exploitant au maximum les avantages de ces mêmes fongicides pour la lutte contre la maladie. Pour plus de renseignements, voir p. 267 de la publication 360F.
  12. Bien qu'on puisse réduire les traitements aux fongicides après la fin de la période d'infection primaire, avant cela, il faut que les vergers soient exempts de tavelure. En présence de certaines conditions environnementales (printemps secs), la libération d'ascospores peut être retardée et les lésions produites par la tavelure peuvent apparaître plus tard que prévu. Pour déterminer si le verger est exempt de tavelure, inspecter soigneusement les feuilles jusqu'à deux semaines après la fin de la période d'infection primaire.
  13. Toujours traiter la tavelure du pommier de façon préventive. Les mesures de lutte contre la tavelure qui sont prises après l'apparition des lésions dans le verger peuvent avoir pour effet de créer une résistance aux fongicides. Les fongicides à action préventive ont un effet limité ou inexistant sur les infections déjà présentes; cependant, même si la pulvérisation a lieu trop tard pour enrayer une infection donnée, elle protégera les vergers contre les infections subséquentes. Après l'apparition de l'infection, il faut un fongicide qui peut arrêter la propagation des lésions dues à la tavelure. Même si le calendrier prévoit l'emploi d'inhibiteurs de stérols ou de strobilurines, opter pour la pulvérisation d'un produit à action préventive
  14. De plus, après l'apparition des lésions de sporulation dans le verger, il est essentiel de ne pas traiter avec des fongicides post infection (inhibiteurs de stérols, strobilurines, Vangard Scala), ce qui pourrait rapidement favoriser l'apparition d'une résistance.
  15. S'il y a déjà eu de la pourriture noire dans le verger, les fongicides inhibiteurs de stérols n'ont aucun effet contre cette maladie. Pour lutter contre la pourriture noire, les meilleures options sont l'application de Flint ou de Sovran, ou bien un traitement à dose maximale de captan à partir du stade du bouton rose.

Bien qu'on ait beaucoup parlé de la résistance de la tavelure du pommier aux fongicides inhibiteurs de stérols dans d'autres régions, actuellement, il n'existe aucun cas documenté d'un tel phénomène en Ontario. Une étude des vergers effectuée par Wendy McFadden Smith en 2000 2001 n'a montré aucune évolution significative en matière de résistance de la tavelure du pommier. De plus, aucun échec des traitements aux fongicides n'a été signalé pour le moment en Ontario; nous en concluons donc que ce phénomène est inexistant dans la province. Toutefois il faut rester vigilants face à l'éventualité d'apparition d'une résistance aux fongicides, et les producteurs doivent donc toujours se doter de programmes à cet effet.



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