La cécidomyie prédatrice gallicole peut contribuer au biocontrôle des tétranyques

Insecte semblable au moustique, la cécidomyie gallicole, Feltiella acarisuga, peut grandement contribuer à la lutte biologique contre le tétranyque à deux points (TDP) dans les cultures légumières en serre. On a introduit l'été dernier le prédateur F. acarisuga comme une des composantes de lutte biologique dans un essai commercial d'envergure à la ferme Cristofari à Leamington en Ontario. Ce prédateur a été inclus dans l'étude en raison de ses aptitudes au vol et de sa remarquable capacité à trouver des proies. Cette dernière caractéristique le distingue des acariens prédateurs couramment utilisés qui trouvent leurs proies uniquement en marchant à la surface de la plante. De plus, il a été établi que la capacité de prédation de F. acarisuga était largement supérieure à celle de Phytoseiulus persimilis. La raison d'inclure F. acarisuga comme prédateur dans cet essai était de pouvoir observer sa contribution à un programme de lutte intégrée (LI) qui repose habituellement sur divers acariens prédateurs. Les observations hebdomadaires ont donné des résultats prometteurs.

Le Feltiella acarisuga jouit d'une grande distribution naturelle et on croit qu'il chasse principalement les acariens de la famille des tétranychidae, famille à laquelle appartient le TDP. Le F. acarisuga est introduit dans la culture au stade adulte où il vole à la recherche de tétranyques. Quand le prédateur trouve une colonie de tétranyques, il s'installe sur les feuilles à côté de ces colonies pour y pondre des œufs. C'est au stade larvaire qu'il fait sa prédation. Environ deux jours après la ponte, les larves de couleur orange éclosent et commencent immédiatement à se nourrir. Bien que certaines études indiquent que la femelle F. acarisuga peut pondre de 24 à 33 œufs au cours de sa vie, d'autres études indiquent que le nombre d'œufs peut être aussi bas que 10 par femelle, selon la disponibilité de la nourriture. Le F. acarisuga a besoin d'une source de nourriture comme du miellat ou une solution de sucre pour maximiser ses capacités de ponte.

Le prédateur Feltiella acarisuga compte trois stades larvaires, lesquels se nourrissent de tétranyques à tous les stades de croissance. Pour se nourrir, les larves sucent partiellement ou entièrement les œufs des TDP, ce qui ne laisse aucune chance de survie à l'œuf. Les larves de F. acarisuga s'attaquent également aux TDP adultes en les paralysant d'abord. Des recherches menées au Texas A & M University System ont indiqué que les larves peuvent consommer une moyenne de 185 œufs au courant de leur vie. Toutefois, les larves de F. acarisuga peuvent devenir cannibales si elles sont incapables de trouver des TDP pour se nourrir. Elles dévorent alors les œufs, larves et nymphes de leur propre espèce. Au bout d'une semaine, la larve se transforme en nymphe qu'on retrouve généralement le long des nervures de la feuille sous forme de cocon. Au bout d'une autre semaine environ, tout dépendant de la température, les adultes émergent, copulent dans les 24 heures qui suivent, puis pondent des œufs un ou deux plus tard. Des travaux de recherche effectués par Dave Gillespie et Don Quiring d'Agriculture et Agroalimentaire Canada indiquent que l'ensemble du cycle biologique dure de 30 jours ou plus à 150 C à moins de 10 jours à 270 C. Les températures supérieures à 300 C sont fatales pour la larve. En général, les degrés d'humidité plus élevés favorisent la performance, la reproduction et la survie de ce prédateur. D'autres études également menées par Gillespie et Quiring ont démontré que le degré de prédation de F. acarisuga augmente de façon exponentielle lorsque l'humidité relative se situe entre 40-90 %. Les chercheurs ont également observé que la larve cesse de bouger quand elle était exposée à une humidité relative entre 30-50 %.

L'été dernier, les conditions de température et d'humidité qui ont prévalu au mois de juillet semblent avoir favorisé l'activité des F. acarisuga dans les cultures commerciales de concombres à la ferme Cristofari. Un seul lâcher de prédateurs a été effectué au début de juillet. On a introduit dans chacune des 4 serres de 200 pi x 37 pi (61 m x 11,3 m) 1000 nymphes prédatrices F. acarisuga. À ce moment, les populations de tétranyques augmentaient rapidement principalement à cause des conditions de température élevée. Deux semaines après le lâcher des prédateurs, les larves étaient visibles à plusieurs endroits où les populations de tétranyques étaient élevées. Une semaine après l'observation des larves, on pouvait voir les nymphes. On pouvait compter en moyenne 2 à 3 larves par feuille aux endroits où leur présence avait été observée. Dans une des serres qui était plus infestée que les autres, F. acarisuga était présent sur 40 % de toutes les feuilles échantillonnées. On a même compté à un endroit de cette serre plus de 20 larves et 20 nymphes. Le taux de survie des tétranyques sur ces feuilles était par conséquent très bas.

Cette expérience indique que nous n'avons peut-être pas misé suffisamment sur les possibilités de F. acarisuga. En plus de sa facilité d'introduction et de sa mobilité au sein d'une culture, des travaux du Royaume-Uni ont démontré que F. acarisuga peut supprimer avec succès les tétranyques présents sur des plantes duveteuses comme la tomate, ainsi que chasser les tétranyques rouge-vif et tétranyques en diapause. Toutefois, les conditions environnementales comme les faibles teneurs en humidité et les températures très élevées peuvent restreindre ses activités. Il faut également considérer qu'en raison de son taux de reproduction inférieur à celui du TDP, des lâchers répétés sont recommandés pour lutter contre le TDP. En tenant compte de tous les facteurs qui favorisent l'activité de F. acarisuga, nous croyons que ce prédateur pourrait apporter une contribution bénéfique à la répression du TDP dans les cultures légumières en serre.

Remerciement

Nous tenons à remercier Domenic Cristofari de Cristofari Farms de Leamington pour son aimable collaboration et MGS Horticultural Inc. de Leamington pour leur soutien dans les essais visant à évaluer les agents de lutte biologique contre le tétranyque à deux points dans les concombres de serre.

Figure 1 : Feltiella acarisuga adulte au repos sur une feuille

Figure 1 : Feltiella acarisuga adulte au repos sur une feuille (courtoisie de Biobest Canada).

Figure 2 : Feltiella acarisuga au stade larvaire (stade prédateur) se nourrissant d'une colonie de tétranyques sur la face inférieure d'une feuille de concombre.

Figure 2 : Feltiella acarisuga au stade larvaire (stade prédateur) se nourrissant d'une colonie de tétranyques sur la face inférieure d'une feuille de concombre.

Figure 3 : Cocon blanc ou stade nymphal de Feltiella acarisuga le long des nervures d'une feuille de concombre.

Figure 3 : Cocon blanc ou stade nymphal de Feltiella acarisuga le long des nervures d'une feuille de concombre.

 


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