Résidus d'herbicides et pH du sol


Les résidus d'herbicides issus des cultures précédentes peuvent endommager les cultures horticoles. La plupart des producteurs connaissent le problème, mais ils ne réalisent pas toujours l'importance du pH du sol dans la décomposition des herbicides, car le problème peut se perpétuer des années après l'application de l'herbicide.

Pendant de nombreuses années, les herbicides à base de triazine ont endommagé les cultures horticoles subséquentes et on a constaté plus récemment que les herbicides du groupe 2 (principalement les inhibiteurs de l'acétolactate synthase [ALS] comme les produits Pursuit et Broadstrike) endommageaient les cultures horticoles en rotation. Qu'est-ce que le pH du sol vient faire là-dedans?

Le pH du sol peut grandement influer la rapidité avec laquelle les herbicides sont décomposés naturellement dans le sol, surtout par biodégradation microbienne. En réalité, si le pH du sol ne se situe pas dans l'intervalle adéquat, la biodégradation des herbicides peut rester au point mort pendant de nombreuses années.

On sait que l'imazéthapyr (matière active du Pursuit) et le flumetsulam (matière active du Broadstrike) se décomposent extrêmement lentement si le pH du sol est inférieur à 6,0. Avec le chaulage on peut faire lentement passer le pH en haut de 6,0, mais c'est seulement après qu'il soit supérieur à 6,0 que la décomposition de l'herbicide s'effectue à une vitesse normale. On notera qu'il faut plusieurs mois pour élever le pH du sol au moyen du chaulage.

On sait aussi que les herbicides de postlevée, comme Classic et Peakplus, se décomposent très lentement quand le pH est supérieur à 7,5. La biodégradation de l'atrazine est aussi très lente quand le niveau de pH du sol est élevé, soit quand il est supérieur à 7,5. L'apport de soufre peut aider, mais il est difficile d'abaisser sensiblement le pH du sol avec du soufre.

Dans les cultures fragiles comme la betterave à sucre, les crucifères, le raisin, la fraise et la tomate, on constate la présence de petits et de grands cercles de blessures dues aux herbicides dans de nombreux champs et dans divers types de sols, sablonneux, argileux et limoneux.

Le défi consiste à détecter ces zones avant d'y semer des cultures sensibles. Il faut se rappeler que les autres cultures pousseront normalement dans des sols dont le pH est légèrement supérieur ou inférieur au pH recommandé; cependant si le pH est inférieur à 6,0 ou supérieur à 7,5, la biodégradation des herbicides s'arrête pour ainsi dire. Si l'on prélève des échantillons de sol composites (p. ex. un échantillon par 10 ou 20 acres) alors les cercles indiquant un pH inférieur peuvent passer inaperçus.

Les champs où le pH du sol est élevé peuvent aussi être parsemés de cercles et certaines régions de la province présentent des sols où le pH l'est généralement plus qu'ailleurs.

On devra aussi tenir compte du temps sec des dernières années, qui ralentit l'activité chimique et microbienne du sol et diminue la vitesse de décomposition des herbicides.

Que doit faire le producteur? Faire régulièrement analyser le sol, surtout dans les zones qui semblent problématiques. Effectuer du chaulage le cas échéant pour ramener le pH au-dessus de 6,0 : pour les cultures sensibles comme la betterave à sucre, la tomate et les crucifères, il faut traiter à la chaux plusieurs années avant les semis. Conserver pendant des années les dossiers sur l'usage des herbicides dans les champs. Si des cercles apparaissent dans les cultures sensibles, il faut savoir si d'autres facteurs que les herbicides peuvent être en cause.


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