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Mais où vont tous les insectes durant l'hiver?

Auteur : Neil Carter - spécialiste de la lutte intégrée - fruits tendres et raisins/MAAARO; Hannah Fraser - chef du programme d'entomologie (horticulture)/MAAARO
Date de création : 18 janvier 2006
Dernière révision : 18 janvier 2006


On nous demande souvent où vont les insectes après les récoltes et si les hivers rigoureux ont pour effet de réduire la quantité de ravageurs la saison suivante. D'abord, comme pour toute question générale concernant les insectes, il faut préciser que ces derniers constituent un immense groupe d'êtres vivants, celui qui comprend en fait le plus grand nombre d'espèces sur la planète. Étant donné qu'il y a tant de sortes d'insectes, les moyens d'éviter les problèmes de l'hiver sont aussi très nombreux. Les insectes ont apprivoisé diverses stratégies pour survivre à des conditions parfois très difficiles. Voici quelques exemples de techniques de survie de base.

  1. Vivre sous les tropiques. On peut combattre l'hiver en l'évitant tout simplement. En fait, la majorité des insectes ne connaissent pas le froid, parce qu'ils ne vivent jamais sous notre climat!
  2. Quitter le pays. Un peu comme nos fameux " retraités migrateurs " qui fuient l'hiver canadien chaque année, certaines variétés d'insectes migrent. Les plus connus sont le papillon monarque et le grand porte-queue et quelques autres espèces de papillons qui parcourent d'énormes distances pour éviter la saison du hockey. Et, curieusement, c'est la progéniture de ces voyageurs qui refait le chemin vers le nord la saison suivante.
  3. " Hiberner ". Cette stratégie est utilisée par la plupart de nos espèces nordiques pour éviter l'hiver. Le terme "hibernation " cependant s'applique plutôt au repos hivernal des mammifères. Les insectes qui tombent en dormance durant l'hiver entrent en fait en " diapause ". Leur organisme réagit aux changements de la durée du jour ainsi qu'aux variations de température, aux différences dans la qualité des aliments et à certaines conditions du milieu. L'abondance des coccinelles asiatiques multicolores au cours des dernières années nous démontre bien que les insectes adultes peuvent survivre massivement à l'hiver. Plusieurs personnes connaissent bien aussi les pollénies du lombric qui se promènent parfois dans les maisons durant l'hiver. Ces insectes s'introduisent dans les demeures à l'automne, attirés par la chaleur. Selon la disponibilité des habitats, ils vont se loger dans les sous-sols, dans les fissures sur les falaises ou dans le creux des arbres jusqu'au printemps. Certains papillons survivent même à l'hiver au stade adulte. Le morio est souvent le premier papillon que l'on peut observer au début du printemps. L'adulte de la teigne du poireau, un ravageur des plantes de la famille des Allium, survit à l'hiver, tout comme certaines espèces de moustiques (qui sont peut-être dans votre sous-sol en ce moment même).
  4. Opter pour le stade le moins vulnérable. Selon l'espèce ou le stade de croissance qui est le plus adapté au froid, les insectes (sans oublier les acariens) survivent sous forme d'œufs, de larves ou de nymphes, de pupes ou d'adultes. On trouve des insectes qui passent l'hiver sous forme d'œufs dans divers types d'endroits, dont l'écorce des arbres, sous le sol et dans d'autres lieux protégés. Plusieurs chenilles qui survivent à l'hiver se tissent un joli cocon soyeux pour se protéger du gel.
  5. Combattre le froid. Diverses adaptations physiologiques permettent aux insectes de survivre au gel. Le froid ralentit les processus physiques de base, mais certains insectes s'adaptent de façon remarquable et survivent au gel. Le gel interrompt habituellement les fonctions des cellules et peut faire éclater ces dernières puisque l'eau prend du volume en gelant. Certains insectes peuvent remplacer les molécules d'eau de leurs cellules et le contenu de ces dernières par du glycérol, qui agit comme un antigel. D'autres éliminent de l'eau de leurs cellules vivantes pour abaisser leur point de congélation. Ces processus sont d'une extrême importance pour les insectes et les acariens qui sont très exposés au froid.
  6. Ralentir et se détendre. Sous la glace des étangs, des lacs et des cours d'eau l'hiver, s'ébat une immense faune aquatique composée d'insectes vaguant à leurs activités habituelles, mais à un rythme un peu plus lent, en raison du froid. Bon nombre d'insectes, parmi les plus agaçants, comme les mouches noires et les maringouins vivent en milieu aquatique au stade larvaire. Mais certains insectes utiles d'importance, comme les libellules, vivent aussi sous l'eau pendant l'hiver.
  7. Profiter de la chaleur des autres. Plusieurs adolescents, de nos jours, aiment à se retrouver en groupe dans l'environnement protecteur des centres commerciaux. Les insectes avaient déjà adopté cette stratégie il y a des millions d'années. Les ectoparasites (les insectes parasites qui vivent à la surface du corps de l'hôte) et les endoparasites (ceux qui vivent à l'intérieur de leur hôte) évitent l'hiver en restant sur leurs hôtes protecteurs ou à l'intérieur de ceux-ci. Les insectes parasites survivent du moment que leur hôte survit à l'hiver. Les abeilles se serrent les unes contre les autres pour garder leur chaleur; plus il fait froid, plus elles se tiennent serrées.
  8. Sortir et en profiter. Quelques types d'insectes restent visibles durant l'hiver. Si on porte attention, à l'extérieur quand il ne fait pas trop froid, on peut parfois observer des puces des neiges ou collemboles. Il s'agit de petits insectes sauteurs que l'on trouve à la surface de la neige. On peut aussi voir voler des tipules et des papillons même à 0 °C.
  9. Rester sous les couvertures. Il y a beaucoup d'endroits chauds pour s'abriter : dans le sol, les débris végétaux, les crevasses dans l'écorce des arbres, sous la neige ou dans d'autres lieux protégés. Une épaisse couverture neigeuse est idéale pour abriter des insectes et leur permettre de poursuivre leurs activités. Au niveau du sol, sous une bonne couche de neige, la température reste autour du point de congélation. Bon nombre de carabes et d'insectes demeurent actifs sous la neige, même s'ils sont un peu au ralenti. L'endroit où les insectes s'installent pour l'hiver est déterminant : plus le lieu est protégé, meilleure est leur chance de survie.

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Chaque type d'insecte a sa propre stratégie pour faire face à la rigueur de l'hiver. Cette saison peut toutefois être dangereuse pour les organismes qui ne peuvent pas régler leur chaleur corporelle. Les membres du royaume des insectes disposent de mécanismes d'adaptation remarquables pour éviter ces dangers.

Mais, pour revenir à notre question de départ, on ne peut pas vraiment dire si oui ou non les hivers rigoureux font diminuer le nombre d'insectes. Pour les espèces qui disposent de mécanismes physiologiques spéciaux ou de comportements adaptés, l'hiver ne présente pas beaucoup de risques. Les températures instables, comme l'alternance de gels et de dégels que nous avons connue au cours des dernières semaines, peuvent toutefois causer des problèmes aux insectes qui passent l'hiver. Dans certains cas, si les habitats d'hiver deviennent trop froids (si la couverture neigeuse n'est pas assez épaisse et qu'il fait très froid, par exemple), le taux de mortalité peut être plus élevé, mais le froid ne les éliminera quand même pas. Les populations reprennent le dessus de toute façon dans le courant de l'été.

Mais, au fait, avez-vous déjà passé un été sans moustiques?

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