L'aleurode du biotype Q au CanadaLa plupart des producteurs de poinsettias ont probablement entendu parler du " biotype Q ", une nouvelle souche d'aleurode qui retient l'attention depuis plusieurs années. Il s'agit d'un biotype de l'espèce Bemisia tabaci ou aleurode du tabac. Une autre souche de la même espèce, l'aleurode du " biotype B ", est un autre grand ennemi des cultures de poinsettias depuis la fin des années 1980. Le biotype Q est présent depuis de nombreuses années en Europe méridionale et au Moyen Orient où il est l'un des principaux ravageurs des légumes de serre. Il est résistant à un grand nombre d'insecticides courants, il a une large gamme d'hôtes et transmet plusieurs phytovirus dévastateurs des cultures de légumes de serre. À la fin de l'année 2004, on l'a découvert sur des poinsettias en Arizona et, en 2005, il était déjà présent dans plus de 20 États, souvent sur des poinsettias. En 2006, on n'a pas beaucoup entendu parler des aleurodes en général et les rapports de présence du biotype Q ont été peu nombreux. En 2007, dès le début de la saison des poinsettias, il était déjà évident que des problèmes d'aleurodes allaient se poser à certains producteurs, puisque ces insectes arrivaient avec les boutures (dans certains cas, on en trouvait même au moment de sortir celles ci des emballages). Il s'agissait bien de Bemisia tabaci, mais on ignorait encore si c'était le biotype B ou Q. Les premières infestations ont été sporadiques. Dans certaines cultures, il y avait peu d'indices de présence d'aleurodes, mais ailleurs, ceux ci étaient faciles à trouver, certaines variétés de plantes étant de toute évidence plus envahies que d'autres. En fin de compte, cette saison n'a pas été désastreuse, mais les producteurs ont dû réfléchir à leurs méthodes de prévention, et il était encore assez facile de trouver des aleurodes en novembre. C'est vers cette date que nous avons décidé de prélever des échantillons d'aleurodes dans les serres de la Colombie Britannique et de l'Ontario pour en déterminer le biotype. Le Plant Diagnostic Laboratory du ministère de l'Agriculture et des Terres de la Colombie Britannique a récemment obtenu les droits d'utilisation d'un nouveau test de diagnostic moléculaire (ADN) d'un laboratoire du Agricultural Research Service (du ministère de l'Agriculture des États Unis). Des aleurodes ont été capturés dans dix serres de l'Ontario et envoyés en Colombie Britannique. L'analyse moléculaire a montré la présence du biotype Q dans huit des dix serres en question. Les aleurodes du biotype Q étaient également présents dans les deux serres de poinsettias échantillonnées en Colombie Britannique. Ces constatations n'ont rien d'étonnant. Plus tôt dans la saison, le biotype Q avait été découvert dans des cultures de poinsettias de plusieurs États des États Unis, et comme les producteurs canadiens se procurent leurs boutures chez les mêmes fournisseurs que les producteurs américains, ces résultats étaient donc inévitables. Et maintenant, quelle est la marche à suivre? Premièrement, importer des boutures aussi saines que possible. Il faut aussi savoir à quels produits le biotype Q est résistant. Des recherches effectuées aux États Unis il y a quelques années montrent qu'il est résistant aux néonicotinoïdes (Intercept, Tristar), au régulateur de croissance des insectes Distance (homologué au Canada seulement au début de 2007) et à Talus (non homologué au Canada). Quels sont donc les produits que l'on peut employer? Dyno Mite, selon les expériences effectuées par des producteurs ontariens, donne encore de bons résultats. Forbid (homologué à la mi 2007) semble être encore efficace et est recommandé pour la lutte contre le biotype Q aux États Unis. Quelques producteurs ontariens l'ont utilisé en 2007, et il semble donner d'assez bons résultats. D'autres produits homologués comme Enstar II pourraient encore être utiles, bien qu'il n'y ait pas beaucoup de données sur ce point. On craint que le biotype Q devienne également résistant à ces nouveaux pesticides, notamment s'ils sont trop employés. En ce qui concerne les produits non encore homologués au Canada, une résistance peut apparaître dans les pays d'origine avant même qu'on puisse s'en servir. L'autre option qui s'offre aux producteurs est la lutte biologique, qui donne d'aussi bons résultats contre les biotypes B et Q. Au cours des dernières années, des essais effectués dans des serres commerciales en Ontario ont montré la grande efficacité de la lutte biologique à l'aide du parasitoïde Eretmocerus mundus. D'autres parasitoïdes comme Encarsia formosa et Eretmocerus eremicus peuvent également servir à la lutte contre l'aleurode des serres lorsqu'il est présent. En 2006, les cultures ont pu être menées à terme sans insecticides dans 9 serres sur les 12 où l'on employait la lutte biologique. En 2007, le taux de succès était de 8 sur 11. Là où les boutures avaient été livrées avec peu ou pas d'aleurodes, cette proportion était encore plus élevée. Le biotype Q est probablement
appelé à rester. Pour le moment, chez nous, il est probablement
limité aux poinsettias, mais il s'attaque à d'autres types de cultures
aux États Unis, et ce sera vraisemblablement le cas au Canada tôt
ou tard. Nous disposons encore de pesticides efficaces contre ce ravageur, mais
il y a un fort potentiel d'apparition d'une résistance. La lutte biologique
est une excellente option de remplacement dont l'efficacité a été
amplement démontrée dans des serres au Canada, et nous prévoyons
qu'elle se généralisera au cours des prochaines années. Pour plus de renseignements : Sans frais : 1 877 424-1300 Local : 519 826-4047 Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca
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