La quantité de proies disponibles a un effet sur l'alimentation et la reproduction des acariens prédateurs

Le dernier article que j'ai écrit dans ce périodique présentait un classement des phytoséiidés (famille qui regroupe de nombreux acariens prédateurs vendus dans le commerce) en trois grandes catégories selon leur mode de vie, les types I, II et III. En résumé, les prédateurs de type I (p. ex. Phytoseiulus persimilis) se nourrissent spécifiquement d'acariens du genre Tetranychus (p. ex. Tetranychus urticae ou tétranyque à deux points). Les prédateurs de type II sont généralement associés aux espèces qui produisent des toiles denses, mais ils peuvent également s'attaquer à d'autres types d'acariens tels qu'Aculops lycopersici (agent de l'acariose bronzée) et le tarsonème du fraisier, et ils sont donc moins spécialisés que ceux du type I. Parmi eux, on trouve Galendromus occidentalis, Neoseiulus californicus et N. fallacis. Les prédateurs de type III sont des généralistes qui s'attaquent à une gamme beaucoup plus large de proies. Ce sont, par exemple, Amblyseius andersoni et A. swirskii. Dans le présent article, nous parlerons plus précisément des espèces des types I et II, soit P. persimilis, N. californicus et G. occidentalis. Il s'agit d'un sommaire des travaux effectués par des chercheurs de l'Université de Californie (D. D. Friese et F. E. Gilstrap) au début des années 1980 sur l'influence du nombre de proies disponibles sur la reproduction et l'alimentation de ces mêmes prédateurs.

Présentation générale de l'essai

Des femelles de P. persimilis, N. californicus et G. occidentalis ayant mué et s'étant accouplées à une date récente ont été conservées séparément en laboratoire à une températurede 26 oC et à une humidité relative de 50 %, avec une période d'éclairage de 14 h. Chaque jour pendant toute leur vie, on leur a offert 5 différentes quantités de proies, soit 1, 3, 5, 10 ou 40 œufs de Tetranychus cinnabarinus (tétranyque des serres). (Précisons qu'il existe une incertitude sur le nom et la taxonomie de cet acarien, certains scientifiques le considérant comme une espèce distincte du tétranyque à deux point [T. urticae], et d'autres comme un conspécifique de celui ci.) On a ensuite observé plusieurs facteurs dont le nombre d'œufs pondus par jour et le nombre total d'œufs de proies tués.

Résultats de l'essai

Globalement, en présence de proies moins nombreuses, N. californicus pondait plus d'œufs que les deux autres prédateurs (figure 1). Lorsqu'il y avait 1 proie, N. californicus pondait 7,3 œufs, G. occidentalis 1 œuf et P. persimilis aucun. Cependant en présence de 10 œufs de proie ou plus, P. persimilis produisait plus d'œufs que les 2 autres prédateurs. De même, lorsqu'il n'y avait qu'un œuf de proie, P. persimilis n'en tuait aucun, mais N. californicus et G. occidentalis en tuaient respectivement 0,9 et 0,5 (figure 2). En présence de 10 œufs de proie ou plus, P. persimilis tuait beaucoup plus de proies que les 2 autres prédateurs. Pour la plus grande abondance de proies, c'est G. occidentalis qui avait les résultats les plus faibles dans les deux ensembles d'observations. On note en particulier que chez cette espèce, l'accroissement du nombre de proies ne s'accompagnait pas d'une augmentation significative du nombre d'œufs pondus en comparaison des deux autres prédateurs (figure 1).

Figure 1. Influence du nombre de proies disponibles (œufs de tétranyque) sur le nombre total d'œufs pondus par les acariens prédateurs femelles dans des conditions standard de laboratoire

Figure 1. Influence du nombre de proies disponibles (œufs de tétranyque) sur
le nombre total d'œufs pondus par les acariens prédateurs femelles dans des conditions standard de laboratoire

Figure 2. Influence du nombre de proies disponibles (œufs de tétranyque)  sur le nombre total de proies tuées par les acariens prédateurs femelles dans des conditions standard de laboratoire

Figure 2. Influence du nombre de proies disponibles (œufs de tétranyque)
sur le nombre total de proies tuées par les acariens prédateurs femelles dans des conditions standard de laboratoire

Ces résultats montrent que lorsque les proies ou les populations de tétranyques sont peu nombreuses, il peut être préférable de libérer N. californicus, et en cas d'augmentation de ces populations, il est probable que P. persimilis est le prédateur le plus efficace. Cependant ces résultats ont été obtenus en laboratoire, et il est certain que d'autres facteurs environnementaux peuvent influencer les réponses des différents prédateurs, par exemple les températures plus élevées ou plus basses, la faible humidité relative et les caractéristiques superficielles des diverses plantes hôtes.

Figure 1 : Acarien prédateur, Phytoseiulus persimilis, sur le point d'attaquer un tétranyque

Figure 3 : Acarien prédateur, Phytoseiulus persimilis, sur le point d'attaquer un tétranyque

Figure 2 : Acarien prédateur, Phytoseiulus persimilis, se nourrissant d'un œuf de tétranyque

Figure 4 : Acarien prédateur, Phytoseiulus persimilis, se nourrissant d'un œuf de tétranyque

Figure 3 : Tétranyque adulte et œufs récemment pondus

Figure 5 : Tétranyque adulte et œufs récemment pondus

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