Quels acariens prédateurs pour lutter contre les tétranyques à deux points?Depuis des décennies, l'acarien prédateur Phytoseiulus persimilis est le principal outil des programmes de lutte biologique contre le tétranyque à deux points (Tetranychus urticae). Depuis peu, un autre acarien prédateur, Neoseiulus californicus (également nommé Amblyseius californicus) est de plus en plus employé à cette fin dans les cultures de légumes de serres de l'Ontario, notamment de concombres. Il est bien connu que dans ce type de production, la lutte contre le tétranyque à deux points est particulièrement difficile, notamment pendant les périodes chaudes et sèches de la fin du printemps et de l'été, mais depuis que l'on exploite les différents traits de P. persimilis et de N. californicus, on obtient de bien meilleurs résultats. Mais comme on dit souvent, il y a toujours place pour de l'amélioration. Grâce aux grands insectariums commerciaux, notre industrie dispose maintenant de toute une gamme d'autres espèces de la même famille que P. persimilis et N. californicus, celle des Phytoseiidae. Ces nouveaux prédateurs employés contre le tétranyque sont notamment Galendromus occidentalis, Neoseiulus fallacis, Amblyseius andersoni et Amblyseius swirskii. Quelles sont, parmi ces espèces, celles qui donnent les meilleurs résultats, et selon quelle combinaison? À ma connaissance, il n'existe pas encore de réponse sûre à cette question. Il faudra effectuer de nombreuses recherches sur leur mise en uvre, notamment dans un contexte commercial. Cependant de nombreux chercheurs ont mené des études poussées sur ces acariens, ce qui a permis de bien comprendre les caractéristiques propres à de nombreuses espèces de la famille des Phytoseiidae. Ils les ont classifiées selon leurs habitudes alimentaires et diverses particularités biologiques connexes. En 1997, deux chercheurs des universités de Californie et d'Oregon, respectivement J. A. McMurtry et B. A. Croft, ont décrit quatre principaux modes de vie ou catégories d'acariens de la famille des Phytoseiidae, mais pour le moment, seuls trois de ces groupes (types I, II et III) présentent un intérêt pour l'industrie des cultures en serre. Je pense donc qu'une connaissance sommaire de ces catégories peut être utile pour déterminer l'utilité d'une espèce donnée dans les programmes de lutte biologique. Type I - Prédateurs spécifiques et exclusifs des acariens du genre Tetranychus, dont le tétranyque à deux points. Ce type ne comprend que des espèces du genre Phytoseiulus. Chez celles ci, la reproduction semble liée à la prédation contre les espèces de Tetranychus. Le comportement de Phytoseiulus reflète cette spécialisation : il a fortement tendance à rester dans les endroits envahis par Tetranychus, et il se nourrit, se reproduit et passe toutes les étapes de son cycle de vie au sein des colonies de ce dernier. Dans la plupart des cas, P. persimilis pond ses ufs sur les toiles produites par les tétranyques, et tous ses stades mobiles se déplacent facilement dans celles ci. De plus, P. persimilis se disperse peu et s'éloigne rarement des endroits infestés tant qu'il y trouve des proies vivantes. Les espèces du type I sont beaucoup plus efficaces que les autres espèces dans leur consommation de tétranyques. Cependant cet avantage apparent peut devenir un inconvénient parce que P. persimilis ne peut se nourrir d'autres proies, c'est à dire qu'en l'absence de tétranyques, ses populations déclinent. Type II - Prédateurs généralement associés à Tetranychus ou à d'autres espèces produisant des toiles denses. Moins spécialisés que les prédateurs du type I, ils peuvent aussi se nourrir d'acariens autres que les tétranyques, par exemple Aculops lycopersici (agent de l'acariose bronzée) et le tarsonème du fraisier. Dans ce groupe, on trouve Galendromus occidentalis, N. californicus et N. fallacis. De façon générale, pour suivre l'ensemble de leur développement, ils ont des exigences alimentaires moins strictes que les espèces des types I et III, mais il existe tout de même des différences entre les membres de ce groupe. Par exemple, la capacité de reproduction et le taux de développement sont considérés comme moyens chez Galendromus et élevés chez la plupart des espèces de Neoseiulus. De plus, les adultes de N. fallacis et N. californicus sont plus actifs que ceux de G. occidentalis, et ils se déplacent davantage entre les endroits infestés ou les colonies de tétranyques. Ces deux espèces ont une très bonne capacité de dispersion en vol lorsque les tétranyques vivants se font rares à un endroit donné. Type III - Prédateurs généralistes qui ont une gamme d'aliments beaucoup plus large comprenant diverses espèces d'acariens, du pollen et des insectes tels que les aleurodes, les thrips et les cochenilles. Ce type regroupe A. andersoni, A. swirkii, N. barkeri, N. cucumeris et Iphiseius (également appelé Amblyseius) degenerans. Ces prédateurs se nourrissent et se reproduisent grâce à toute une gamme d'aliments, mais ceux ci n'ont pas tous la même valeur pour eux. Par exemple, bien qu'A. swirskii se nourrisse et se reproduise en présence de plusieurs types de tétranyques, les espèces de Tetranychus en particulier semblent être des proies de qualité inférieure pour ce prédateur; pour sa part, A. andersoni se reproduit plus facilement en présence d'érythrines qu'en présence de tétranyques. Contrairement aux prédateurs des types I et II, ceux du type III ne sont pas fortement associés aux colonies de tétranyques. Ils sont même moins nombreux sur les feuilles ayant une forte densité de tétranyques que là où leur densité est faible. Il semble que de nombreux prédateurs de ce groupe soient affectés par la présence de toiles denses de tétranyques. Il est possible qu'ils aient davantage besoin de cachettes (cavités à la surface des feuilles, poils foliaires ou autres) que de proies. Dans ce groupe, il semble que le cannibalisme et la consommation d'autres prédateurs soient plus fréquents que chez les spécialistes des types I et II. Que conclure de cette classificationLes espèces hautement spécialisées du type I réduisent plus facilement les populations de tétranyques, mais cette même efficacité peut se solder par une " autodestruction " qui permet de nouvelles infestations du ravageur. Les espèces du type II, moins spécialisées mais moins efficaces que celles du type I, se concentrent et se multiplient aussi dans les colonies de tétranyques, et elles contribuent ainsi directement à réduire leur nombre. Elles ont également une forte capacité de dispersion, de faibles exigences alimentaires et une faible tendance au cannibalisme. Certains chercheurs proposent d'employer les espèces généralistes du type III pour réduire le développement des populations de tétranyques, et de libérer celles du type I lorsque celles ci prennent de l'importance. En plus des caractéristiques décrites dans le présent article, le rôle qu'un prédateur donné peut jouer dans un programme de lutte contre les tétranyques dépend de nombreux autres facteurs : efficacité de la réponse aux infestations, besoins alimentaires des immatures, capacité de dispersion, tendance au cannibalisme, caractéristiques de la plante-hôte, comportement à l'égard des autres espèces prédatrices, conditions environnementales, etc. Les applications et les aspects pratiques devront donc encore faire l'objet de nombreuses recherches avant que l'on trouve les combinaisons optimales d'acariens prédateurs. Nous publierons d'autres articles sur les acariens prédateurs dans la lutte biologique contre le tétranyque à deux points.
Figure 1 : Tige de concombre fortement infestée par les tétranyques à deux points
Figure 2 : Acarien prédateur, Phytoseiulus persimilis, sur le point d'attaquer un tétranyque Pour en saovir plus:
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