Raisons qui expliquent pourquoi certains programmes de lutte contre la fausse-arpenteuse du chou sont inefficaces

La fausse-arpenteuse du chou s'attaque chaque année aux légumes de serre. Elle arrive dans nos régions soit dans le cadre de sa migration annuelle en provenance du Sud, sous forme de noctuelle adulte, soit par les populations qui ont survécu à l'hiver. La meilleure méthode pour lutter contre les populations de fausse-arpenteuse dans les légumes de serre est d'avoir recours au produit de lutte biologique, Bacillus thuringiensi, sous-espèce kurstaki, aussi appelé Btk, qui est commercialisé sous le nom de Dipel®, Foray® et Bioprotec®. Btk est une bactérie qui a la particularité de former des cristaux de protéines lorsqu'elle produit des spores et ce sont ces cristaux qui constituent la substance toxique du Btk. Lorsqu'une fausse-arpenteuse ingère des spores et les cristaux du Btk qui ont été appliqués sur le feuillage, les cristaux se dissolvent dans le milieu alcalin de son estomac. En 24 à 48 heures, les cristaux dissous entraînent la rupture des parois de l'estomac et les spores commencent ainsi à envahir l'organisme de l'insecte. La fausse-arpenteuse meurt d'inanition et en raison aussi des dommages causés à ses tissus, et le producteur s'en trouve bien heureux. Toutefois, certains facteurs peuvent atténuer grandement l'efficacité du Btk contre la fausse-arpenteuse.

Il peut ainsi y avoir des populations résistantes qui ont migré de l'extérieur ou qui ont survécu a l'hiver dans la serre. Des travaux réalisés à l'Université de la Colombie-Britannique (UBC) par Alida Janmaat et Judith Myers, entre 2000 et 2002 ,dans des légumes de serre, ont montré l'existence de populations de fausse-arpenteuse résistantes au Btk. Dans les serres où l'on a trouvé les populations les plus résistantes, les producteurs ont signalé que le Btk semblait peu efficace. De plus, il y avait une forte corrélation entre la quantité totale de Btk appliquée et le degré de résistance qui a été mesuré. Heureusement, toutefois, les études menées en laboratoire par les chercheurs de l'UBC ont aussi démontré que cette résistance était instable. Ils ont ainsi trouvé que la résistance diminue habituellement en l'absence d'exposition au Btk, ce qui signifie que la rotation avec un autre produit ayant un mode d'action différent contribue à diminuer la résistance. Cette étude met en lumière l'importance de ne pas dépendre d'une seule stratégie de lutte. Elle confirme aussi la nécessité de nettoyer entièrement la serre en fin de saison afin de s'assurer qu'il n'y reste pas de populations résistantes qui risquent de réapparaître à la prochaine saison.

Pour évaluer l'efficacité du Btk, on doit aussi tenir compte de l'intervalle entre les applications, parce que la toxicité du Btk diminue avec le temps en raison du milieu. Des essais au champ réalisés à la fin des années 1970 à la California Polytechnic State University ont démontré que l'action combinée de la lumière solaire, de la température foliaire et du déficit de saturation contribuent à la dégradation du Btk. Sous les conditions que l'on retrouve dans les serres, cependant, le toit de la serre offre une certaine protection. L'ampleur de la protection contre la lumière offerte par le toit de la serre dépend de la longueur d'onde transmise. L'étude californienne signalait que les longueurs d'onde supérieures ou égales à 400 nm avaient le plus grand pouvoir d'élimination des spores du Btk. Des travaux effectués sur des légumes de serre, en C.-B., par les mêmes chercheurs de l'UBC mentionnés plus haut, ont démontré que la toxicité du Btk, cinq jours après le traitement, était similaire ou légèrement réduite, comparativement à sa toxicité une journée après le traitement. La toxicité a diminué de 50 % neuf jours après le traitement.

En conclusion, les résultats des études mentionnées dans le présent article suggèrent quelques facteurs-clés à ce sujet, ainsi (1) un nettoyage complet à la fin de la saison est essentiel pour éliminer les populations résistantes et prévenir leur retour l'année suivante; (2) les rotations durant la saison de croissance aideront à réduire la propagation de la résistance; (3) des intervalles prolongés entre les traitements au Btk vont réduire les taux de mortalité; (4) les principes de lutte intégrée doivent être respectés et autant de stratégies possibles (ex. : pièges lumineux, pièges à phéromone, autres produits de lutte biologiques) doivent être en place pour maximiser l'élimination des populations de fausses-arpenteuses.

Fig 1 - Fausse arpenteuse- Une fausse-arpenteuse bien en forme en train de se nourrir d'une feuille de plant de tomate

Fig 1 - Fausse arpenteuse- Une fausse-arpenteuse bien en forme en train de se nourrir d'une feuille de plant de tomate

Fig 2. - Cadavre de fausse-arpenteuse morte après avoir ingéré des feuilles traitées avec le produit de lutte biologique Bacillus thuringiensis, sous-espèce kurstaki

Fig 2. - Cadavre de fausse-arpenteuse morte après avoir ingéré des feuilles traitées avec le produit de lutte biologique Bacillus thuringiensis, sous-espèce kurstaki


 


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