Le repos hivernal chez les arbres fruitiers


Idéalement, la période de repos hivernal pour un pommier devrait commencer tard l'automne afin que le froid et le raccourcissement des jours amènent l'arbre de façon graduelle à l'état de dormance. Les températures hivernales seraient modérément froides, sans trop de variations. La couverture neigeuse serait assez épaisse pour isoler le sol des froids excessifs.

Le tronc des arbres serait protégé de la lumière vive du soleil de l'après-midi et du gel durant les nuits de lune froides qui suivent. Cet état de dormance se prolongerait jusqu'en mars alors que les températures printanières commenceraient à augmenter très progressivement et que les bourgeons resteraient fermés le plus longtemps possible au printemps.

Les températures printanières devraient permettre aux arbres de sortir de la dormance de manière graduelle. Le printemps idéal pour un pomiculteur est celui qui demeure frais et qui garde les arbres en dormance le plus longtemps possible. Pendant ce temps, le producteur peut faire les préparatifs pour garder les cerfs et les rongeurs à l'écart et les empêcher de détruire les bourgeons et l'écorce des arbres.

Le scénario qui vient d'être décrit ne se produit jamais tout à fait comme ça, bien sûr, du moins pas tous les ans, dans la majeure partie des régions productrices de fruits de l'Ontario.

Toutefois, la majorité de ces régions bénéficient de l'influence des températures modérées des Grands Lacs. Il est possible de tracer les courbes isothermes qui indiquent les moyennes des températures hivernales ou du moins la fréquence des basses températures qui causent des dommages. Ces courbes suivent à peu près le contour des rivages et en s'éloignant des lacs les probabilités de basses températures extrêmes augmentent.

Les dommages causés par les basses températures constituent le paramètre le plus déterminant de la distribution et de la réussite des cultures pour les arbres de climat tempéré. Si on s'éloigne des lacs vers l'intérieur des terres, on constate que les basses températures qui causent des dommages se produisent plus souvent sur une période de 50 ans.

Outre les basses températures, les chutes radicales de température en quelques heures constituent l'autre plus importante source de dommages aux plantations d'arbres fruitiers durant les mois d'hiver. Ces baisses soudaines de température sont fréquentes à la fin décembre. Elles sont très dommageables pour les arbres fruitiers, car à cette époque de l'année, ces derniers n'ont pas encore eu le temps de développer leur résistance maximale au froid. La résistance au froid chez les pommiers ne s'acquiert pleinement qu'en janvier, en Ontario. Ces basses températures peuvent aussi détruire les boutons à fruits mais n'ont que peu de conséquences sur les tissus ligneux de l'arbre.

La taille des pommiers avant qu'ils aient acquis leur pleine résistance au froid peut les rendre plus vulnérables au gel surtout dans le cas des cultivars moins rustiques. En général, la taille réduit leur résistance et plus la taille est importante, plus leur résistance est amoindrie.

La majorité des pomiculteurs qui exploitent de grandes superficies sont généralement obligés de commencer à tailler les pommiers au début de l'hiver pour arriver à passer à travers leurs tâches. Si les arbres sont en bon état et que la taille annuelle a déjà été faite, les risques de dommages sont moins importants. Il est recommandé de tailler d'abord les arbres de moindre valeur et ceux qui sont le plus vieux et le plus résistants au froid.

Les producteurs qui n'ont qu'une petite superficie devraient tailler le plus tard possible, mais avant le gonflement des bourgeons.

L'effet des températures sur un verger, tout au long de l'année, dépend grandement de la topographie. Les vergers plantés dans les hauteurs avec un bon appel d'air, dans les régions où le climat convient aux pommiers, ont une plus faible chance de subir des dommages hivernaux.

L'entretien des arbres n'a pas beaucoup d'influence dans certains cas. Si les arbres sont situés dans une poche d'air froid, ils risquent d'être moins rentables pour le producteur. Même si les arbres s'en tirent sans dommages hivernaux, ils peuvent subir les effets d'un gel printanier.

J'aimerais finalement aborder la question des besoins en froid pour ce type d'arbre fruitier. On comprend bien que certaines personnes se réjouissent des redoux inhabituels en plein milieu de l'hiver.

Mais la plupart des variétés de pommiers cultivées en Ontario ont des besoins en froid qui varient de 1200 à environ 1600 heures à des températures de moins de 7° C. Cela signifie que les arbres ne sont normalement pas préparés à sortir de dormance avant que ces conditions ne soient atteintes. Il s'agit d'un mécanisme de sécurité intrinsèque qui vise à garder l'arbre inactif en cas de périodes de dégel à la mi-hiver.

Les besoins en froid des pommiers ne sont généralement pas comblés avant la fin janvier. Par contre, les abricotiers ont des besoins en froid qui représentent à peu près la moitié de ceux des pommiers. C'est ce qui explique pourquoi les abricotiers sortent facilement de dormance. De plus, ces besoins en froid varient selon les cultivars.

Pour finir, j'ajouterais que j'aimerais bien qu'il y ait une plus grosse couverture neigeuse dans le sud de l'Ontario. Des températures extrêmes à la fin janvier et au début février en l'absence de couverture neigeuse pourraient être dommageables pour les arbres fruitiers.


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